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Le bal des «écolocrytes»  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

Et voilà le grand bal des politiques, le grand bal des hypocrites, des « écolocrytes », diront certains, puisque c'est aujourd'hui que la plupart des candidats à l'élection présidentielle vont en grande pompe médiatique signer le pacte écologique de Nicolas Hulot au Musée des Arts Premiers. Je ne leur conseille pas ensuite de s'y attabler car le restaurant « Les Ombres » est sans doute une des plus belles entourloupes culinaires de la capitale. Le cadre est prometteur, la vue est enchanteresse, le personnel est stylé, mais il y a du sable dans la salade et les poireaux, les viandes sont mal cuites et insipides alors que l'addition est particulièrement salée. Faut-il y voir un parallèle, une parabole avec le spectacle que nous allons déguster et qui se terminerait lui aussi en coup de massue. On peut le craindre même s'il est plutôt réjouissant de voir dix prétendants venir comme à Canossa confier le pourquoi et le comment de leur tout neuf, tout propre, tout mignon engagement écolo.

Leur démarche souriante, enthousiasmante même, est bien la preuve d'une prise de conscience des dangers écologiques. L'opinion les a précédés, les politiques suivent alors que plus personne ne conteste que le climat est détraqué, que l'air, la terre et l'eau sont empoisonnés et que l'écologie est une chose trop sérieuse pour être abandonnée aux écologistes. Une action vigoureuse s'impose. Une révolution écologique même, qui entraîne des bouleversements économiques et sociaux nationaux comme internationaux. Ça, c'est ce que chacun des candidats va dire à sa façon pendant 15 minutes en ciselant ses mots puisque leur examen de passage sera télévisé notamment sur I-Télé.

Il y aura les plus grands des champions en compétition mais aussi des petits. Pas tous puisque manqueront par exemple Olivier Besancenot, Arlette Laguillier, Jean-Marie Le Pen ou Philippe de Villiers, mais, outre les écologistes estampillés comme Antoine Waechter, Corinne Lepage, Dominique Voynet, il y aura aussi Nicolas Dupont-Aignan, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy qui vont nous parler nature, ce qui nous fera un peu d'air frais. Ca nous changera en effet de la bataille de boules puantes qui se poursuit quotidiennement. Et après tout, on peut se réjouir qu'ils adhèrent aux propositions concrètes de Nicolas Hulot après y avoir travaillé sérieusement avec l'intéressé.

On peut se féliciter que les uns et les autres se soient engagés à ce qu'il y ait enfin un ministre de l'Ecologie avec de vrais pouvoirs. Ce futur vice-Premier ministre est sans doute une bonne, une excellente chose. De même encore, l'instauration d'une fiscalité qui encourage la défense de la nature et frappe les pollueurs constitue-t-elle une évolution positive. De même enfin, chacun se réjouira du développement des énergies de substitution ou de la protection des espèces en voie de disparition. Mieux vaut ces professions de foi qu'un désintérêt obtus ou une ignorance aussi crasse qu'encyclopédique. Maintenant, on pourra se montrer sceptique devant la sincérité de telles conversions à gauche et à droite où on est profondément marqué par la logique productiviste et la croyance aveugle en ses progrès, en une science qui libérerait l'homme en asservissant la nature et en terrassant les forces du mal.

Sans doute Sarkozy est-il sincèrement devenu écologiste lorsqu'il proclame, en paraphrasant Chirac, « nous dansons sur un volcan ». Il dispose de conseillers, des conseillères plutôt, des femmes de talent comme Roselyne Bachelot et Nathalie Kosciusco-Morizet. Sans doute aussi, Ségolène Royal a-t-elle été une ministre de l'écologie efficace et s'est-elle également entourée d'experts convaincus comme Bruno Rebelle, ex de Greenpeace. Sans doute également le fils de paysan François Bayrou entretient-il un rapport privilégié avec la terre, l'air et le feu et les chevaux qu'il élève. Mais les politiques ont d'autres impératifs qui les rendent souvent oublieux de leurs engagements et de leurs convictions. Leur foi est réelle, mais volage comme le constatait Nicolas Hulot avant de renoncer à se jeter en ULM sur l'Elysée. Le téléévangéliste espère exercer des moyens de pression médiatique. C'est vrai qu'il a encore ce pouvoir-là mais volatile lui aussi.

A moins que le rapport de forces ait changé et que les médias devenus écolos très majoritairement fassent pression sans relâche. Mais les politiques expérimentés doutent de la concrétisation des bonnes intentions. A la FNSEA, par exemple, on souriait après l'abandon de Hulot. Les syndicalistes paysans étaient nombreux à être sûrs que rien ne changerait parce que tout donnerait l'illusion du changement. Tout continuerait pour l'essentiel comme avant, notamment les aides à l'agriculture extensive et l'utilisation des pesticides car on n'oserait pas toucher aux si puissants lobbys paysans.


Rédigé par Nicolas Domenach le Mercredi 31 Janvier 2007 à 13:21 | Permalien | Commentaires (4)





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