Ce sera dur, ce sera cuir. Ça ne vous a sans doute pas échappé mais Ségolène Royal à Grenoble vendredi avait revêtu l'armure de combat, la veste de cuir, comme d'ailleurs dimanche la verte Dominique Voynet ou la centriste Marielle de Sarnez. Un signe. On passe à un stade supérieur de l'affrontement. Fini de prendre des coups passivement, ces dames vont les rendre au centuple. Ségolène Royal pour commencer qui se sent d'humeur batailleuse. « Elle a les crocs », comme on dit. Si Sarkozy, qui la joue grave, parle sur « les dents de sagesse », selon l'expression des orthodontistes, elle cause sur les incisives qu'elle a limées et… acérées. La candidate est bien décidée à mordre son adversaire, après une période où elle a été pour le moins déstabilisée. Ségolène Royal a en particulier mal vécu l'offensive sur ses biens personnels, son ISF, sa richesse. A la vérité, elle ne se vit pas riche puisque c'est son homme, fils de médecin, qui a du bien, et c'est lui aussi qui l'a mise mal à l'aise en parasitant le lancement de sa campagne participative avec ses déclarations sur les hausses d'impôt pour les classes moyennes supérieures. Qu'il n'y revienne pas ! De l'ordre a été remis dans le couple, dans le parti et d'abord dans sa tête puisqu'elle apparaît désormais à tous ceux qui passent de longs moments avec elle comme ferme, droite, résolue et certaine de l'emporter.
Elle ne cille ni ne sourcille à sa baisse régulière dans les sondages, et oppose à tous ceux qui doutent, s'inquiètent ou s'affolent plusieurs certitudes. D'abord elle est sûre d'avoir raison sur le calendrier, il ne fallait pas partir trop tôt, c'est la leçon de Mitterrand qu'elle a appliquée… attendre, ne pas se précipiter, « donner du temps au temps » et Sarkozy va payer pour l'avoir ignoré car il s'essoufflera, ses contradictions apparaîtront et ses prétendues audaces se révéleront pour ce qu'elles sont, « de la démagogie populiste ».
Ensuite, elle a effectivement abandonné des points, mais elle l'avait prédit, il y a deux mois. Son socle était à 24, 25 %, elle y est presque alors que son adversaire qu'on dit en pleine ascension, en formidable réussite, perd lui aussi des voix et devrait paradoxalement connaître une glissade qui pourrait parfaitement prendre des allures de dégringolade. A suivre son raisonnement… glissant et, comme le dit Hollande, elle aurait donc eu de la chance de baisser ! Et c'est Sarkozy qui vivrait désormais « la malchance », « la malédiction du premier », les médias devant un jour ou l'autre cesser d'être en adoration devant Saint Nicolas qui transformait en or tout ce qu'il touche. Peut-être les journalistes se rendront-ils compte que le plomb reste parfois du plomb.
Second point d'importance, Ségolène Royal croit toujours à sa révolution participative. Elle pense avoir inventé quelque chose, avoir contribué à revivifier la démocratie républicaine et ça devrait apparaître en fin de semaine dans les divers meetings et comptes-rendus publics, pour peu que le PS joue le jeu et s'implique de toutes ses forces dans cette mise en scène. Ça n'est pas gagné ! Parce que je ne vous surprendrais guère en disant que les esprits socialistes sont encore tout tourneboulés par son manque d'égard à leur encontre, son défaut d'explication. Et enfin ce trou d'air de 15 jours face à cet adversaire qui peut effectuer des razzias électorales sur leur terre en toute impunité. « Mais il faut le cogner », leur a dit et répété ce week-end Ségolène Royal qui s'énerve des états d'âme de cette armée qui tourne en rond l'arme aux pieds et le sarcasme suicidaire à la bouche.
Il est vrai que l'organisation de son quartier général demeure incompréhensible pour la plupart des dignitaires socialistes qui ignorent ce que deviennent leurs recommandations, leurs notes ou même à quoi ils servent. Est-elle chef de guerre ou chef de cabinet, comme autrefois ? A la vérité, ces dirigeants du PS font plus que s'inquiéter, ils s'angoissent parce que en face ils ont affaire à des pros, à « des mercenaires sans foi ni loi », disent-ils. Les sarkozystes sont affûtés prêts à vous bondir à la gorge et à vous la couper. Face à ces spadassins ils ne reçoivent pas d'instructions suffisamment claires, alors qu'ils se sont faits voler le feu électoral, c'est-à-dire la protection sociale.
Celui qui incarnera la protection sociale gagnera les élections. Mais « Sarko et la protection », c'est bidon. Ségolène Royal leur a enjoint de frapper comme des fous sur ce clou : Sarko inquiète, Sarko divise, Sarko c'est tout et son contraire, c'est le CAC 40 et ce sera donc à elle d'incarner ces jours-ci plus encore une protection présidentielle et de renforcer son socle de crédibilité entamé plus encore par ses silences que par ses maladresses. Elle ne sera donc plus l'icône lointaine mais plutôt la guerrière, chef d'une armée qui doit la suivre désormais sans rechigner puisqu'elle va se décider à lui imposer une ligne stratégique d'assaut et à gauche toute ! Autant dire que ce n'est pas gagné, surtout pas en une semaine. Même si elle fait le discours de sa vie demain ou après-demain. La Dame Blanche passe en noir. Elle est rentrée dans un affrontement long, dur et tout cuir. « La guerre c'est une politique sanglante, disait Mao. La politique en campagne électorale, c'est une guerre sans effusion de sang ». Mais c'est une guerre, pas une partie de campagne participative !