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Le peuple est impopulaire
Langue de campagne, par Guy Konopnicki
Les dérivés du mot peuple connaissent un sort étrange, à quelques mois de l'expression des suffrages populaires.
On s'inquiète des possibles dérives populistes, quitte à dénoncer la « démagogie populiste », ce qui, à bien y regarder est un pléonasme, collant deux termes dérivés de peuple, l'un du grec, l'autre du latin. L'adjectif populaire lui-même connaît un sort étrange. On a entendu le président de l'Union pour une majorité populaire se vanter d'être capable de prendre des mesures impopulaires. C'est que le peuple est sensible : il n'y a plus quartiers populaires, mais des quartiers « sensibles ». À gauche, quand Ségolène Royal propose des « jurys populaires », d'autres entendent aussitôt « tribunaux populaires ».
Étrangement, l'adjectif est qualifié par le substantif. Précédé de Front, populaire renvoie à la gauche aux belles pages de son histoire. Il y eût, dans cette esprit diverses utopies, théâtre populaire, éducation populaire, etc. Avec d'autres termes, c'est plus inquiétant, les « démocraties populaires » n'étaient que des dictatures impopulaires. En politique, l'adjectif a circulé de l'extrême gauche à l'extrême droite : il y eut les guerres populaires pour faire rêver les Maos, le Mouvement républicain populaire, bon vieux MRP démocrate-chrétien, au centre droit, le sinistre PPF, Parti populaire français, ramassis de nervis ouvertement nazis. Mais qui ne voudrait être populaire ? C'était d'ailleurs le slogan de la campagne d'adhésion à l'UMP : « devenez populaire ». C'était aussi le nom du journal de Léon Blum, Le Populaire ! Maintenant, l'adjectif s'emploie avec méfiance. Le substantif peuple quant à lui revient en anglais, pour désigner « les people ». Le people déteste tout ce qui fait peuple, sauf la presse populaire, pardon people. Pour le reste, tout est encore question de contexte. Depuis le général de Gaulle, rares sont les hommes politiques qui osent les belles envolées sur le peuple français. Les élites politiques préfèrent le pluriel, les peuples d'Europe pour les uns, les peuples opprimés pour les autres, mais toujours les peuples de quelque chose. Au moins aura-t-on perdu, au passage, cette étrange peuplade des années Mitterrand, le peuple de gauche, expressions qui laissait penser que la France comptait au moins deux peuples.
Jospin, c'est la fête à ne ne
Langue de campagne, par Guy Konopnicki
Je, ne, pas : ces trois petits mots définissent Lionel Jospin. Il ne peut s'exprimer sans les utiliser.
Jamais Jospin ne fut à ce point en harmonie avec lui-même que dans cette déclaration solennelle : « je ne serai pas candidat à la candidature ». De fait, la première déclaration forte d'un homme politique dans la campagne 2007, c'est cette négation jospinienne. Suivie d'une autre, : « je ne veux pas contribuer à fractionner le parti ». Et d'une autre encore : « il y a un choix que je ne ferai pas en faveur d'un ou d'une, pour être plus précis des candidats». Mais ce ne sont là que des prolégomènes d'une introduction à la pensée de Lionel Jospin. Celui qui, candidat socialiste en 2002, avait réussi à affirmer « mon programme ne sera pas socialiste » et qui s'efforça de ne pas faire campagne, a pour principale préoccupation « de ne pas dire quoique ce soit qui puisse être négatif pour un des candidats à la candidature ». Un non pas une, s'agissant des hommes, on en déduit que Lionel ne soutiendra DSK que dans la mesure où cela ne nuirait pas à Fabius. En grammaire jospinienne, le féminin de la candidature appelle la négation du soutien, le masculin impose la négation de nuisance. L'essentiel étant de savoir pour qui ne pas voter, on en déduit que Jospin appellera à ne pas voter pour d'autres, quand celle qu'il n'aura pas soutenue sera officiellement la candidate en faveur de laquelle il lui sera impossible de ne pas se prononcer. Jospin passe, à tort pour un incompris. Or peu d'hommes politiques auront à ce point communiqué leur pensée aux électeurs, qui en 2002 avaient choisi de ne pas voter Jospin et qui n'étaient pas certains de ne pas recommencer s'il n'avait pas déclaré qu'il n'était pas candidat, faisant de ce fait un « ne pas » en arrière après deux « ne pas » en avant.
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