La percée sondagière de François Bayrou sème la panique dans les états-majors de gauche, de droite et de l'extrême droite. Stratèges et dirigeants de campagne ont trop sous-estimé le Béarnais. Ils n'imaginaient pas un instant que ce provincial de l'étape puisse briser le mur symbolique des 10 %, prétendre au rôle de troisième homme et, qui sait, aspirer même à participer à la finale. C'est à gauche d'abord qu'on s'alarme car François Bayrou a pris plusieurs points à la candidate socialiste. Il attire notamment ces agents d'influence du progressisme, ces professeurs qui se sentent davantage en confiance avec cet agrégé de lettres, fils de paysans, qu'avec cette énarque fille de militaire, qui veut mettre la France au carré et les enseignants aux 35 heures de présence.
Certains dirigeants du PS ont appelé tout le parti, lors du dernier Bureau National, à attaquer frontalement le président de l'UDF en rappelant ses responsabilités de ministre de l'Education sous des « gouvernements réactionnaires ». Laurent Fabius a même souhaité une déclaration solennelle du PS, rappelant que Bayrou appartenait au camp de la droite et qu'il était hors de question de jamais gouverner avec ce démocrate-chrétien, ce suppôt de Dieu, c'est-à-dire ce diable. À l'inverse, d'autres socialistes, tel le maire ségoliniste de Lyon Gérard Collomb ou le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, soulignent que Bayrou a rompu avec la droite et qu'il faut préparer le plan B pour le second tour, c'est-à-dire une alliance avec Bové-Buffet et Bayrou. Mais Cambadélis craint en même temps que les socialistes « préfèrent perdre plutôt que de s'allier avec le centre ». Bref, à gauche, c'est panique à bord et, à droite, ce n'est guère mieux.
Car les sarkozystes aussi ont trop méprisé celui qu'ils appelaient le « crétin des Pyrénées » et qui leur prend des suffrages. Ils ont donc commencé par l'ignorer, puis par dénoncer « sa grosse tête » et le vide de son programme. Maintenant, ils font mine de lui ouvrir les bras, mais pour mieux l'étouffer et en grinçant des dents de rage parce que ce Bayrou qu'ils disent « de droite » ne cesse de les attaquer.
Quant aux lepénistes, ils sont tout aussi exaspérés. Jean-Marie Le Pen en personne est obligé d'en revenir aux fondamentaux, d'attaquer l'establishment à coups redoublés, alors qu'il aspirait à plus de respectabilité. Mais, bien obligé, puisque Bayrou tente de lui dérober le rôle-titre de champion de l'anti-système…
Enfin, tous se retrouvent pour prophétiser en chœur des vierges l'inéluctable écroulement de l'intrus. Pour eux, le destin de Bayrou serait d'être « chevénementisé ». Il est vrai qu'une bonne partie de ses nouveaux sympathisants ne sont pas sûrs encore de leur choix. Mais cette volatilité n'épargne pas, comme on le voit, les autres candidats. En outre, le centre dispose aussi d'un socle électoral. Bayrou a creusé et ensemencé un vieux « sillon ». Aux dernières régionales, sur les listes séparées, l'UDF avait atteint les 12 % et la montée de Bayrou a été progressive, contrairement à celle, plus subite, de Chevènement. Ce dernier avait percé beaucoup plus tôt, en novembre, et il n'était pas prêt psychologiquement pour tenir. À un moment, il avait craqué, s'était montré incapable de réaliser la synthèse entre les souverainistes de droite et les nationalistes communistes. Bayrou, lui, qui doit arbitrer entre libéraux et étatistes, paraît beaucoup plus mature. Il n'est plus le tendron de 2002 rongé par la peur de ne pas être à la hauteur de son destin. Maintenant, il va lui falloir passer de la protestation à la proposition. Tout se jouera là pour lui aussi. Il lui faudra de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace. Alors que, dans cette famille politique, l'audace, ce ne fut très longtemps qu'un mot, un gros mot qui effrayait les élus et les précipitait aux abris.
Villepin veut écrire sur terre
Une nouvelle importante, un scoop, enfin, révélée sur le site
Marianne2007.info : Dominique de Villepin pourrait se présenter aux prochaines élections législatives. Le Premier ministre qui s'est résigné donc à ne pas être candidat à l'élection présidentielle, va refaire de la politique par la base. Il étudie bien sûr d'autres pistes, mais ne se voit pas ambassadeur, chargé de porter la petite parole d'un autre. Pas plus qu'il ne s'imagine à la tête d'une grande entreprise ou d'un institut culturel. Seule la confrontation avec les électeurs, avec le pays réel, semble le tenter vraiment, lui qu'on avait accusé de fuir l'épreuve. Il ne se déroberait pas à cette confrontation avec la France profonde et refuserait un point de chute parisien, même si certains le voudraient dans le XIIe arrondissement, une circonscription-clef. Pour le moment, son choix se porterait plutôt sur Evreux, la ville du président de l'Assemblée Nationale, Jean-Louis Debré, qui devrait prendre la présidence du Conseil Constitutionnel. Mais Villepin compte bien aussi donner des cours à des étudiants. Il aime ça, parler, être écouté, prouver qu'il a renoué le contact avec ces jeunes qui l'ont rejeté lors des manifestations contre le CPE. Et il écrira et publiera. Il a plusieurs manuscrits en cours, sur Napoléon encore, sur son expérience à Matignon et puis des poèmes toujours... Mais cet homme-là, vous savez, c'est le roman de la France qu'il veut écrire. Pas question de rester en marge quand on ne rêve que de charger plume au clair !