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Les lions lèchent leurs plaies  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne

Ségolène par-ci, Royal par-là : son enfance, sa famille, ses amis, ses réseaux, son baptême, son premier bavoir, ses relations de couple découplé mais hyper complice - du genre Bonnie and Clyde en passe de réussir le casse électoral du siècle -, le charme désuet de sa bourgeoisie, son autorité dure et douce à pleurer, etc, etc… Dans les médias, il n’y en a effectivement que pour la star des primaires qui n’a pas seulement écrabouillé ses rivaux malheureux, en obtenant plus de 60 % des voix au premier tour, mais qui paraît les avoir dispersés, volatilisés dans le néant de l’inexistence publique. Bref, DSK et Fabius seraient morts ou ne vaudraient guère mieux.

Il est vrai qu’après une claque aussi cinglante infligée par une main qu’on croyait toute petite, à leur place, on serait au lit sous la couette en train de pleurer sur ses illusions envolées et son arrogance passée qui vous a fait prendre un aigle Royal pour une perruche du Poitou-Charentes. Eh bien, vous n’êtes pas à leur place !

Les hommes politiques sont des animaux à part. Certes, comme les lions, ils sont allés lécher leurs plaies en cachette : DSK quelques jours à Marrakech et Fabius en Seine-Maritime. Mais en public, ni l’un ni l’autre ne se sont montrés accablés. Il s’en faut. A commencer par l’ancien Premier ministre qui jouait pourtant gros (« sa vie politique », disait-il) et qui paraissait avoir tout perdu puisqu’il a fini troisième et bon dernier, si loin derrière celle qu’il avait connu en train de pousser son cerceau dans les jardins de l’Elysée ou de pleurer lorsqu’elle perdait des arbitrages budgétaires. C’est cette « péronnelle » comme l’appelaient certains fabiusiens qui a détruit ses espérances et trente ans d’effort. Or, le détruit, le perdant n’a pas paru un instant affecté : « Pendant cette campagne, je n’ai jamais connu un tel bonheur », a-t-il affirmé à son staff. Ses yeux, sa bouche, son visage souriaient vraiment. Nul pli d’amertume qu’il aurait mal repassé pendant la nuit blanche. Mais une conviction farouche d’avoir bien défendu ses convictions : « Jamais je n’ai été autant moi-même », a lancé, ravi, ce fils de grand bourgeois qui espère qu’enfin on ne lui dressera plus comme une potence ce procès permanent en insincérité.

Le matin même du vote des adhérents PS, il confiait à son fidèle des fidèles, Claude Bartolone, sa certitude de la défaite et son absence totale de regret car il n’y avait rien à faire d’autre contre le rouleau compresseur des sondages, des médias, des nouveaux adhérents et de l’appareil du parti tout entier enrôlé derrière une Ségolène qui avait parfaitement joué le coup du renouvellement au féminin. Et le soir du vote, il se félicitait d’avoir obtenu un score supérieur aux prévisions hypnotiques des sondages ! Et voilà, vous imaginiez cet homme KO à terre, avec ses 19% des voix comme de la poussière plein la bouche, et il s’amusait de ce que ses proches calculaient qu’en 2011 il n’aurait que 65 ans. Fabulous Fab Barthez est à la retraite mais pas Fabius qui appelait ses troupes non seulement à serrer les rangs mais à les ouvrir à ceux qui voudraient les rejoindre bientôt « car la question sociale est centrale. Car nos idées sont simplement en avance ». C’est beau la foi, non ? Ou c’est pathétique, comme le disent ses ex amis qui en parlent comme s’il s’agissait d’un grand malade à la tête d’une secte. Mais sans doute faut-il croire à quelque chose d’un ordre supérieur pour encaisser semblables déconvenues.

S’il en est un qui a, dorénavant, encore moins de doutes, c’est DSK. Ah certes, à un moment, il s’est laissé griser par la chaleur des foules qui grossissaient, par les vapeurs d’encens, le bruit médiatique, l’odeur de la poudre d’un combat qu’il livrait pour lui-même et à fond, non plus en dilettante trop doué pour se fatiguer. Avec sa bande de joyeux « strausskhanistes », ils ont rêvé un instant de contraindre « la rosière des Charentes » à une confrontation, à un ballottage délicat, celle-là qui rougissait de colère autrefois quand, puissant ministre des Finances, il la contredisait. La défaite aussi nette fut donc un choc, mais apparemment très vite absorbé. DSK a positivé tout de suite. Car il avait fini second. Il avait devancé Fabius alors que c’est la première fois qu’il se comptait. Dominique, l’enfant prodige était devenu grand, émancipé enfin de Jospin, avec des fidélités, des réseaux, un impact plus large dans l’opinion que son score dans le parti. Dès le soir de la défaite, il était entré en résistance. Son fidèle lieutenant Jean-Christophe Cambadélis envoyait par SMS à tous les « strausskhistes » ce message à peine codé signé Charles de Gaulle : « Malgré les jours difficiles, les doutes épuisants, l’abaissement des convictions. Malgré l’injustice latente, les calomnies sans risque, les outrages sans châtiment, nous poursuivons notre route ».

Ils poursuivent, donc, sûrs que l’avenir leur appartient, comme à la sociale démocratie. Persuadés, aussi, que Ségolène fera appel à eux à un moment ou à un autre. Certains enfin d’avoir à affronter Fabius pour un vrai combat politique entre hommes. Vous voyez, ces machos-là paraissent inentamables ou indécrottables, comme on voudra !


Rédigé par Nicolas Domenach le Vendredi 24 Novembre 2006 à 07:00 | Permalien | Commentaires (0)




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