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Les confidences de Chirac font des (mini) vagues  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

Il n'est pas content, mais alors pas content du tout Edouard Balladur. L'ex candidat malheureux à l'élection présidentielle est très fâché contre le Président de la République qui le traite « de vaniteux » et l'accuse, plus grave encore, de l'avoir poussé en vain à une alliance avec le Front national pour gagner l'élection présidentielle de 1988. Tout cela dans un ouvrage, L'inconnu de l'Elysée, écrit par Pierre Péan et dont Marianne a publié les bonnes feuilles. Un ouvrage qui est présenté comme un testament politique ce qui donne donc encore plus de poids aux mises en cause de Chirac qui s'offre bien sûr le beau rôle. Car le monarque républicain se moque des petites vanités de son ex-ami de 30 ans qui, raconte-t-il, lui réclamait le titre de ministre d'Etat alors que comme chef du gouvernement, il venait de le nommer en 1986 ministre de l'Economie et des Finances. Ce sera accordé, mais il lui refusera ainsi qu'à Charles Pasqua toute entente avec Jean-Marie Le Pen dont il exècre la xénophobie.

« Ce sont des accusations minables d'un petit monsieur », s'indigne, en privé pour l'instant, Edouard Balladur qui dément toute volonté d'entente avec le dirigeant frontiste et prétend seulement d'avoir souhaité que Chirac n'insulte pas les électeurs de l'extrême droite. L'ancien Premier ministre fait aussi remarquer que pour ce qui est de la vanité, ce n'est tout de même pas lui qui a passé toute sa vie dans les palais nationaux. Il s'étoufferait presque de rire et d'indignation quand Chirac prétend ignorer la rancune. « Qu'est-ce que cela aurait été alors si Chirac avait été rancunier ». Car, lui, Balladur et ses fidèles ont été poursuivis d'une fatwa implacable pendant des années et des années. Même Alain Juppé, Premier ministre, n'a pas pu obtenir du Président d'intégrer Nicolas Sarkozy au gouvernement entre 1995 et 1997 en dépit de ses demandes réitérées. Nicolas Sarkozy, aujourd'hui, s'amuse de cette réécriture de l'histoire où Chirac veut apparaître comme un saint homme, étranger à tous les bas sentiments et à l'origine de si nombreux bienfaits que l'ingratitude a refusé de lui porter à crédit.

Ainsi, l'ancien président du RPR s'attribue-t-il la paternité de l'élection de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly. Le brave homme, aurait demandé à Charles Pasqua, alors tout puissant dans le mouvement, de « laisser la place au jeune ». Ce qui manque de faire s'étouffer le présidentiable de l'UMP qui a dû écarter, chasser de son chemin, un Pasqua qui s'accrochait et qui n'a renoncé que très tardivement. Chirac a bien essayé de faire plier, non pas l'ancien, mais le jeunot en lui envoyant deux responsables de poids du RPR, Alain Marleix et Bernard Pons. Pour avoir recueilli leurs témoignages, je peux vous confirmer qu'ils ont tout fait pour impressionner le débutant et tordre le bras à celui qui débutait dans la carrière. Mais la détermination de Sarkozy les a fait plier. Et c'est Pons qui a téléphoné au patron pour lui dire « Rien à faire, il ne renoncera pas et Charles sera battu ». Alors et alors seulement, Chirac s'est fait une raison mais il n'a pas donné Neuilly à Sarkozy dont il montre allègrement l'obsession sondagière.

Chirac affirme à Péan qu'il ne « croit pas aux sondages » et que Nicolas Sarkozy ferait mieux « d'arrêter de s'y fier ». A la vérité, Chirac s'est beaucoup référé dans sa vie aux enquêtes d'opinion que son maître Georges Pompidou lui a appris à étudier et Sarkozy ne manque pas de faire remarquer que si les sondages étaient mauvais pour lui, Chirac les regarderait davantage… Je peux confirmer que le Président est particulièrement attentif aux enquêtes d'opinions quand son ministre de l'Intérieur y enregistre un coup de mou. Mais tout cela n'est que bricole et bricolette par rapport à l'essentiel du propos de Chirac dont on s'attendait à ce qu'il provoque plus que des vaguelettes. En effet, le Président en revient à ses croyances généreuses d'adolescence et dénonce « le libéralisme aussi dangereux que le communisme et qui est voué à l'échec comme lui ». Chirac qui sculpte sa statue du Commandeur et déssine à son couchant son personnage de Mandela blanc, « Jacques Cœur le compassionnel » annonce donc avant de quitter la scène cette « déviance de la pensée » qui constitue le socle du sarkozysme. Sa dénonciation prend d'autant plus de force qu'il a lui-même été un libéral farouche entre 1986 et 1988. Mais, justement, le Président sait de quoi il parle puisque son libéralisme thatchérien l'a conduit à la défaite contre François Mitterrand.

Mais Chirac concède à Péan qu'il note chez Sarkozy quelques évolutions qui vont dans le « bon sens », notamment sur le communautarisme. Il ne l'enfonce donc pas complètement, ce qui pousse le présidentiable de l'UMP a constaté : « Chirac a enfin compris que j'allais gagner. De toute façon, ce n'est pas important. Ce qui compte pour moi et pour les autres, c'est la relation avec les Français ». Et à l'heure de la succession, Chirac, effectivement, ne pèse plus guère sinon ce que pèse un président en bout de course qui voudrait partir en beauté, c'est-à-dire en popularité. Chirac veut moins de postérité qu'être aimé.


Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 13 Février 2007 à 16:31 | Permalien | Commentaires (9)





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