La lettre d'information
 






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Z comme Zep



A comme autodidacte
Je n'ai pas grandi parmi les livres et les références culturelles. J'ai travaillé tôt. Ma culture, c'est la BD! A 20 ans, je suis sorti avec une fille qui suivait des études classiques. J'ai pris conscience du gouffre qui me séparait d'elle. Un vrai clash! J'ai réalisé mes lacunes. J'ai été pris d'une boulimie effrénée de lecture. Je claquais tout mon argent dans les librairies, je lisais tout. Il fallait, comment dire... Il fallait que ce soit fait. Avec le recul, c'était un peu idiot. Maintenant, je mélange tout. Et je n'y arrive plus. Passé 100 pages, je cale. Je n'ai pas les bases. Je lis un livre, et je suis sans repères. La littérature, c'est l'endroit où je me perds. Il m'est arrivé de me retrouver dans des dîners de vrais littéraires. Je ne cache pas que je n'ai rien lu. De toute façon, eux, ils n'ont pas lu mes BD, alors... Car, maintenant, j'assume ce que je préfère: la bande dessinée. C'est moi. C'est ce qui m'a construit. Et plus tard, quand mes enfants seront lycéens et qu'ils médiront: «A propos de Balzac...», je leur dirai: «Demande à maman

C comme cinéma
J'y vais moins qu'avant. J'ai trois enfants maintenant... Mais toute ma vie j'aimerai Jim Jarmusch. Il a réalisé une des plus belles scènes du cinéma, dans Down By Law: Roberto Benigni est en prison, il se lève, il dessine une fenêtre sur le mur.

Je me tiens peu au courant des nouveautés. Je suis quand même allé voir Indiana Jones 4. Je me suis endormi illico. Rien à voir avec le film: quand j'ai revu Stranger Than Paradise, récemment, j'ai dormi aussi. Vous comprenez, je travaille beaucoup, je manque de sommeil. Alors, si on me pose dans un fauteuil et qu'on éteint la lumière, je m'endors. C'est logique.

Je suis en train d'écrire un long-métrage animé de Titeuf. Je découvre la différence, toute simple: en BD, vous êtes tout seul. En cinéma, vous êtes entouré d'une équipe. C'est très difficile de garder votre idée de départ. Chacun donne son avis. Chacun veut modeler votre idée. C'est un rapt toléré. Voilà pourquoi j'admire Brad Bird, de Pixar, celui qui a fait les Indestructibles. Il maintient son cap malgré la pression de 100 personnes.

D comme danse
Eh bien, comme tous les fans de musique, je ne danse pas.

G comme groupe
Vingt ans que je joue dans des groupes. Ils s'appelaient Zep'n Greg, Titi And The Raw Minets... Le dernier, c'était Bluk Bluk. C'est le titre d'une BD d'Edika. On était cinq, chacun avec une fausse biographie.

Je chantais et je jouais de la guitare. Notre musique, c'était du rock rebelle suisse. Nos chansons dénonçaient la pâte à tartiner helvète. Du grand art. Sur scène, je portais un pantalon avec de grosses taches de vache. Imparable pour entamer notre tube: Dieu m'a changé en Suisse allemand.

Pendant longtemps, j'ai voulu vivre de ma musique. Heureusement que j'ai découvert la BD! C'est calibré pour moi. Mais la musique m'a toujours accompagné. Surtout le rock seventies. Bob Dylan, les Rolling Stones, et, plus près de nous, Tom Waits, Prince. Quand je dessine, j'écoute de la musique. Tout seul dans l'atelier, je peuxmettre de la musique très fort. Si possible des concerts, avec applaudissements, hurlements et foule en délire. Comme ça, j'ai l'impression d'avoir un public!

En ce moment, je suis en pleine période régressive. Je rachète des albums que j'ai déjà. Je me tiens quand même un peu au courant des nouveautés. J'adore la «Star Ac» pour ce qu'elle représente: la trajectoire d'une personne anonyme brusquement projetée sous les sunlights. Et ces jeunes si propres qui chantent du Lou Reed, ça me fascine...

J'ai beau faire des efforts, la techno ne me touche pas. Le côté robotique m'exaspère. La pulsation contre l'émotion... Même le rock brutal suinte d'émotion! Cela dit, soyons honnêtes. Il y a pire que la techno: la R'n'B française.

L comme Led Zeppelin
Parce que ce sont les plus grands. Parce que mon pseudo, Zep, vient de là.

P comme photographie
J'ai grandi en lisant Rock & Folk, donc en regardant les photos d'Annie Leibovitz. Pour moi, ce sont des images aussi fortes que les toiles de Picasso. C'est générationnel...

S comme sens de la vie
Ce n'est pas seulement le titre du prochain album de Titeuf. C'est aussi ce qu'induit la culture. Pourquoi la culture donne du sens à la vie? Parce qu'elle est affaire d'instinct. Voilà bien une parole d'autodidacte! J'ai écrit le Guide du zizi sexuel, pour réagir, justement, à la formation scolaire dispensée sur le sujet... Personne n'est capable de parler de sexualité aux enfants en éclatant de rire! Très vite, on est coincé par des «spécialistes».

Or, on n'a pas besoin d'une tonne de références pour ressentir les choses. Donc pour les comprendre. La culture, pour moi, c'est la revanche de l'émotion sur le cérébral. Et de la générosité sur l'individuel. L'amas de connaissances ne sert à rien s'il n'est pas partagé. Une culture qui n'est pas généreuse, c'est un savoir personnel. Rien de plus. Posez un tableau de Rembrandt en Papouasie ou dans un salon tokyoïte: il déclenchera quelque chose. Si on l'enferme, que se passera- t-il? Il n'y aura plus de différences entre les caves et les musées. Ce serait dommage. La culture est périssable, comme nous. Quand j'avais 20 ans, Frankin était mon idole. Le centre du monde, le génie absolu. Aujourd'hui, je m'occupe du magazine de Titeuf, Tchô!, et les jeunes dessinateurs ne savent pas qui est Frankin. L'éternité de la culture, c'est un truc inventé par ceux qui adorent les concepts. L'éternité de la culture n'existe pas, et c'est tant mieux.

T comme tableaux
Jean-Michel Basquiat. L'animalité de son travail. Rien à voir avec Magritte, par exemple, le peintre le plus besogneux, le plus appliqué de la planète. Le contraire de Basquiat, instinct pur, sans réflexion, il était jeune et défoncé. Ne reste que ses toiles, hors ego, hors message. Rothko est un peu pareil. Et encore, il décore bien un salon. Pas Basquiat.

Pendant deux ans, j'ai dû étudier l'art contemporain dans une école. Ca m'a toujours gêné de devoir expliquer l'oeuvre pour la comprendre. L'art contemporain aujourd'hui, c'est ça: d'abord le concept, ensuite l'oeuvre. Sans le premier, on ne comprend pas vraiment la seconde. Ca porte un nom, ça s'appelle un discours de VRE Goya n'a jamais cherché l'originalité d'un concept... Personne ne fera le même tableau que lui, alors que le concept est reproductible à l'infini. D'où la dérive de l'art contemporain vers le marché spéculatif... Il me semble quand même qu'un grand artiste dessine, raconte, produit, sans penser une seconde à ce qu'il dessine, raconte, produit. Les chefs-d'oeuvre ont toujours échappé à leurs créateurs.


Samedi 16 Août 2008 - 00:00
CLARA DUPONT-MONOD
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Laissez-moi rêver! - 08/11/2008

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