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Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

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Bayrou l'anti Sarko  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

François Bayrou ne fait pas le faraud ni le faux modeste. Il ne prétend pas comme Sarkozy n'être qu'un challenger… Non, le provincial de la course affirme tout benoîtement, grave et déterminé, qu'il gagnera le prix de l'Elysée. « Je crois que je serai élu Président de la République », a-t-il affirmé hier sur France 2 avec la foi de celui qui croit en son destin. Cette croyance ne lui vient pas de ce que Dieu lui a parlé à l'oreille comme cet éleveur et fils de paysan murmure à celle de ses chevaux. Certes ce démocrate chrétien est inspiré et entretient un intense commerce intime avec l'au-delà mais sa conviction de pouvoir l'emporter tient à un calcul plus prosaïque, tout autant qu'à une confiance profonde en lui, en cette maturité qui lui avait tant fait défaut la fois précédente. « En 2002, je n'étais qu'un débutant, avoue-t-il, j'avais peur de ne pas être à la hauteur. » En 2007, Bayrou ne tremble plus, il n'a plus de doute. Il ne doute pas de lui, ni de sa stratégie politique : être le candidat de l'antisystème, le défenseur des petits comme des gros, la contestation des puissances financières comme des deux grands partis politiques. En s'attaquant d'abord à l'important, l'UMP.

Pour l'emporter, Bayrou cible désormais Sarkozy de manière privilégiée. Il veut être l'antiSarkozy, récupérer les voix de gauche qui ne se reconnaissent pas dans les incertitudes de Ségolène Royal et les suffrages de cette droite que le ministre de l'Intérieur inquiète. Aussi le champion de l'UDF n'a-t-il cessé hier soir de se démarquer de Sarkozy. Par exemple de ses goûts puisqu'il aime fréquenter les milliardaires alors que lui, l'enseignant aux mains colleuses préfère les agriculteurs et les ouvriers. Mais Bayrou s'est aussi, surtout, opposé à sa conception du pouvoir. « Sarkozy veut le confisquer », a-t-il accusé alors que « moi je veux rassembler ». Et sur la plupart de ses positions pragmatiques, il a pris ses distances : sur l'homoparentalité que lui accepte, sur la suppression du droit d'héritage qu'il refuse, sur l'ISF qu'il maintient. Et puis Bayrou refuse cette valse frénétique des promesses, cette gabegie démagogique. Il ne fera pas danser l'anse du panier et promet plus de rigueur en même temps que plus de justice, plus de tolérance en refusant la présence de policiers dans les écoles et en demandant à ce qu'on soit ferme mais plus généreux aussi envers ces jeunes casseurs qui sont cassés. Bref, le candidat de la gauche et du centre modéré, le seul capable de battre Sarkozy, ce serait lui. Si, à la fin du mois il atteint les 17 à 18 % dans les sondages au premier tour, alors « ce sera de plus en plus possible, affirme-t-il, car les enquêtes de second tour montreront que (je) peux battre Sarkozy contrairement à Ségolène Royal ». Ce n'est pas forcément le plus probable et il a encore de nombreuses faiblesses, notamment dans l'électorat populaire mais…

Rendez-nous Duhamel !

Qui aurait dit il y a quatre mois encore que Bayrou passerait en 3e position ? Pas Alain Duhamel en tout cas et heureusement pour Bayrou car on sait qu'il a toujours pris des rosses pour des pur-sang, Balladur en 1995 ou Jospin en 2002 pour ne prendre que ces exemples. Il faut avoir des repères fixes dans la vie politique et notre éditorialiste national multicarte est de ces balises qui indiquent toujours à contrario la voie qu'il faut suivre et on l'a suffisamment moqué ici par exemple pour avoir ignoré Ségolène Royal dans le livre qu'il avait consacré aux prétendants à la présidentielle 2007. Mais cette persévérance dans l'erreur toujours très bien argumentée est précieuse. Ainsi quand Duhamel expliquait il y a guère encore pourquoi Michèle Alliot-Marie avait de bonnes raisons de concourir. Alors on pouvait être sûr qu'elle ne se lancerait pas et ça n'a pas manqué. Mais si la direction de France 2 et celle de RTL l'ont suspendu de campagne, ce n'est pas pour ses erreurs prophétiques d'ailleurs parfois intéressantes, voire pertinentes, ce n'est pas pour sa pensée obstinément politiquement correcte ni pour sa détestation de tous les inconvenants, de tous les déviants, de tous les souverainistes, etc. Non, ce talentueux chroniqueur a été suspendu pour avoir dit qu'il votait Bayrou lors d'une réunion rassemblant 150 étudiants à Sciences-Po le 27 novembre dernier. Si l'on regarde bien la vidéo qui circule sur le Net, on l'entend aussi durement critiquer Bayrou pour son prétendu populisme et son défaut d'enthousiasme européen... Bref, Duhamel reste un homme libre même s'il peut avoir comme nous tous des œillères. Son travail de questionneur a toujours été vif, incisif, discutable sans doute mais heureusement. Et ce n'est pas le vote qui fait la bonne tenue professionnelle. Quand on songe à tous les journalistes qui font du sarkozysme masqué, il vaut mieux faire du journalisme en étant bayrouiste démasqué.

Bref, on comprend que la direction de France 2 cherche à se refaire une virginité après avoir passé obséquieusement ses hauts plateaux pendant des heures au candidat de l'UMP. Et quand on songe à la campagne européenne où tous les éditorialistes dont Duhamel étaient violemment proeuropéens, on se pince. On rappellera aussi que Duhamel, ironie de l'histoire, avait été sanctionné également en 2002 pour avoir réalisé un livre avec Lionel Jospin. Enfin, juste un mot personnel, ce journaliste-là qui a un certain âge a en tout cas toujours gardé la jeunesse de sa passion journalistique. Il aime la politique et les politiques. Il les châtie bien aussi parfois. Et se passer de cette passion en campagne électorale c'est l'affadir encore davantage. Duhamel c'est comme la Tour Eiffel, Notre-Dame, l'Académie française, le Moulin Rouge et la Grande Zaza : ça se discute, ça se moque, mais ça se respecte !


Rédigé par Nicolas Domenach le Vendredi 16 Février 2007 à 12:08 | Permalien | Commentaires (50)


Les confidences de Chirac font des (mini) vagues  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

Il n'est pas content, mais alors pas content du tout Edouard Balladur. L'ex candidat malheureux à l'élection présidentielle est très fâché contre le Président de la République qui le traite « de vaniteux » et l'accuse, plus grave encore, de l'avoir poussé en vain à une alliance avec le Front national pour gagner l'élection présidentielle de 1988. Tout cela dans un ouvrage, L'inconnu de l'Elysée, écrit par Pierre Péan et dont Marianne a publié les bonnes feuilles. Un ouvrage qui est présenté comme un testament politique ce qui donne donc encore plus de poids aux mises en cause de Chirac qui s'offre bien sûr le beau rôle. Car le monarque républicain se moque des petites vanités de son ex-ami de 30 ans qui, raconte-t-il, lui réclamait le titre de ministre d'Etat alors que comme chef du gouvernement, il venait de le nommer en 1986 ministre de l'Economie et des Finances. Ce sera accordé, mais il lui refusera ainsi qu'à Charles Pasqua toute entente avec Jean-Marie Le Pen dont il exècre la xénophobie.

« Ce sont des accusations minables d'un petit monsieur », s'indigne, en privé pour l'instant, Edouard Balladur qui dément toute volonté d'entente avec le dirigeant frontiste et prétend seulement d'avoir souhaité que Chirac n'insulte pas les électeurs de l'extrême droite. L'ancien Premier ministre fait aussi remarquer que pour ce qui est de la vanité, ce n'est tout de même pas lui qui a passé toute sa vie dans les palais nationaux. Il s'étoufferait presque de rire et d'indignation quand Chirac prétend ignorer la rancune. « Qu'est-ce que cela aurait été alors si Chirac avait été rancunier ». Car, lui, Balladur et ses fidèles ont été poursuivis d'une fatwa implacable pendant des années et des années. Même Alain Juppé, Premier ministre, n'a pas pu obtenir du Président d'intégrer Nicolas Sarkozy au gouvernement entre 1995 et 1997 en dépit de ses demandes réitérées. Nicolas Sarkozy, aujourd'hui, s'amuse de cette réécriture de l'histoire où Chirac veut apparaître comme un saint homme, étranger à tous les bas sentiments et à l'origine de si nombreux bienfaits que l'ingratitude a refusé de lui porter à crédit.

Ainsi, l'ancien président du RPR s'attribue-t-il la paternité de l'élection de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly. Le brave homme, aurait demandé à Charles Pasqua, alors tout puissant dans le mouvement, de « laisser la place au jeune ». Ce qui manque de faire s'étouffer le présidentiable de l'UMP qui a dû écarter, chasser de son chemin, un Pasqua qui s'accrochait et qui n'a renoncé que très tardivement. Chirac a bien essayé de faire plier, non pas l'ancien, mais le jeunot en lui envoyant deux responsables de poids du RPR, Alain Marleix et Bernard Pons. Pour avoir recueilli leurs témoignages, je peux vous confirmer qu'ils ont tout fait pour impressionner le débutant et tordre le bras à celui qui débutait dans la carrière. Mais la détermination de Sarkozy les a fait plier. Et c'est Pons qui a téléphoné au patron pour lui dire « Rien à faire, il ne renoncera pas et Charles sera battu ». Alors et alors seulement, Chirac s'est fait une raison mais il n'a pas donné Neuilly à Sarkozy dont il montre allègrement l'obsession sondagière.

Chirac affirme à Péan qu'il ne « croit pas aux sondages » et que Nicolas Sarkozy ferait mieux « d'arrêter de s'y fier ». A la vérité, Chirac s'est beaucoup référé dans sa vie aux enquêtes d'opinion que son maître Georges Pompidou lui a appris à étudier et Sarkozy ne manque pas de faire remarquer que si les sondages étaient mauvais pour lui, Chirac les regarderait davantage… Je peux confirmer que le Président est particulièrement attentif aux enquêtes d'opinions quand son ministre de l'Intérieur y enregistre un coup de mou. Mais tout cela n'est que bricole et bricolette par rapport à l'essentiel du propos de Chirac dont on s'attendait à ce qu'il provoque plus que des vaguelettes. En effet, le Président en revient à ses croyances généreuses d'adolescence et dénonce « le libéralisme aussi dangereux que le communisme et qui est voué à l'échec comme lui ». Chirac qui sculpte sa statue du Commandeur et déssine à son couchant son personnage de Mandela blanc, « Jacques Cœur le compassionnel » annonce donc avant de quitter la scène cette « déviance de la pensée » qui constitue le socle du sarkozysme. Sa dénonciation prend d'autant plus de force qu'il a lui-même été un libéral farouche entre 1986 et 1988. Mais, justement, le Président sait de quoi il parle puisque son libéralisme thatchérien l'a conduit à la défaite contre François Mitterrand.

Mais Chirac concède à Péan qu'il note chez Sarkozy quelques évolutions qui vont dans le « bon sens », notamment sur le communautarisme. Il ne l'enfonce donc pas complètement, ce qui pousse le présidentiable de l'UMP a constaté : « Chirac a enfin compris que j'allais gagner. De toute façon, ce n'est pas important. Ce qui compte pour moi et pour les autres, c'est la relation avec les Français ». Et à l'heure de la succession, Chirac, effectivement, ne pèse plus guère sinon ce que pèse un président en bout de course qui voudrait partir en beauté, c'est-à-dire en popularité. Chirac veut moins de postérité qu'être aimé.


Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 13 Février 2007 à 16:31 | Permalien | Commentaires (9)


Bayrou sème la panique  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

La percée sondagière de François Bayrou sème la panique dans les états-majors de gauche, de droite et de l'extrême droite. Stratèges et dirigeants de campagne ont trop sous-estimé le Béarnais. Ils n'imaginaient pas un instant que ce provincial de l'étape puisse briser le mur symbolique des 10 %, prétendre au rôle de troisième homme et, qui sait, aspirer même à participer à la finale. C'est à gauche d'abord qu'on s'alarme car François Bayrou a pris plusieurs points à la candidate socialiste. Il attire notamment ces agents d'influence du progressisme, ces professeurs qui se sentent davantage en confiance avec cet agrégé de lettres, fils de paysans, qu'avec cette énarque fille de militaire, qui veut mettre la France au carré et les enseignants aux 35 heures de présence.

Certains dirigeants du PS ont appelé tout le parti, lors du dernier Bureau National, à attaquer frontalement le président de l'UDF en rappelant ses responsabilités de ministre de l'Education sous des « gouvernements réactionnaires ». Laurent Fabius a même souhaité une déclaration solennelle du PS, rappelant que Bayrou appartenait au camp de la droite et qu'il était hors de question de jamais gouverner avec ce démocrate-chrétien, ce suppôt de Dieu, c'est-à-dire ce diable. À l'inverse, d'autres socialistes, tel le maire ségoliniste de Lyon Gérard Collomb ou le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, soulignent que Bayrou a rompu avec la droite et qu'il faut préparer le plan B pour le second tour, c'est-à-dire une alliance avec Bové-Buffet et Bayrou. Mais Cambadélis craint en même temps que les socialistes « préfèrent perdre plutôt que de s'allier avec le centre ». Bref, à gauche, c'est panique à bord et, à droite, ce n'est guère mieux.

Car les sarkozystes aussi ont trop méprisé celui qu'ils appelaient le « crétin des Pyrénées » et qui leur prend des suffrages. Ils ont donc commencé par l'ignorer, puis par dénoncer « sa grosse tête » et le vide de son programme. Maintenant, ils font mine de lui ouvrir les bras, mais pour mieux l'étouffer et en grinçant des dents de rage parce que ce Bayrou qu'ils disent « de droite » ne cesse de les attaquer.

Quant aux lepénistes, ils sont tout aussi exaspérés. Jean-Marie Le Pen en personne est obligé d'en revenir aux fondamentaux, d'attaquer l'establishment à coups redoublés, alors qu'il aspirait à plus de respectabilité. Mais, bien obligé, puisque Bayrou tente de lui dérober le rôle-titre de champion de l'anti-système…
Enfin, tous se retrouvent pour prophétiser en chœur des vierges l'inéluctable écroulement de l'intrus. Pour eux, le destin de Bayrou serait d'être « chevénementisé ». Il est vrai qu'une bonne partie de ses nouveaux sympathisants ne sont pas sûrs encore de leur choix. Mais cette volatilité n'épargne pas, comme on le voit, les autres candidats. En outre, le centre dispose aussi d'un socle électoral. Bayrou a creusé et ensemencé un vieux « sillon ». Aux dernières régionales, sur les listes séparées, l'UDF avait atteint les 12 % et la montée de Bayrou a été progressive, contrairement à celle, plus subite, de Chevènement. Ce dernier avait percé beaucoup plus tôt, en novembre, et il n'était pas prêt psychologiquement pour tenir. À un moment, il avait craqué, s'était montré incapable de réaliser la synthèse entre les souverainistes de droite et les nationalistes communistes. Bayrou, lui, qui doit arbitrer entre libéraux et étatistes, paraît beaucoup plus mature. Il n'est plus le tendron de 2002 rongé par la peur de ne pas être à la hauteur de son destin. Maintenant, il va lui falloir passer de la protestation à la proposition. Tout se jouera là pour lui aussi. Il lui faudra de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace. Alors que, dans cette famille politique, l'audace, ce ne fut très longtemps qu'un mot, un gros mot qui effrayait les élus et les précipitait aux abris.

Villepin veut écrire sur terre
Une nouvelle importante, un scoop, enfin, révélée sur le site Marianne2007.info : Dominique de Villepin pourrait se présenter aux prochaines élections législatives. Le Premier ministre qui s'est résigné donc à ne pas être candidat à l'élection présidentielle, va refaire de la politique par la base. Il étudie bien sûr d'autres pistes, mais ne se voit pas ambassadeur, chargé de porter la petite parole d'un autre. Pas plus qu'il ne s'imagine à la tête d'une grande entreprise ou d'un institut culturel. Seule la confrontation avec les électeurs, avec le pays réel, semble le tenter vraiment, lui qu'on avait accusé de fuir l'épreuve. Il ne se déroberait pas à cette confrontation avec la France profonde et refuserait un point de chute parisien, même si certains le voudraient dans le XIIe arrondissement, une circonscription-clef. Pour le moment, son choix se porterait plutôt sur Evreux, la ville du président de l'Assemblée Nationale, Jean-Louis Debré, qui devrait prendre la présidence du Conseil Constitutionnel. Mais Villepin compte bien aussi donner des cours à des étudiants. Il aime ça, parler, être écouté, prouver qu'il a renoué le contact avec ces jeunes qui l'ont rejeté lors des manifestations contre le CPE. Et il écrira et publiera. Il a plusieurs manuscrits en cours, sur Napoléon encore, sur son expérience à Matignon et puis des poèmes toujours... Mais cet homme-là, vous savez, c'est le roman de la France qu'il veut écrire. Pas question de rester en marge quand on ne rêve que de charger plume au clair !


Rédigé par Nicolas Domenach le Vendredi 09 Février 2007 à 13:53 | Permalien | Commentaires (43)


Royal tout cuir  

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

Ce sera dur, ce sera cuir. Ça ne vous a sans doute pas échappé mais Ségolène Royal à Grenoble vendredi avait revêtu l'armure de combat, la veste de cuir, comme d'ailleurs dimanche la verte Dominique Voynet ou la centriste Marielle de Sarnez. Un signe. On passe à un stade supérieur de l'affrontement. Fini de prendre des coups passivement, ces dames vont les rendre au centuple. Ségolène Royal pour commencer qui se sent d'humeur batailleuse. « Elle a les crocs », comme on dit. Si Sarkozy, qui la joue grave, parle sur « les dents de sagesse », selon l'expression des orthodontistes, elle cause sur les incisives qu'elle a limées et… acérées. La candidate est bien décidée à mordre son adversaire, après une période où elle a été pour le moins déstabilisée. Ségolène Royal a en particulier mal vécu l'offensive sur ses biens personnels, son ISF, sa richesse. A la vérité, elle ne se vit pas riche puisque c'est son homme, fils de médecin, qui a du bien, et c'est lui aussi qui l'a mise mal à l'aise en parasitant le lancement de sa campagne participative avec ses déclarations sur les hausses d'impôt pour les classes moyennes supérieures. Qu'il n'y revienne pas ! De l'ordre a été remis dans le couple, dans le parti et d'abord dans sa tête puisqu'elle apparaît désormais à tous ceux qui passent de longs moments avec elle comme ferme, droite, résolue et certaine de l'emporter.

Elle ne cille ni ne sourcille à sa baisse régulière dans les sondages, et oppose à tous ceux qui doutent, s'inquiètent ou s'affolent plusieurs certitudes. D'abord elle est sûre d'avoir raison sur le calendrier, il ne fallait pas partir trop tôt, c'est la leçon de Mitterrand qu'elle a appliquée… attendre, ne pas se précipiter, « donner du temps au temps » et Sarkozy va payer pour l'avoir ignoré car il s'essoufflera, ses contradictions apparaîtront et ses prétendues audaces se révéleront pour ce qu'elles sont, « de la démagogie populiste ».

Ensuite, elle a effectivement abandonné des points, mais elle l'avait prédit, il y a deux mois. Son socle était à 24, 25 %, elle y est presque alors que son adversaire qu'on dit en pleine ascension, en formidable réussite, perd lui aussi des voix et devrait paradoxalement connaître une glissade qui pourrait parfaitement prendre des allures de dégringolade. A suivre son raisonnement… glissant et, comme le dit Hollande, elle aurait donc eu de la chance de baisser ! Et c'est Sarkozy qui vivrait désormais « la malchance », « la malédiction du premier », les médias devant un jour ou l'autre cesser d'être en adoration devant Saint Nicolas qui transformait en or tout ce qu'il touche. Peut-être les journalistes se rendront-ils compte que le plomb reste parfois du plomb.

Second point d'importance, Ségolène Royal croit toujours à sa révolution participative. Elle pense avoir inventé quelque chose, avoir contribué à revivifier la démocratie républicaine et ça devrait apparaître en fin de semaine dans les divers meetings et comptes-rendus publics, pour peu que le PS joue le jeu et s'implique de toutes ses forces dans cette mise en scène. Ça n'est pas gagné ! Parce que je ne vous surprendrais guère en disant que les esprits socialistes sont encore tout tourneboulés par son manque d'égard à leur encontre, son défaut d'explication. Et enfin ce trou d'air de 15 jours face à cet adversaire qui peut effectuer des razzias électorales sur leur terre en toute impunité. « Mais il faut le cogner », leur a dit et répété ce week-end Ségolène Royal qui s'énerve des états d'âme de cette armée qui tourne en rond l'arme aux pieds et le sarcasme suicidaire à la bouche.

Il est vrai que l'organisation de son quartier général demeure incompréhensible pour la plupart des dignitaires socialistes qui ignorent ce que deviennent leurs recommandations, leurs notes ou même à quoi ils servent. Est-elle chef de guerre ou chef de cabinet, comme autrefois ? A la vérité, ces dirigeants du PS font plus que s'inquiéter, ils s'angoissent parce que en face ils ont affaire à des pros, à « des mercenaires sans foi ni loi », disent-ils. Les sarkozystes sont affûtés prêts à vous bondir à la gorge et à vous la couper. Face à ces spadassins ils ne reçoivent pas d'instructions suffisamment claires, alors qu'ils se sont faits voler le feu électoral, c'est-à-dire la protection sociale.

Celui qui incarnera la protection sociale gagnera les élections. Mais « Sarko et la protection », c'est bidon. Ségolène Royal leur a enjoint de frapper comme des fous sur ce clou : Sarko inquiète, Sarko divise, Sarko c'est tout et son contraire, c'est le CAC 40 et ce sera donc à elle d'incarner ces jours-ci plus encore une protection présidentielle et de renforcer son socle de crédibilité entamé plus encore par ses silences que par ses maladresses. Elle ne sera donc plus l'icône lointaine mais plutôt la guerrière, chef d'une armée qui doit la suivre désormais sans rechigner puisqu'elle va se décider à lui imposer une ligne stratégique d'assaut et à gauche toute ! Autant dire que ce n'est pas gagné, surtout pas en une semaine. Même si elle fait le discours de sa vie demain ou après-demain. La Dame Blanche passe en noir. Elle est rentrée dans un affrontement long, dur et tout cuir. « La guerre c'est une politique sanglante, disait Mao. La politique en campagne électorale, c'est une guerre sans effusion de sang ». Mais c'est une guerre, pas une partie de campagne participative !


Rédigé par Nicolas Domenach le Lundi 05 Février 2007 à 14:48 | Permalien | Commentaires (31)


Ségo dans l'ascenseur  

100% brut, par Philippe Cohen et Alain Léauthier

Le blug de Philippe Cohen et Alain Léauthier

Ça s'est passé cette semaine dans l'immeuble de Marianne. Sur un bord de la cage d'ascenseur, une main anonyme a chaudement vêtu Mme Royal pour le reste de ce faux hiver et de cette pré-campagne présidentielle qui hélas, par bouffées, sent déjà quelquefois le pâté avarié. S'inspirant de la forte créativité lexicale montrée par la patronne de Charentes-Poitou lors de son RTT exotique en Chine, l'insolent (e) a tracé : « Ségo, la connitude ». Le coupable ne s'est pas dénoncé d'autant que personne ne le lui demandait. Mais à la rédaction, un trouble s'est installé : « y aurait-il de la part de certains, y compris des confrères, acharnement sur la candidate ou pire, sur la femme ? » D'acharnement, le Petit Robert donne la définition suivante : « ardeur furieuse et opiniâtre dans la lutte, la poursuite, l'effort ». Cela correspond-il à l'attitude des médias français à l'égard de l'ex-chouchoute des sondages ? Dame Royal le croit ou du moins l'affirme, comme jeudi soir (1er février) à Grenoble pour le dernier des ses « débats participatifs ».

Donc si l'on comprend bien, dans un joli mouvement collectif digne des envolées de nos trois-quarts et arrières de légende, la classe médiatique se serait ruée toutes dents dehors sur une victime surtout coupable, nous explique-t-on, de ne pas lui flatter le museau, comme le fait si bien le petit Nicolas. Plumitifs, porteurs de micro, chroniqueurs et rédacteurs en chefs de tous acabits seraient-ils donc si dupes (ou complices flattés) de l'attention, millimétrée et roublarde, que leur témoigne le patron de l'UMP? L'affirmer d'un bloc peut sembler passablement injurieux pour les intéressés mais pas forcément illégitime, nos professionnels de la profession (celle d'informer) n'ayant pas vocation à échapper au regard critique dont eux-mêmes se prévalent.

Sauf que ce bel unanimisme pro-Sarkozy, pendant de l'acharnement anti-Royal, ne fait pas toujours évidence. Pour preuve, l'ample écho donné aux révélations du Canard Enchaîné sur les enquêtes pour le moins perturbantes conduites par les RG (et autres ?) sur la candidate ou son entourage. Pour preuve encore les interrogations régulières, récurrentes, sur la confusion des genres, des fonctions et, semble-t-il (malgré les démentis), des fonds, entourant le pétaradant début de campagne du toujours ministre de l'Intérieur.

Rien de comparable, insistent pourtant certains, avec le traitement au kärcher infligée à la dame en blanc. C'est bien simple : avant même d'ouvrir la bouche, cette dernière aurait été l'objet d'un procès en incompétence, fondé sur les seuls préjugés-politiques, intellectuels et théoriques-de ses procureurs. Hypothèse loin d'être absurde, à cette nuance près qu'en l'ouvrant finalement, dame Royal, n'a rien fait pour réduire au silence ces accusateurs de mauvaise foi. Car, comme l'explique Marianne ce samedi 3 février, bourdes il y eut et mauvaise campagne il y a. Ne revenons pas sur ses déclarations à géométrie variable concernant l'utilité, ou l'injustice, du mur séparant Israël des territoires occupés. Que dire du satisfecit donné à la justice chinoise, « plus rapide que la nôtre » ? Qu'en gravité, il vaut largement les oublis de ministre de l'Intérieur lors de ses propres déplacements dans l'Empire du Milieu où il s'est bien gardé d'embêter les autorités chinoises avec les questions qui fâchent. Que penser du « piège corse » tendu par un « comique » (il vous fait rire ?), qui estime que tout est bon du moment que cela accroît sa notoriété et donc son compte en banque, probablement déjà copieusement garni ? En réalité, pensons-nous, rien d'accablant sur l'idée, émise avec un léger rire de gorge, qu'une majorité de Français ne seraient pas mécontents si la Corse devenait indépendante. Somme toute, on a le droit, y compris la candidate, de ne pas ignorer l'irritation de nombreux citoyens (et peut-être surtout des Corses eux-mêmes) sur le sujet… surtout si cela ne porte pas à conséquence.

Ce n'est pas la liberté de parole de Ségolène Royal à propos de l'île qui fait problème. C'est sa parole même. L'ex-conseillère de François Mitterrand n'a visiblement pas encore pris la mesure de sa nouvelle stature : candidate à la fonction suprême. La méthode pour y parvenir peut, et d'ailleurs doit changer comme change l'époque. Mais l'enjeu reste le même et devrait inciter à la prudence absolue. Le patron du Parti socialiste peut éventuellement s'ouvrir de ses jugements plus ou moins sérieux et fantaisistes au chef d'un parti souverainiste québécois. Pas la possiblement future locataire de l'Elysée, à moins de partager avec lui une intimité très ancienne et sans risque, ce qui n'était manifestement pas le cas.

Prétendre du coup que Mme Royal n'aurait pas le sens de l'Etat relève sans doute de « l'acharnement » sans nuance n'ayant comme seul véritable objectif que de la « tuer ». Ce qui est le rôle de ses rivaux mais pas d'une presse sans autre parti que celui de ses lecteurs. Ceux-ci ont en revanche droit à tous les éclairages et tant pis si la lumière déforme plus que prévu. Ségolène Royal n'est condamnée à rien d'autre que de se montrer à la hauteur des valeurs annoncées et que beaucoup partagent dans le « pays réel ». Et ce n'est pas un complot des médias, pour autant qu'il existe, qui peut vraiment l'en empêcher.


Rédigé par Alain Léauthier le Vendredi 02 Février 2007 à 18:23 | Permalien | Commentaires (21)





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