Finies les cigarettes, place à la bouffarde. José Bové pointe sa pipe et sa moustache. Le leader paysan annonce aujourd'hui qu'il entre en campagne… pour la candidature à l'élection présidentielle. Il avait déjà fait un petit tour de piste et puis s'en était allé, frondeur et individualiste dans l'âme, dégoûté par les manœuvres des apparatchiks communistes et trotskystes. Mais cette fois, promis, juré, c'est sérieux. Le plan média l'est en tout cas avec une annonce de candidature soignée : l'appui de quotidiens comme Libération qui ose en Une José Bové ou comme Le Parisien qui publiait mardi une enquête de l'institut CSA qui montrait que 71 % des Français ne souhaitaient pas qu'il se présente. Et savez-vous comment titrait le quotidien populaire : « le sondage qui encourage Bové ». Ça c'est de la com ! Et on le verra dans le bastion communiste de Saint-Denis d'où il lance ce matin sa candidature puis de la maison TF1 ce soir.
Le briseur de MacDo est un médiacteur hors pair et il table sur son impact pour s'imposer dans une compétition où il va avoir du mal théoriquement à se faire sa place. Bové se donne un mois pour cela et compte sur trois atouts. D'abord le désengagement de Hulot, la dispersion des forces antilibérales et leur déception à la suite de leur incapacité à s'entendre sur un homme ou une femme susceptible de porter la couleur de leur colère. Beaucoup de militants de la gauche de la gauche de la gauche… communistes rénovateurs, alter mondialistes polyglottes, écologistes en colère, anarcho-libertaire sont orphelins et ne comprennent pas qu'ils aient pu gaspiller leur victoire du référendum sur la Constitution européenne. Ralliez-vous à mon panache de fumée lance Bové qui espère aussi profiter des absences de Ségolène Royal, de son manque de gauche, de ses faux pas, de ses fameuses boubourdes. Enfin Astérix, le sauveur du Larzac, ainsi que n'hésite pas à l'appeler Libération, son nouveau directeur de la rédaction Laurent Joffrin, est un passionné de la voile comme lui. En fait, cet homme de la mer donc, ce rebelle, bénéficierait aussi de l'aura du martyr de la cause, celui qui a fait de la prison pour ses idées et qui pourrait même y retourner si la cour de cassation confirme le 7 février prochain sa condamnation à quatre mois ferme pour destruction de parcelles d'OGM.
Mais ce partisan de la désobéissance civile veut aujourd'hui passer d'une logique de résistance à une logique de pouvoir, bref sortir de la marginalité où il s'est enfermé en entraînant cette France invisible très minoritaire mais réelle qui se reconnaîtrait en lui. Aujourd'hui cette France invisible, ce sont les 30 000 militants qui soutiennent sa démarche et une centaine de maires seulement qui ont signé en sa faveur. Bové est loin du compte et se heurte à plusieurs obstacles de taille. D'abord il vient bien tard.
A force de jouer le gaulois du Larzac, à force d'interpréter les divas, non seulement il a fatigué nombre de ses partisans, mais il a laissé les concurrents mettre la main sur la boutique protestataire. On pourrait même dire que tous les candidats à l'élection présidentielle aujourd'hui sont les candidats anti-systèmes. Villiers, Le Pen, Sarkozy, Bayrou, Royal et bien sûr ses camarades Besancenot, Buffet, Laguillier, Voynet, prétendent défendre les petits contre les puissants. Bové avait même avancé qu'il ne resterait pas en lice si Besancenot et Buffet se maintenaient. Or pas plus l'un que l'autre n'envisagent de se retirer et pas davantage Dominique Voynet. Tous vont s'entendre pour ne pas laisser s'immiscer cet intrus, ce candidat de rajout qui vient semer la division au nom de l'union.
Tous ses thèmes sont déjà préemptés : l'écologie par l'écologiste patentée, le social par la communiste diplômée, l'antilibéralisme par le trotskyste postier. Et les socialistes enfin, même s'ils sont partagés devant son arrivée, ne vont pas lui ouvrir les bras. Même s'ils préparent un grand rassemblement anti Sarkozyste pour le second tour, il leur faut d'abord assurer le succès du premier. Et en dépit de sa bonhomie apparente, les dirigeants du PS n'ont guère confiance dans ce gauchiste libertaire, cet éleveur de moutons qui va leur tondre la laine sur le dos. Les uns et les autres ont jusqu'au 11 mars pour le faire renoncer. En fait, ce sont les sondages qui seront déterminants. Pour l'instant, Bové était donné à 2 ou 3 % ne grappillant des points qu'à Besancenot et Buffet. Mais c'était avant la percée médiatique de ces jours qui devrait être suivi d'un autre sondage demain ou après-demain afin de faire monter la mayonnaise. Mais il lui faudra un sacré coup de main que peuvent lui fournir d'ailleurs certaines puissances très libérales mais aussi très intéressées à affaiblir Royal. C'est du moins ce qu'on affirme au PS. Des mauvaises langues, bien sûr !