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L'Europe escamotée  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

Il s'est passé un événement inouï vendredi dernier et dont les grands médias français n'ont pas ou peu rendu compte alors que la plupart des journaux européens en faisaient leurs grands titres. Cet événement incroyable que trois jours plus tard L'Humanité hisse à sa Une, c'est la réunion à Madrid des 18 pays amis de la Constitution qui ont décidé de se retrouver sans la France et la Hollande qui avaient voté non et en présence de la présidence allemande. Ce qui en soi est une grande première dans l'Histoire de la Communauté où jamais la France, pays fondateur n'a été exclue d'une assemblée de cette importance. On n'imagine pas un instant que Giscard, Mitterrand, Pompidou, de Gaulle aient pu laisser l'Histoire européenne se faire sans eux. Ils auraient soufflé leur colère, tempêté, tornadé, balayé comme fétus de paille ces insolents qui se permettaient de prétendre décider de l'avenir de l'Europe sans nous et de nous imposer leurs exigences pour demain.

S'il fallait une preuve de notre perte d'influence et de la triste fin de règne de Chirac, la voici. Car le camp du oui après s'être consulté en Espagne a décidé de ne pas en rabattre, d'imposer un traité plus large. Les « ouistes » exigent un traité non pas à minima mais à maxima et tout cela soutenu par la présidence allemande qui veut pour juin prochain arriver à des conclusions dont s'emparera ensuite une conférence intergouvernementale avant les élections européennes de 2009. Autrement dit, le dossier européen sera un des premiers que devra affronter le prochain Président ou la prochaine Présidente de la république. Or ni l'une ni l'autre n'ont rien dit ou quasiment. Sarkozy et Royal qui battent la campagne pour le moment au ras du gazon, ainsi que la plupart des autres candidats ont dégagé l'Europe en touche. Seuls Nicolas Dupont Aignan, Marie-George Buffet et François Bayrou veulent mettre l'Europe, qu'ils soient pour ou contre, au centre de leur démarche. L'Europe divise, l'Europe déchire les deux grands partis et leurs champions s'échinent donc à ne pas trop en parler pour ne pas raviver les vieilles plaies. Nicolas Sarkozy a pris une position minimaliste en se prononçant pour une petite Europe avec une constitution à minima mais dont ne veulent plus les amis du oui. Alors, inutile de vous dire que le présidentiable de l'UMP est très embêté et qu'il doit avec ses conseillers comme Pierre Lellouche rencontrer très prochainement Tony Blair puis Angela Merkel afin de dégager une position commune qu'il puisse développer ensuite dans son futur discours de politique étrangère.

Après le camouflet, la gifle de Madrid, disent ses proches, on ne peut plus ne rien dire, même si l'on sait qu'au risque de perdre des électeurs en sortant à découvert sur cette question. Il ne faudrait donc pas totalement désespérer. On ne cachera pas l'Europe sous le tapis comme de la poussière. A gauche, un homme comme Pierre Moscovici, ancien ministre des Affaires étrangères croit aussi que Ségolène Royal devra aller plus loin sur cette question car la France a toujours été une force de proposition et que les socialistes, compte tenu de l'importance de la crise de l'Europe élargie à 27, ne s'en sortiraient pas par des invocations magiques du style : « Il faut dépasser le oui et le non ». Dépasser ce clivage, mais comment ? Mais par quelles propositions ? Par quels projets ?

Jean-Louis Bianco, son directeur de campagne, a annoncé que ça allait décoiffer, qu'on verrait ce qu'on verrait le 11 février. On ne demande qu'à voir mais en étant inquiet car les conseillers de Ségolène Royal en matière d'Europe sont aussi divers que Pierre Moscovici donc, mais aussi Elisabeth Guigou ou le souverainiste Jean-Pierre Chevènement. Enfin Ségolène Royal consulte Jacques Delors dont elle fut proche, donc il ne faut pas totalement désespérer.

En attendant, c'est un autre grand boulevard, une avenue de l'Europe même, qui est grande ouverte devant François Bayrou qui a toujours placé la Communauté au cœur de son projet. Encore faudrait-il que le présidentiable du centre nous dise clairement quelle Europe il veut incarner. Car une certaine Europe est morte le 29 mai 2005. Alors vive l'Europe d'accord, mais laquelle ? « That is the question » qu'on n'évitera pas pendant la campagne !


Rédigé par Nicolas Domenach le Lundi 29 Janvier 2007 à 13:02 | Permalien | Commentaires (10)





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