Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Recherche




Marianne2007.info

Marianne-en-ligne.fr


Bayrou l'anti Sarko  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

François Bayrou ne fait pas le faraud ni le faux modeste. Il ne prétend pas comme Sarkozy n'être qu'un challenger… Non, le provincial de la course affirme tout benoîtement, grave et déterminé, qu'il gagnera le prix de l'Elysée. « Je crois que je serai élu Président de la République », a-t-il affirmé hier sur France 2 avec la foi de celui qui croit en son destin. Cette croyance ne lui vient pas de ce que Dieu lui a parlé à l'oreille comme cet éleveur et fils de paysan murmure à celle de ses chevaux. Certes ce démocrate chrétien est inspiré et entretient un intense commerce intime avec l'au-delà mais sa conviction de pouvoir l'emporter tient à un calcul plus prosaïque, tout autant qu'à une confiance profonde en lui, en cette maturité qui lui avait tant fait défaut la fois précédente. « En 2002, je n'étais qu'un débutant, avoue-t-il, j'avais peur de ne pas être à la hauteur. » En 2007, Bayrou ne tremble plus, il n'a plus de doute. Il ne doute pas de lui, ni de sa stratégie politique : être le candidat de l'antisystème, le défenseur des petits comme des gros, la contestation des puissances financières comme des deux grands partis politiques. En s'attaquant d'abord à l'important, l'UMP.

Pour l'emporter, Bayrou cible désormais Sarkozy de manière privilégiée. Il veut être l'antiSarkozy, récupérer les voix de gauche qui ne se reconnaissent pas dans les incertitudes de Ségolène Royal et les suffrages de cette droite que le ministre de l'Intérieur inquiète. Aussi le champion de l'UDF n'a-t-il cessé hier soir de se démarquer de Sarkozy. Par exemple de ses goûts puisqu'il aime fréquenter les milliardaires alors que lui, l'enseignant aux mains colleuses préfère les agriculteurs et les ouvriers. Mais Bayrou s'est aussi, surtout, opposé à sa conception du pouvoir. « Sarkozy veut le confisquer », a-t-il accusé alors que « moi je veux rassembler ». Et sur la plupart de ses positions pragmatiques, il a pris ses distances : sur l'homoparentalité que lui accepte, sur la suppression du droit d'héritage qu'il refuse, sur l'ISF qu'il maintient. Et puis Bayrou refuse cette valse frénétique des promesses, cette gabegie démagogique. Il ne fera pas danser l'anse du panier et promet plus de rigueur en même temps que plus de justice, plus de tolérance en refusant la présence de policiers dans les écoles et en demandant à ce qu'on soit ferme mais plus généreux aussi envers ces jeunes casseurs qui sont cassés. Bref, le candidat de la gauche et du centre modéré, le seul capable de battre Sarkozy, ce serait lui. Si, à la fin du mois il atteint les 17 à 18 % dans les sondages au premier tour, alors « ce sera de plus en plus possible, affirme-t-il, car les enquêtes de second tour montreront que (je) peux battre Sarkozy contrairement à Ségolène Royal ». Ce n'est pas forcément le plus probable et il a encore de nombreuses faiblesses, notamment dans l'électorat populaire mais…

Rendez-nous Duhamel !

Qui aurait dit il y a quatre mois encore que Bayrou passerait en 3e position ? Pas Alain Duhamel en tout cas et heureusement pour Bayrou car on sait qu'il a toujours pris des rosses pour des pur-sang, Balladur en 1995 ou Jospin en 2002 pour ne prendre que ces exemples. Il faut avoir des repères fixes dans la vie politique et notre éditorialiste national multicarte est de ces balises qui indiquent toujours à contrario la voie qu'il faut suivre et on l'a suffisamment moqué ici par exemple pour avoir ignoré Ségolène Royal dans le livre qu'il avait consacré aux prétendants à la présidentielle 2007. Mais cette persévérance dans l'erreur toujours très bien argumentée est précieuse. Ainsi quand Duhamel expliquait il y a guère encore pourquoi Michèle Alliot-Marie avait de bonnes raisons de concourir. Alors on pouvait être sûr qu'elle ne se lancerait pas et ça n'a pas manqué. Mais si la direction de France 2 et celle de RTL l'ont suspendu de campagne, ce n'est pas pour ses erreurs prophétiques d'ailleurs parfois intéressantes, voire pertinentes, ce n'est pas pour sa pensée obstinément politiquement correcte ni pour sa détestation de tous les inconvenants, de tous les déviants, de tous les souverainistes, etc. Non, ce talentueux chroniqueur a été suspendu pour avoir dit qu'il votait Bayrou lors d'une réunion rassemblant 150 étudiants à Sciences-Po le 27 novembre dernier. Si l'on regarde bien la vidéo qui circule sur le Net, on l'entend aussi durement critiquer Bayrou pour son prétendu populisme et son défaut d'enthousiasme européen... Bref, Duhamel reste un homme libre même s'il peut avoir comme nous tous des œillères. Son travail de questionneur a toujours été vif, incisif, discutable sans doute mais heureusement. Et ce n'est pas le vote qui fait la bonne tenue professionnelle. Quand on songe à tous les journalistes qui font du sarkozysme masqué, il vaut mieux faire du journalisme en étant bayrouiste démasqué.

Bref, on comprend que la direction de France 2 cherche à se refaire une virginité après avoir passé obséquieusement ses hauts plateaux pendant des heures au candidat de l'UMP. Et quand on songe à la campagne européenne où tous les éditorialistes dont Duhamel étaient violemment proeuropéens, on se pince. On rappellera aussi que Duhamel, ironie de l'histoire, avait été sanctionné également en 2002 pour avoir réalisé un livre avec Lionel Jospin. Enfin, juste un mot personnel, ce journaliste-là qui a un certain âge a en tout cas toujours gardé la jeunesse de sa passion journalistique. Il aime la politique et les politiques. Il les châtie bien aussi parfois. Et se passer de cette passion en campagne électorale c'est l'affadir encore davantage. Duhamel c'est comme la Tour Eiffel, Notre-Dame, l'Académie française, le Moulin Rouge et la Grande Zaza : ça se discute, ça se moque, mais ça se respecte !


Rédigé par Nicolas Domenach le Vendredi 16 Février 2007 à 12:08 | Permalien | Commentaires (50)





Commentaires


RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile