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Sarko-Ségo : duel à la Sorbonne  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne

Richelieu, Lavoisier, Descartes et Pascal, enfin leurs statues attentives et quelques milliers d’étudiants sages issus des meilleurs haras des grandes écoles, tout ce beau monde a eu le privilège d’assister dans le Grand amphitéâtre de la Sorbonne au premier affrontement Ségo-Sarko conclu par Villepin en personne qui se payait le luxe de renvoyer l’une et l’autre dans leurs coins tels deux enfants turbulents et insuffisants.

Certes les duellistes ne se sont pas retrouvés face à face. Les combattants ont boxé à distance, à quelques heures d’intervalle mais ils ne se sont pas ménagés tant ils brûlent d’en découdre. En particulier Nicolas Sarkozy que certains présentent comme apaisé, serein. Or le « Sarkozen » nouveau n’est toujours pas arrivé. Mais le guerrier est plus que jamais là, qui semblait même dopé par sa présence dans ce temple du Savoir. Comme si l’esprit sentencieux du lieu lui était un défi personnel. La moindre question des étudiants devenait une insolente interpellation, la plus petite contestation une insulte faite à lui comme au peuple français qui décuplait encore son énergie légendaire. Quelle force, mes amis, quelle puissance de feu pour incendier tous ses adversaires et d’abord Ségolène Royal qui représente tout ce qu’il déteste, la gauche conservatrice, la gauche énarchique, la gauche donneuse de leçon, la gauche des 35 heures qui méprise les travailleurs au point de les appauvrir, la gauche qui fait le jeu de Le Pen en courant après les idées du peuple. Et c’est lui, Sarkozy, lui qu’on traite de raciste, lui qu’on excommunie pour délit de sale gueule, lui qu’on ose qualifier de « populiste » parce qu’il stigmatise le défaut de sévérité des juges.

« Populiste » c’est exactement l’accusation que reprenait le lendemain Ségolène Royal mais sans nommer non plus son adversaire. Tous deux sont l’un pour l’autre littéralement innommables. Mais chacun frappe à sa façon. Sarkozy était dur, tranchant, s’emportant et emportant l’enthousiasme, galvanisant ses troupes au point d’en effaroucher une partie. Alors que Ségolène Royal était plus enveloppante, plus charmeuse mais la caresse n’empêchait pas la taloche cinglante de la mère supérieure singulièrement à l’aise, quand elle n’est plus sous la surveillance des autres compétiteurs socialistes. Là, décomplexée, elle s’est lâchée contre Sarkozy et son manque de courage, son absense du sens des responsabilités, car il représente lui aussi tout ce qu’elle déteste, la caricature du macho brutal parvenu qui porte « des Ray Bans » et des vêtements griffés m’as-tu-vu - Sarko Aldo Maccione… Un adversaire idéal pour elle et son combat féministe qu’elle affiche alors sans détour. « Le temps des femmes est venu »…, proclamait-elle sous les applaudissements, ce qui l’engageait à aller plus loin encore dans le sens de sa Révolution participative. Puisqu’elle lançait pour la plus grande consternation de certains de ses proches, l’idée d’un jury populaire qui pourrait juger de l’action des élus. On entendait le cliquetis de la guillotine, même si son sourire démentait ce que ses propos pouvaient avoir d’inquiétant. Comment pouvoir imaginer de la brutalité sous l’air de douceur ? C’est sa force à elle face à la virilité brute de son adversaire. Mais l’une et l’autre ne sauraient faire l’affaire, c’est ce qu’est venu répéter Dominique de Villepin qui, à son tour, leur a infligé une magistrale et sorbonnarde leçon.

La présidentielle ce n’est pas une compétition pour Matignon, les a-t-il admonestés. Un président, c’est une autre dimension. C’est le dernier recours. Il est dépositaire de la mémoire, de la culture, du destin de ce pays. C’est un poste très particulier, leur a rappelé le Premier ministre qui a bien précisé qu’« il n’était pas lui un homme politique », et qu’il était là « un peu par hasard ». Mais comme disait son héros Napoléon, « le hasard sait toujours trouver ceux qui savent s’en servir ».


Rédigé par Nicolas Domenach le Lundi 23 Octobre 2006 à 12:24 | Permalien | Commentaires (0)




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