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Une manif à marée basseSur les boulevards parisiens, les opposants à la réforme des retraites traînaient des pieds : manque de motivation, de jeunes, de mot d’ordre et d’unité… Alors que les plus motivés veulent jouer l’usure, c’est le gouvernement qui tient la montre.
©SL
Au milieu du maigre rassemblement de la CFDT, un animateur peine à convaincre les jeunes militants de lancer un slogan : « ils sont timides mais il faut pas leur en vouloir, c’est eux la relève. » Mais en ce 22 mai de manif unitaire, qui devait être le point d’orgue des mouvements du printemps contre la réforme des retraites, la relève semble avoir déserté les rangs du cortège pour laisser la place aux plus de quarante ans. Si le nombre de participants était plus important qu’au 1er mai (28000, selon la préfecture de police, contre 15000 le 1er mai), leur âge l'était aussi. Et la grogne avait du mal à prendre dans les rangs clairsemés le long des boulevards parisiens.
La démobilisation, c’est les autres ! « Les syndicats ne font pas leur boulot : ils hésitent à insister alors que ça pourrait aboutir », s’agace une jeune institutrice du Snuipp 93. Pourtant, la CGT Seine-Saint-Denis s’impose largement dans la manifestation. Mais pas au point de combler les nombreux vides dans le cortège.
Boulevard Saint-Martin, 16h30, au coeur de la manifestation. ©SL
S’ils reconnaissent l’essoufflement, la plupart des syndicats en rejettent la responsabilité sur les autres : « le mouvement ne s’éteint pas, il prend une autre forme, corrige Pierre, de la CGT RATP. Les syndicats aiment bien montrer leurs muscles et dire qu’ils n’ont pas besoin des autres mais l’idée de se concentrer chacun sur son secteur ne marche pas et au final l’union se fera, malgré eux. »
Tenir pour obtenir la révision, «comme pour le CNE et le CPE !» « C’est le début pour nous et on continuera jusqu’à obtenir quelque chose, assure Bouba de la CFDT Transport. Ce n’est pas parce que les autres ne sont pas dans la rue qu’ils ne font pas grève : nous préparons d’autres mobilisations, autant qu’il en faudra ! » Quand il s’agit de date, seuls les infirmières (mardi 27 mai) et les enseignants (samedi 24) semblent disposer d’un calendrier. « De toute façon, on fait confiance aux médias pour minimiser les manifestations », ironise un cheminot. Pour justifier leur persévérance face au silence du gouvernement, on rappelle le CPE, le CNE : « ils ont dit qu’ils ne changeraient rien et finalement ils ont tous été convertis en CDI ! », insiste une militante CGT. Mais les journées perdues, « ça coûte cher, surtout vu le prix des légumes », se plaint une porte-drapeau FO. Et la fatigue fait son chemin, comme la tentation de rompre l’unité syndicale pour « se concentrer sur les problèmes internes », résume un salarié du milieu hospitalier. Le mouvement de mai 2008 connaîtra-t-il sa retraite anticipée ?
©SL
Ahmed, CGT Aulnay Peugeot-Citroën
« A l’usine d’Aulnay, ça fait 6 semaines qu’on est en grève et on la maintiendra, même si les autres se fatiguent. En 2006, on l’a faite. En 2007, on l’a faite. Tant qu’on n'aura rien obtenu de concret sur les retraites, on résistera et ça viendra. »
©SL
Pascal, Snes FSU Montreuil
« Les collègues commencent à tirer un peu la langue : entre les jours de grève et les jours de blocage par les lycéens, on finit par s’inquiéter. Le problème, c’est que chaque établissement a géré la mobilisation différemment : notre grève dure depuis la veille des vacances de printemps alors qu’un autre lycée du 92 vient de commencer. Les professeurs envisagent sérieusement de se concentrer sur les questions éducatives, et notamment sur la suppression des postes avec la manifestation du samedi 24 mai. Ensuite, avec l’arrivée du bac, la question est posée : est-ce que cet examen doit devenir un moyen d’action ou non ? Le débat est lancé. »
Louise, FO Air France
« La mobilisation est faible, mais il faut voir les mots d’ordre de la CGT : « la retraite quand on veut ! », qu’est-ce que ça veut dire ? Le gouvernement cherche à opposer les grévistes aux salariés qui travaillent et on ne trouve rien de mieux comme slogan ? Si on appelait à la grève générale, là, au moins, on aurait du monde. » Jeudi 22 Mai 2008 - 20:31
Sylvain Lapoix
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