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Ça râle à l'UMP

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.



Ça rogne, ça grogne et ça grognone dans la majorité. En dépit de l'état de grâce, voici que se manifestent les premières protestations. D'abord contre l'ouverture à la gauche. Celle du premier gouvernement était mal passée déjà, mais c'était « un mal nécessaire », croyaient les élus UMP. Il fallait gagner les élections législatives. Or, le second tour fut un insuccès et l'ouverture s'est poursuivie ! Nicolas Sarkozy promet même qu'elle ne s'arrêtera pas ! Diable !

Tous les frustrés du gouvernement, tous ceux qui aimeraient décrocher un maroquin enragent donc, de peur d'être écartés lors du prochain remaniement envisagé dès à présent pour le lendemain des municipales. Mais les élus s'inquiètent aussi pour eux ; ils redoutent d'être trahis comme l'ont été les Alsaciens. Ils se sentent cocus ces parlementaires qui étaient invités hier à l'Elysée et n'ont pas caché leur amertume au chef de l'Etat. Voilà une région qui a donné 15 députés UMP sur 16 et qui a offert la plus forte majorité de France au chef de l'Etat, et ce dernier va chercher le sénateur-maire socialiste de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, pour le faire rentrer au gouvernement ! Alors même qu'une élue UMP, Arlette Grosskost, l'affronte depuis des années, et comptait bien le battre aux prochaines municipales. Elle se présentera contre lui « quoi qu'il arrive », a-t-elle lancé hier au Président. Car l'Alsace, selon elle, ne s'abandonnera jamais à un « félon opportuniste ». « Alors, vous serez exclu de l'UMP », lui a répliqué Nicolas Sarkozy, qui a pu mesurer aussi à quel point l'ouverture coinçait lors de l'élection du socialiste Didier Migaud à la présidence de la Commission des Finances de l'Assemblée.

Le chef de l'Etat l'avait promis, il l'a fait, mais Dieu sait, et ses conseillers élyséens aussi, que les réticences de la majorité furent difficiles à surmonter. Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée, et Jean-François Copé, le patron du groupe UMP, ont dû s'employer à fond pour convaincre leurs troupes qui, en comptant leurs morts, les amis députés battus laissées sur le champ d'honneur électoral, protestaient contre « l'ouverture meurtrière », cette « obsession médiatique », réclamaient du respect et de la considération pour leurs électeurs. Ça râlait d'autant plus fort qu'une partie d'entre eux a mal vécu le recul de Nicolas Sarkozy sur la réforme universitaire. Certes, le principe de l'autonomie n'a pas été abrogé, mais la sélection a été repoussée. Or, beaucoup ont fait campagne sur ce thème et s'interrogent sur la méthode Sarkozy.

Son agitation dissimulerait-elle un frileux pragmatisme chiraquien ? Le Président rebelle et réformateur en théorie ne serait-il, en réalité, qu'un radical-socialiste qui, comme son prédécesseur, reculerait à la moindre menace de manifestation étudiante ? Sarkozy fera-t-il comme Chirac, qui retirait les réformes dès qu'il voyait descendre dans la rue trois manifestants en culottes courtes et deux landaus ? Pour éviter de se retrouver à nouveau face à ce pusillanime réformateur, les plus libéraux en appellent déjà à une mobilisation et à un lobbying d'enfer, afin que, sur la suppression des postes de la Fonction Publique, Matignon et l'Elysée ne reculent pas … tout en prétendant se battre comme les lions !

Nicolas Sarkozy mesure en tout cas déjà à quel point il manque de relais politique au sein de sa majorité, de personnalités de poids qui puissent expliquer et imposer les choix élyséens auprès d'élus qui, pour certains, croient depuis les frondes anti-Villepin, qu'ils pourraient exister. À la tête de l'UMP, Jean-Pierre Raffarin et Patrick Devedjian sont trop occupés à se disputer pour porter la majestueuse parole auprès des barons et baronnets laissés à eux-mêmes. Gare…

Aujourd'hui, cette agitation n'est pas trop grave, même si vous pouvez compter sur les amis de Raffarin pour exploiter le dérapage de Devedjian qui s'est fait prendre, tel un vulgaire machiste, à traiter de « salope » son ex-collègue, la centriste Anne-Marie Comparini. Remous garantis, mais tempête assurée quand l'Etat de grâce sera dissipé, quand le Président et le Premier ministre commenceront à connaître les inévitables baisses de popularité, alors les humeurs, les criailleries, les râleries deviendront vacarme d'autant plus assourdissant qu'il n'y a pas d'opposition. C'est pour cela que Nicolas Sarkozy tente de lui donner ce statut, de la faire exister, de la mettre en valeur. Ce n'est pas seulement par souci de bonne santé démocratique, c'est parce que sa majorité sans adversaire sera son propre adversaire.

Si la gauche n'est plus la gauche, la droite aura tendance à s'éparpiller, à se diviser, à se déchirer, à se prendre pour l'opposition. Avoir un bon ennemi, c'est la garantie d'être en bonne santé, innovant, performant et rassemblé, oui ! Alors, « debout la Gauche » ! C'est Sarkozy qui le dit.

Vendredi 29 Juin 2007 - 12:52
Nicolas Domenach
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Tags : sarkozy; ump
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