Jamais Jospin ne fut à ce point en harmonie avec lui-même que dans cette déclaration solennelle : « je ne serai pas candidat à la candidature ». De fait, la première déclaration forte d’un homme politique dans la campagne 2007, c’est cette négation jospinienne. Suivie d’une autre, : « je ne veux pas contribuer à fractionner le parti ». Et d’une autre encore : « il y a un choix que je ne ferai pas en faveur d’un ou d’une, pour être plus précis des candidats». Mais ce ne sont là que des prolégomènes d’une introduction à la pensée de Lionel Jospin. Celui qui, candidat socialiste en 2002, avait réussi à affirmer « mon programme ne sera pas socialiste » et qui s’efforça de ne pas faire campagne, a pour principale préoccupation « de ne pas dire quoique ce soit qui puisse être négatif pour un des candidats à la candidature ». Un non pas une, s’agissant des hommes, on en déduit que Lionel ne soutiendra DSK que dans la mesure où cela ne nuirait pas à Fabius. En grammaire jospinienne, le féminin de la candidature appelle la négation du soutien, le masculin impose la négation de nuisance. L’essentiel étant de savoir pour qui ne pas voter, on en déduit que Jospin appellera à ne pas voter pour d’autres, quand celle qu’il n’aura pas soutenue sera officiellement la candidate en faveur de laquelle il lui sera impossible de ne pas se prononcer. Jospin passe, à tort pour un incompris. Or peu d’hommes politiques auront à ce point communiqué leur pensée aux électeurs, qui en 2002 avaient choisi de ne pas voter Jospin et qui n’étaient pas certains de ne pas recommencer s’il n’avait pas déclaré qu’il n’était pas candidat, faisant de ce fait un « ne pas » en arrière après deux « ne pas » en avant.