Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Recherche




Marianne2007.info

Marianne-en-ligne.fr

La rumeur Chirac  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne

Voilà la dernière rumeur qui court, qui galope même, qui va au rythme endiablé d’un satané Président de la République jouant à saute-continent. Jacques Chirac serait candidat à sa propre succession. Le chef de l’Etat qui s’envole en Chine ne ferait pas sa tournée d’adieux tel un Charles Trenet sur le déclin chevrotant « Douce France », non, il chante fort et juste sa partition. S’il va d’un pays à l’autre, s’il court partout porter une parole de paix et de liberté, ça ne serait pas seulement pour se donner la consolation, l’illusion d’être vivant toujours, non, le plus vieux chef d’Etat démocratique en activité ne travaillerait pas à sa sortie de scène mais à son maintien, sinon pour l’éternité, du moins pour un mandat supplémentaire. Un quinquennat, c’est si vite passé. Et dans quel autre but sinon risquerait-il ainsi sa vie en suivant ce rythme littéralement tuant, en l’exigeant même contre l’avis de son épouse Bernadette Chirac qui, lorsqu’elle avait récupéré son mari convalescent après son alerte vasculaire, avait manifesté sa volonté expresse de le calmer, de le mettre carrément en préretraite ? D’ailleurs elle s’était mise en colère contre les conseillers diplomatiques en leur lançant : « Vous allez me le tuer si vous continuez ». Eh bien, ils ont continué, contraints et forcés par le Président en personne. Certains ministres disent que Chirac veut ainsi mourir sur scène, mais d’autres commencent à se demander si ce combattant n’est pas tout simplement reparti à la bataille. Il est tellement frais et frétillant. Certes il n’entend pas tout et il voit moins bien mais rien de ce qui est essentiel ne lui échappe. Son pas s’est ralenti mais chacun le sent sautillant dans sa tête, aiguisé, à l’affût, pointu et pointilleux sur certains dossiers comme ceux de l’emploi ou de la sécurité. Chacun du coup le surveille de l’œil, même Sarkozy qui le compare parfois à un vieux lion dormant mais qui, d’un coup de patte, peut vous emporter la figure.

Mais de là à ce que le chef de l’Etat se représente, ça, le patron de l’UMP en doute. Trop vieux, près de 74 ans ! Les Français ont tourné la page déjà trop chargée. La preuve par les sondages, accablants pour Chirac. Cependant certains patrons d’instituts envisagent très sérieusement cette hypothèse : en cas de troubles extérieurs ou intérieurs, Chirac pourrait être le recours. Il a l’avantage d’être en place, d’être rassurant et rassembleur contrairement aux autres prétendants. Et puis la conquête du pouvoir, il connaît. Ils ne vont pas lui en remontrer, ces mouflets trop pressés. Parfois il les contemple avec un amusement cannibale et un vrai désir de les corriger ces insolents, Sarkozy en tête, qui prétendent lui succéder. On leur presserait le nez, il en sortirait encore du Coca-Cola. Bref, il a très envie de les moucher. Et comme par hasard c’est la grande danse du Tapis Rouge ! Ses anciens collaborateurs du siège de campagne se retrouvent de plus en plus nombreux, de plus en plus fréquemment et pas seulement pour parler du bon vieux temps. Et comme par hasard aussi des députés chiraquiens créent un site internet pour valoriser son bilan. Et comme par hasard toujours, le dernier carré des ministres fidèles se regroupe et vous rapporte certaines de ses citations historiques : « De toute façon, Sarkozy et Villepin finiront dans la même flaque de sang », leur aurait-il confié avec gourmandise. Et ceux-là ne l’imaginent pas à la retraite avec Maman en train de prendre les eaux à Divonne les Bains ou même ouvrir une galerie de peinture comme il l’avait promis à Giscard en 1976 lorsqu’il quittait Matignon avant de revenir pour l’abattre. Quand on a la chasse dans le sang, on chasse ! S’il a la moindre fenêtre de tir, Chirac tirera donc et se lancera en campagne.

Maintenant on peut penser aussi que le Président jette ses dernières forces dans la bataille pour se rejoindre, pour se rassembler, pour réaliser l’unité d’un homme qui ne s’est jamais trouvé. Enfin, il réussirait sa cohérence entre l’adolescent utopiste, fervent combattant de la paix avec des idées plus généreuses et plus à gauche que celles de la gauche. Il voudrait finir comme une sorte de Nelson Mandela blanc qui parviendrait à réduire cette fracture sociale dont la béance est pour lui un remords, une morsure permanente. Il lui reste quelques mois pour faire ce qu’il n’a pas su faire en près de 12 ans. On comprend que cet ogre mette les bouchées doubles, aiguillé aussi par la haine de tous ceux qui se mettent en travers de son chemin, ce Sarkozy… Mais rappelez-vous : « Le plus grand signe de mort d’un homme malade, c’est la réconciliation… ». Chirac est en pleine forme !


Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 24 Octobre 2006 à 12:29 | Permalien | Commentaires (0)




Commentaires


RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile