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Chirac et Villepin : la leçon à Sarkozy  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

Le présidentiable officiel de l’UMP n’est pas le Président de la République ! L’actuel occupant du trône, Jacques Chirac, a tenu à rappeler fermement d’abord à Michèle Alliot-Marie à qui il a interdit d’accompagner Nicolas Sarkozy à Londres aujourd’hui où il est prévu qu’il rencontre Tony Blair. « Ce n’est pas la place du ministre de la Défense », lui a rappelé le chef de l’Etat en aparté avant le dernier Conseil des ministres. Sa place est à côté du Président, du chef des armées, pas à côté d’un présidentiable en déplacement de campagne et qui piétine les plates-bandes de son domaine réservé. Qu’allait-il faire d’ailleurs à Londres ce présidentiable qui le tient si peu informé de ses déplacements ? « Je croyais vous faire plaisir en emmenant Michèle Alliot-Marie. Mais je fais ce que je veux », lui a répondu en substance Sarkozy mécontent qu’à son âge et à son niveau Chirac veuille encore lui tirer les oreilles comme quand il était petit et qu’il travaillait mal en classe, ce qui était assez fréquent.

Or, dans le séminaire gouvernemental d’hier, les sarkozystes et Sarkozy lui-même ont dû encore subir quelques leçons de comportement sans pouvoir s’en offusquer car l’union est à ce prix. L’ombrageux, l’indocile doit subir des remontrances comme s’il était un Hooligan. Dominique de Villepin a commencé par tancer le porte-parole du candidat de l’UMP et ministre de la Santé, Xavier Bertrand, qui avait souligné les inconvénients du CNE alors que le présidentiable Sarkozy avait annoncé qu’il s’en inspirerait. Une gaffe, une boubourde, une montebourde… que Xavier Bertrand corrigeait le soir même. Un Xavier Bertrand qui arbore la cravate quand il est ministre de la Santé et qui l’enlève quand il joue son rôle de porte-parole. Mais d’enlever le haut ainsi ne suffit pas pour le chef du gouvernement. Je vous rassure, il ne demande pas aux sarkozystes d’enlever le bas mais il réclame d’abord et avant tout des ministres qu’ils exercent leur fonction jusqu’au bout et qu’ils démissionnent s’ils ne le peuvent pas.

Villepin leur a en outre rappelé et à Sarkozy en particulier qu’il ne fallait pas mélanger les genres ni confondre les budgets. C’est la gauche qui va être contente. Sarkozy, lui, baissait la tête. Il est contraint de subir admonestations et remontrances jusqu’au bout. Et il lui en faudra de la patience car, aujourd’hui encore à Rambouillet, pour sa conférence de presse mensuelle, le Premier ministre, exclu de la course présidentielle, va rappeler que celle-ci ne peut pas être gagnée sans lui ni sans son excellent bilan ! L’œuvre gouvernementale, surtout en matière sociale mais également économique est le socle de la victoire future… Plus question, plus du tout, du tout question, de rupture. C’est en s’appuyant sur l’action villepinienne que Sarkozy a une chance de l’emporter. A condition aussi qu’il continue d’infléchir, de villepiniser son discours devenu, il est vrai, beaucoup plus laïc et républicain, beaucoup plus gaulliste qu’avant.

Bref, ce qu’il y a de bon aujourd’hui dans Sarkozy, c’est Villepin. Un Villepin qui se tient pour le plus expérimenté des stratèges en matière de bataille présidentielle. Toute modestie mise à part… il estime avoir déjà remporté deux présidentielles, Chirac n’étant qu’accidentel dans ses aventures. Et un, et deux, et trois, zéro… Villepin gagnera celle-ci si Sarkozy l’écoute, si Villepin « gère son cerveau », selon le mot qui lui était attribué à propos de Chirac. Mais le grand Jacques a toujours eu la faculté inouïe de faire croire aux autres qu’il n’était qu’un benêt, qu’il n’était qu’un pauvre paysan avec du foin dans les sabots et du persil dans les oreilles. Sarkozy, lui, déteste passer pour un sot et ne supporte plus les mentors, encore moins les énarques de palais ministériels, les poètes hugoliens qui hurlent à la lune, les traîneurs de sabre de salon, ceux qui n’ont jamais osé affronter le terrain. Mais le présidentiable a besoin de tout le monde, y compris de Villepin, alors il suit en silence, il cajole même en privé. Sarkozy « bouchonne le pur-sang Villepin, comme il dit, afin d’éviter les ruades, de l’endormir ». La seule difficulté, c’est que l’animal est insomniaque. Il dort debout quelques heures par nuit et la poésie, hélas pour Sarkozy, ne suffit pas à remplir ses veilles ni à calmer son énergie.


Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 30 Janvier 2007 à 15:28 | Permalien | Commentaires (0)




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