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UMP : La paix armée jusqu’aux dents  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne

Comme prévu, le cessez-le-feu a été proclamé hier soir à l’UMP. Nicolas Sarkozy a concédé à Michèle Alliot-Marie l’organisation d’une poignée de débats décentralisés et un allongement du calendrier qui permet un dépôt des candidatures jusqu’au 31 décembre. De toutes façons, les sarkozystes sont persuadés que « le » ministre de la Défense ne se présentera pas, que « Michèle fait tout ce cinéma aux armées », c’est leur expression, « uniquement pour tenter d’exister », pour s’imposer auprès de Sarkozy qui ne peut plus la supporter depuis l’affaire Clearstream.

Ces proches du ministre de l’Intérieur sont également plus convaincus que jamais, depuis hier soir, que le Président de la République a renoncé à se représenter. Dans leurs interventions au bureau politique, les chiraquiens les plus fidèles tel le sénateur Jocelyn de Rohan ont fait savoir qu’il fallait simplement offrir une sortie honorable au chef de l’Etat avec flon flon, guirlandes et banderoles, « Merci Chichi » « Bravo Nadette » et discours solennel s’engageant à lui réserver une vieillesse heureuse, autrement dit sans ennui judiciaire mais encore avec la promesse de défendre son héritage : la politique étrangère, l’indépendance de la France, et les institutions rassembleuses et pacificatrices de la Ve République.

La cause du « Vieux » leur semble donc réglée, Sarkozy statufiera Chirac vivant et donnera un coup de plumeau respectueux et régulier sur le socle de la statue, tout en écrivant avec l’autre main de grands discours sur la rupture. Bon, il faut une certaine souplesse mais Sarkozy en a vu d’autres. Reste donc le cas de l’autre, Dominique de Villepin, « le fou » comme l’appellent les sarkozystes, ce qui montre qu’ils le craignent. Ils veulent croire que la déclaration de candidature de Sarkozy, certains disent ce soir mais les plus proches m’affirment la semaine prochaine, attention pas le jour de l’anniversaire de Jacques Chirac qui est ! … le 29 novembre, ce sera donc plutôt le 30 novembre. Bref cette entrée en lice du champion de la droite face à l’héroïne de la gauche obligerait le Premier ministre à rentrer dans le rang, la pression de l’électorat en faveur de l’Union serait telle que Villepin serait condamné à s’aligner, à suivre le mouvement. Mais l’ancien ministre des Affaires étrangères qui taquine la rime la nuit n’est pas du genre à pratiquer la désapprobation muette, à faire la mouche comme lorsqu’on chahute en classe ou à accepter qu’on le bâillonne tel le barde Assurancetourix pendant que la tribu festoie ou guerroie. C’est ce qu’il compte dire à Nicolas Sarkozy qu’il reçoit à Matignon ce matin à la demande du patron de l’UMP. « Si vous verrouillez tout, si vous cherchez sans cesse des certitudes pour vous rassurer au lieu de vous poser des questions, d’ouvrir les fenêtres, la défaite est assurée ». Voilà ce que Villepin lui a déjà dit et compte lui répéter.

A la vérité, le chef du gouvernement n’imagine pas que Sarkozy soit capable de cette révolution, non pas qu’il le méprise. Il respecte même ce combattant infatigable et c’est Villepin qui l’avait réintégré dans le jeu élyséen quand les Chirac n’en voulaient pas. Mais pour autant, l’ancien secrétaire général de l’Elysée considère que Sarkozy ne s’est jamais construit qu’en s’opposant, qu’il a besoin du regard servile ou hostile des autres pour exister, qu’il n’a pas la dimension, l’équilibre intérieur pour être Président et enfin qu’il ne s’est toujours pas donné les moyens de comprendre la France, la douce France, la Grande France, son aspiration à l’élévation et son goût de la modération, ses contradictions, ses tourments, ses pulsions fratricides comme ses élans sublimes. Villepin croit la sentir et l’aimer cette France. Il n’est pas sûr que ce soit réciproque. Mais il est certain en revanche que le pays ne se donnera pas à quelqu’un qui au lieu de regarder les Français au fond des yeux s’y contemple lui-même comme dans un miroir.

Inutile de dire que toutes ces critiques agacent Nicolas Sarkozy et l’exaspèrent même au-delà du ressentiment que provoque en lui l’affaire Clearstream puisqu’il reste persuadé que Villepin a voulu le piéger. Le patron de l’UMP veut bien comprendre une bonne rivalité entre hommes qui vont s’affronter durement sur le pré, mais il n’accepte pas le déni de ses ambitions. Il ne détesterait donc pas que les juges le débarrassent de Villepin en le mettant prochainement en examen. A défaut, il va falloir qu’il ruse et non qu’il cogne, qu’il se montre charmeur, câlin cajoleur. Ce séducteur sait faire, ne vous y trompez pas, mais quand ça résiste, il a tendance à passer rapidement de la caresse au bourre-pif, voire de vous en mettre deux. Ca vient de loin, savez-vous, quand il se battait avec son grand frère qui l’écartait d’une chiquenaude, il repartait encore et encore à l’assaut en criant « même pas peur ».


Rédigé par Nicolas Domenach le Jeudi 23 Novembre 2006 à 11:11 | Permalien | Commentaires (0)




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