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Trois questions à ObamaPar Claude Grunitzky, journaliste, très choqué par ce qu'il appelle les "dérives protectionnistes" des deux candidats démocrates.
Alors qu’il est maintenant presqu’assuré de décrocher l'investiture dans la course à la Maison Blanche, Barack Obama se prépare pour la prochaine phase de la campagne, le duel avec John McCain qui a d’ailleurs déja commencé avec leur confrontation sur la question de la politique à mener au proche orient. En effet, sa nette victoire en Caroline du Nord, mardi 6 mai, et sa victoire probable dans l’Oregon, mardi 20 mai, ont permis au sénateur de l’Illinois de renforcer le sentiment que le calcul mathématique lui est plus que favorable. (Il ne lui manquerait plus que 16 délégués pour atteindre la majorité absolue, et Obama risque de déclarer victoire des le soir du 20 mai.) Plus personne ne parle de la convention nationale qui aura lieu fin août à Denver, dans le Colorado. La question est aujourd’hui de savoir si Mme Clinton, malgré sa nette victoire en Virginie occidentale et les sondages dans le Kentucky qui lui sont favorables, va quitter la course avant le 3 juin, date à laquelle auront lieu les dernières primaires démocrates.
La moitié des électeurs d'Hillary prêts à voter républicain Se posent alors trois questions fondamentales pour le candidat Obama. D’abord, comment faire pour rallier les nombreux partisans – déçus – de Mme Clinton, alors que 47% d’entre eux affirment qu’ils seraient susceptibles de voter pour le candidat républicain en novembre ? En effet, contrairement au vote des jeunes qui lui semble acquis, Obama n’a jamais fait l’unanimité chez les électeurs de plus de 50 ans ou chez les démocrates issus des couches populaires. Malgré ses éfforts – souvent désastreux - pour se rapprocher du peuple ouvrier en buvant des bières dans les troquets de l’Indiana ou en jouant au bowling dans les bleds de Pennsylvanie, Obama est encore perçu comme le candidat des élites et des noirs. La machine Clinton – rodée après une série de campagnes fructueuses remontant aux années 80 – lui serait, plus que jamais, utile dans cette nouvelle phase. Ensuite, se pose (encore et toujours) la question de l’expérience. Comment persuader une majorité de l’électorat qu’il a les reins assez solides – et le jugement assez fin - pour guider une Amérique en mal de croissance et en pleine crise d’identité ? On lui reproche déjà des erreurs de parcours comme sa longue association au très controversé pasteur Jeremiah Wright ou encore ses propos un peu désinvoltes sur la religion. Face au héros de guerre McCain qui affirme d’ores et déja que les militants extrémistes d’Hamas se réjouiraient d’une présidence Obama, et au président Bush qui le critique ouvertement en Israël, le sénateur bizuth risque de paraitre un peu léger, alors que l’élection de 2004 a démontré à quel point les menaces terroristes et les problématiques sécuritaires continuent de faire recette et de rallier les électeurs des états de l’Amérique profonde. En effet, leur vote sera décisif. Les grands états riverains comme New York ou la Californie lui semblent acquis, mais on a du mal à imaginer un Obama triomphant dans l’Ohio (ou en Floride) sans avoir rassuré les électeurs blancs de ces Etats. Clinton et Obama trop à gauche ? Finalement, se pose le problème de la dérive protectionniste (voire anti-capitaliste) qui fait douter de la cohérence de la politique économique du candidat Obama alors même que la conjoncture post-subprimes, se dégrade de semaine en semaine. Face à une récession qui ne fait qu’augmenter le nombre de chômeurs et de sans-abris depuis la fin de l’année 2007, et au prix du baril qui pourrait bientôt atteindre 200 dollars, Obama (tout comme l’aspirante Mme Clinton qui ne cesse d’ailleurs de fustiger le Grand Capital qui a pourtant si généreusement contribué à toutes ses campagnes) multiplie les discours à teinte protectionniste. En se montrant très critique à l’égard de l’Accord de libre-échange nord-américain qui lie les États-Unis, le Canada et le Mexique depuis le 1er janvier 1994, Obama fait preuve d’opportunisme politique alors que cette arme à double trenchant risque de le tirer trop vers la gauche du parti démocrate. Obama ne peut pourtant pas se passer, non plus, du vote des indépendents. Comment faire, alors, pour expliquer aux Américains qu’il sait compter, et assainir les finances publiques d’un pays qui n’a jamais douté des vertus du capitalisme sauvage ? La course à la Maison Blanche est loin d’être terminée, et personne ne se fait d’illusion sur le grand écart qui existe entre les discours de campagne électorale et les actions réellement mises en œuvre à la Maison Blanche, mais si le très charismatique Obama doit effectivement etre élu pour sa capacité à incarner le changement et l’espoir de la génération internet, il ferait mieux d’affiner son programme en éliminant les propos électoralistes qui sont perçus comme des tours de passe-passe par la génération des baby boomers. En attendant, il fait bien de peaufiner ses discours d’union nationale. Lorsqu’il dénonce, comme après sa victoire en Caroline du Nord, «les tentatives de jouer sur nos peurs et d'exploiter nos différences pour nous monter les uns contre les autres par pur calcul electoral» il se positionne en grand rassembleur. Cette position joue à son avantage et démontre, chez Obama, une grande agilité intellectuelle. Claude Grunitzky est un journaliste français installé à New York. Son dernier ouvrage «Transculturalismes» vient de paraitre aux Editions Grasset. Mardi 20 Mai 2008 - 10:53
Claude Grunitzky
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