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Le FN fait chanter l’UMP  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne

Vous ne connaissez sans doute pas le canton de Mormant en Seine-et-Marne. Eh bien, depuis ce week-end, les élus de l’UMP ont appris à connaître ce canton de la petite mort ! Car lors de l’élection partielle qui s’y déroulait dimanche, le candidat du Front National a fait battre celui de la majorité qui avait refusé de s’engager entre les deux tours à fournir des parrainages à Jean-Marie Le Pen. Le FN a donc, face à ce refus, appelé à l’abstention mais, de fait, nombre de ses voix se sont reportées sur le champion de la gauche qui l’a emporté dans un fauteuil. C’est ce qu’on appelle le vote révolutionnaire dont le FN menace ouvertement tous les députés de l’UMP aujourd’hui. Et ceux-là en sont inquiets, pour ne pas dire paniqués. Car au moins une centaine d’entre eux, certains parlent de plus de 150, est en situation d’être envoyée au tapis par l’extrême droite lors des prochaines législatives !

On comprend mieux pourquoi Bernard Accoyer, la semaine dernière, avait lâché le morceau, un gros morceau qui aurait provoqué un scandale politique si le PS avait été moins occupé par ses affaires internes. Le Dr. Accoyer, en effet, a fait savoir que « pour la santé de la démocratie », il valait mieux que Jean-Marie Le Pen puisse se présenter à l’élection présidentielle. Le président du groupe parlementaire faisait écho aux propos d’un autre élu de poids, Hervé Novelli, qui avait comparé l’absence du président du Front national à un « véritable séisme ». Mais Accoyer allait plus loin encore puisqu’il banalisait l’octroi de parrainages à l’ennemi allant jusqu’à trouver tout à fait moral qu’un élu puisse lui apporter son soutien écrit. En donnant ce feu vert officiel, ce coup de pouce aussitôt salué par le FN, Accoyer commettait une gaffe sur laquelle il s’empressait de revenir. Le maladroit avait rendu public un débat interne à l’entourage de Nicolas Sarkozy.

Car la question de la présence ou non de Jean-Marie Le Pen dans la compétition ne concerne pas seulement l’élection des députés ou le fonctionnement d’une démocratie qui peut difficilement laisser hors-jeu plus de 15 % des électeurs. L’absence de Le Pen souleverait aussi des problèmes stratégiques pour Nicolas Sarkozy : comme l’avouent les villepinistes eux-mêmes, la donne en serait changée si Jean-Marie Le Pen était hors course. Il y aurait alors un boulevard pour des candidats de droite et un candidat en particulier, Villepin face à un Sarkozy qui se droitiserait toujours plus. Pour qu’on ne puisse pas lui prêter ce calcul que beaucoup de ses proches évoquaient à mi-voix, le Premier ministre s’est empressé de dire que, lui aussi, aimerait, au nom de la diversité, que le Président du FN puisse concourir. Villepin aussi fait de la politique et corrige en public ce qu’il confiait en privé à quelques journalistes, à savoir que selon lui Le Pen n’aurait pas ses signatures. Il avait déjà eu du mal à les obtenir en 2002 et que ceux qui avaient signé pour lui à cette époque s’en sont mordus les doigts qu’ils gardent désormais dans leurs poches. Les électeurs leur ont fait payer d’avoir pactisé avec le démon puisque leur nom avait été connu.

Mais à la vérité, les meilleurs observateurs du FN considèrent que Le Pen fait son show qui sera de plus en plus brûlant. Il disposerait déjà du nombre de paraphes nécessaires. Mais en criant au « meurtre démocratique », il se pose en victime alors même qu’il fait chanter et danser les élus comme des champignons sur la poêle. C’est lui qui monte ou baisse les feux, qui les fait grésiller et chanter avec cet air gourmand que vous lui connaissez. Il les tient ces députés qui ont reçu pour consigne de se taire. Certains ont cependant entrepris d’agir très discrètement auprès de maires divers droite. Tout devrait se faire dans l’ombre autant que possible. Quelques élus cherchant même un moyen juridique pour obtenir à l’arrachée une loi permettant la non publicité des signatures. Car on ne signe pas publiquement avec le diable même avec un long stylo.


Rédigé par Nicolas Domenach le Mercredi 15 Novembre 2006 à 13:00 | Permalien | Commentaires (0)




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