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Éloge de la « mollitude»

par Etienne Jacquemot, employé, citoyen, Ardèche.



Il est temps pour nous, citoyens des pays «développés» de nous rendre compte, et d’accepter, le fait que nous vivons dans des démocraties molles, et que cette « mollitude », (il fallait pas commencer !), est très probablement consubstantielle à nos systèmes démocratiques.

La mollitude, ça n’est pas la mollesse, et ça n’a rien à voir avec l’immobilisme de l’inaction, la mollitude c’est ce qui résulte de la prise en compte permanente de l’écheveau, en perpétuelle complexification, des besoins (et des revendications) des uns et des autres. C’est en quelque sorte, la quintessence de la démocratie, ce vers quoi elle tend fatalement : une entropie infinie.

Une société à entropie nulle, dans laquelle les décisions sont aisées à prendre, dans laquelle il n’y a que peu de place pour l’incertitude, dans laquelle tout est noir ou blanc – plus souvent noir d’ailleurs – et dans laquelle les dirigeants sont rarement taxés de « mollesse », ça existe, ça s’appelle la dictature.

Le choix qui s’offre à nous est donc assez simple sur le principe, accepter de vivre au sein une société dans laquelle la prise de décision est de plus en plus complexe et fait de plus en plus appel au « compromis » ou redescendre l’échelle de la complexité et donner le champ libre à la dictature.

Dans la pratique, ce choix, qui semble si évident à faire, réclame pourtant beaucoup d’efforts de la part de chacun – de plus en plus d’efforts au fil du temps – car rien n’est plus difficile en fait, que d’accepter les compromis, c’est difficile d’apprendre qu’il va falloir payer plus, « toucher » moins, cotiser plus… pour toucher moins, parce que le voisin est encore plus mal loti que vous. Mais nous le savons bien au fond, nous n’avons pas le choix, la seule alternative est le retour à la barbarie.

En cette période d’élections, les promesses pleuvent, les pactes et les chartes en tous genres fleurissent à droite comme à gauche. Chaque candidat(e) met en avant la « clarté » de sa vision et promet d’agir, de faire bouger les choses, de réduire la dette publique, de « dégraisser le mammouth », de prendre des mesures vigoureuses pour lutter contre la mondialisation (sic !) de faire ci, de faire ça… Tous promettent l’action à outrance… tout et son contraire… et nous savons bien ce qu’il adviendra de ces belles résolutions au lendemain du scrutin, dès lors que les corporatismes (les nôtres !) de tout poil se mettront à l’œuvre à la moindre annonce de réformette.

Sommes-nous assez stupides pour croire encore que « notre » champion fera ce qui est bon pour nous au détriment de notre voisin dont le sort nous importe si peu ? Ou alors, si c’est « celui d’en face » qui est élu, pensons-nous vraiment que nous allons périr sous les injustices de ses décisions en faveur de ceux qui l’auront élu ?

Le temps des choix binaires est révolu. Il est grand temps que les institutions de notre belle démocratie s’adaptent à cette nouvelle donne… et que nous, citoyens, votions enfin pour ceux qui osent rejeter les choix binaires et qui sauront le mieux, le moment venu, « faire louvoyer la société » sur cet océan de « mollitude », loin des écueils corporatistes, des tempêtes partisanes et surtout du naufrage silencieux de la dictature.

Mardi 13 Février 2007 - 17:11
Etienne Jacquemot
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