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Un certain goût du lynchagepar Alain Léauthier, journaliste à Marianne.
Il fut un temps, dans les précédentes décennies, où se revendiquer ouvertement de gauche, révolutionnaire guévariste ou social-démocrate bon teint, n’ouvrait guère les portes de la télévision (à l’époque sous haut contrôle d’Etat) que ce soit pour une simple prestation ou à fortiori une carrière. Les temps changent, les tabous et les préjugés s’inversent, les conservatismes et les intolérances n’ont plus la même couleur. En 2007, à moins que ce ne soit absolument indispensable ou alors impossible à cacher, autant ne pas indiquer un penchant, une sympathie nouvelle ou une filiation ancienne avec ce qu’il est convenu d’appeler la « droite républicaine ». Hormis sur TF1, et encore pas partout, « l’être de droite » n’a plus guère la cote sur les plateaux télés, en particulier dans les émissions qui ne sont pas directement consacrées à la politique mais prétendent s’en mêler par le biais du « people » ou de pseudo chronique de livres. A cet égard, feu « Tout le monde en parle » de Thierry Ardisson reste l’incomparable étalon du genre : saison après saison, sous l’oeil goguenard du maître des lieux et encouragé par l’immense humoriste dénommé Laurent Baffie (plus veule et démago, on ne voit pas…), on y a acclamé n’importe quel médiocre aspirant rappeur ou minable petit voyou promu héros de la liberté et en revanche accablé tous les élus de droite n’ayant pas eu la bonne idée de s’excuser de leurs stupides opinions. Ardisson s’en est allé sur Canal Plus mais, dans le même genre, son successeur Laurent Ruquier ne démérite pas et manque rarement une occasion d’afficher ses sympathies pour le PS. Si la France ressemblait au public de « On n’est pas couché », et dans une moindre mesure, à celui de « On a tout essayé », Ségolène Royal, José Bové ou Olivier Besancenot n’auraient pas de souci à se faire pour leurs parrainages ou la victoire lors du scrutin final. Ce qui est peut être une très bonne nouvelle, mais ne correspond pas exactement à la réalité du pays.
Pourquoi, invité à s’expliquer sur son engagement aux côtés de Nicolas Sarkozy, Doc Gynéco s’est-il fait quasiment lyncher (verbalement s’entend) chez Ruquier alors que, dans de nombreuses émissions, chaque apparition d’un Joey Starr est amoureusement célébrée comme s’il s’agissait d’une réincarnation de Mère Térésa ? Parce que la pensée moyenne qui domine aujourd’hui dans la médiacratie, et inspire visiblement une majorité d’animateurs du PAF, exige d’un rappeur qu’il soit de gauche, confond tout individu osant critiquer la gestion des flux migratoires avec un immonde raciste néo-nazi et assimile ceux qui s’avouent fatigués du soi-disant devoir de repentance à d’ignobles néo-colonialistes. Autre illustration de cet état d’esprit, les insultes proférées à l’encontre de Philippe de Villiers lors de l’émission « A vous de juger » animée par Arlette Chabot sur France 2. Sous les applaudissements d’une bonne partie du public, dont il faisait partie, un commerçant se présentant comme « musulman » (plutôt que Français par exemple…) a traité de tous les noms le candidat du MPF, encouragé sournoisement par José Bové et Marie-George Buffet. Soyons clair : les convictions de Doc Gynéco semblent aussi pâteuses que sa forme physique et, par ailleurs, on a le droit de trouver un peu limite, et surtout assez simpliste, l’analyse que fait aujourd’hui Philippe de Villiers de la double problématique de l’immigration et de l’intégration. Mais pourquoi sont-ils systématiquement et quasi exclusivement la cible des railleries des panels de téléspectateurs réunis on ne sait trop par qui ? On ne plaint ni le Doc, ni de Villiers et il ne s’agit pas d’oublier les vrais rapports de force dans la planète média : Martin Bouygues est bien l’ami personnel de Sarkozy, Lagardère est bien son pote, et, par ailleurs, qu’on sache, les actionnaires, comme le conseil de surveillance, de M6 ne militent pas en faveur d’une lutte renforcée contre les inégalités. Il n’en reste pas moins que l’air du temps, à la télé, souffle du très politiquement correct et laisse peu d’espace aux brises plus iconoclastes et indépendantes. D’une certaine manière, la droite ne peut s’en pendre qu’à elle-même : longtemps qualifiée, avec quelques bonnes raisons, de « plus bête du monde », elle n’a jamais su ni pu rattraper son retard dans la bataille des idées, laissant à la gauche le terrain du « culturel ». Après les fastes des grands maîtres à penser aujourd’hui disparus, celui-ci s’est réduit à une cour de récré. La gauche n’a plus beaucoup d’idées, mais conserve une indéniable influence « culturelle ». Ruquier et beaucoup de ses collègues imaginent probablement que faire huer leurs invités « de droite » (élus, intellectuels ou artistes) leur donne accès au jardin magnifique des bonnes manières. Ils entrent en réalité dans la cave sombre des ringards, d’hier et de toujours, plus à l’aise dans le sens du poil qu’en remontant la rivière des idées reçues. Vendredi 16 Février 2007 - 18:17
Alain Léauthier
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