La conférence sur l'emploi et les revenus qui s'est déroulée jeudi au Conseil d'analyse stratégique (ex-commissariat général du Plan) ne restera pas dans les mémoires. A la sortie, tous les partenaires sociaux, syndicalistes comme patrons se tenaient à peine les côtes, tellement le résultat est insignifiant.
« Tout ça pour ça », aurait dit Chérèque. Pourtant, quelques jours plus tôt Matignon avait jeté l'effroi au Medef, en le prévenant qu'il faudra que les employeurs fassent des efforts
« parce qu'il s'agit bien d'un Grenelle social ». Mais il y a loin des lèvres à la coupe de ciguë. En fait, le « Grenelle » n'a pas acté grand chose. Sur les salaires rien, car demander à ce que les branches professionnelles négocient pour faire passer leurs minima de grille au-dessus du Smic, c'est bien le moins. Sur le Smic lui-même, on verra si le fait d'instituer un
« comité d'experts » chargé de donner son avis sur la hausse annuelle est le premier pas d'une réforme que souhaite le patronat depuis longtemps ou pas. Quant aux crèches dans les hypermarchés, on est loin des besoins des travailleuses à temps partiels, dont le premier est tout simplement de sortir de la pauvreté.
Les deux petites avancées de la conférence sont d'une part le dispositif « locapass » généralisé (une sorte de caution publique pour les locataires), dont la naissance est forcément remise à plusieurs mois ou davantage, d'autre part la création d'un crédit d'impôt dont pourront bénéficier les ménages salariés non imposables pour les services à la personne. Il faudra attendre que cette mesure soit inscrite dans le collectif budgétaire pour voir qui en bénéficie réellement. Quant au coût de la mesure, ce sera le gouvernement en place en 2008 qui aura à en assumer la charge (on parle de 200 à 500 millions d'euros).
Au plan politique, on notera simplement que Villepin a mis en place deux éléments du programme présidentiel de Sarkozy. D'une certain, manière, c'est la caractéristique de la politique du Premier ministre : faire tout de suite ce que le président de l'UMP promet pour demain. De temps en temps, cela porte malheur. C'est ainsi que Villepin avait mis en place le CNE et le CPE, pour devancer Sarko, partisan du « contrat de travail unique ».
Au total donc, un bilan bien maigre. Le plus drôle, c'est que les participants à la conférence ont été prévenus qu'il en serait ainsi dès le matin, par…Emmanuel Todd (
lire son intervention sur Marianne2007.info). L'invité surprise de Villepin a tranquillement expliqué que rien de grand ne pourrait être fait sans repousser les contraintes de la mondialisation au niveau européen. Même si l'argumentaire frappé au coin du bon sens du démographe et historien mérite une vraie discussion, on se demande si Todd n'est pas venu excuser d'avance l'impuissance de Villepin.