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LE JOURNAL DES DÉCONNAUTES

Spécial immobilier : les squats les plus confortables de l'Est parisien

Les marronniers de l'été

C'est dans les vieux Marianne qu'on trouve les meilleurs déconnautes. Ainsi de cette série parodique parue en 2001 consacrée aux «marronniers», ces sujets qui refleurissent régulièrement à la une des magazines. Troisième épisode : les meilleures affaires dans l'immobilier, c'est quand c'est gratuit !



L'affaire du siècle : le squat de la rue de Rivoli (photo FTS-Flickr)
L'affaire du siècle : le squat de la rue de Rivoli (photo FTS-Flickr)
Si squatter signifie dans tous les cas se soustraire à un loyer, il y a squat et squat: on peut en effet se soustraire aussi bien à un loyer de 20 000 F que de ! 500 F. C'est ce qui fait la différence entre le squat de la rue de Rivoli (à Paris, dans le Ier arrondissement) et celui de la rue des Haies (XXe arrondissement). Le premier est un bel immeuble haussmannien situé en plein coeur de la capitale, occupé par des artistes et qui reçoit quelque 40 000 visiteurs par an. Le second est une modeste construction en «pierre de Paris» (du plâtre, en fait) où s'entasse une dizaine: de familles. Certes, tous les immeubles occupés par des artistes ne sont pas des quatre-étoiles. Ainsi celui du 88 de la rue de Ménilmontant (XXe arrondissement) - baptisé «la Miroiterie». Pas vraiment un palace. Si la quinzaine d'artistes qui l'occupent ont pour eux la bienveillance du propriétaire - ce dernier a même donné son accord pour domicilier leur association -, le confort n'est pas au rendez-vous: façade lépreuse à la limite de la ruine, absence d'eau courante pour cause de tout-à-l'égout défaillant... Dans le XXe arrondissement, on compte un peu plus d'une quinzaine de squats. «En tout cas, ceux que l'on a recensés, mais il en existe certainement beaucoup plus», explique-t-on à la mairie. Le XXe partage, en effet, avec les deux autres arrondissements périphériques de l'Est parisien, le XIXe et le XVIIIe, «une structure urbaine propice aux squats», comme on dit à l'Hôtel de Ville.

Attention : il y a squat et squat !
Plus au sud de l'arrondissement, c'est le squat de la rue d'Avron. Là, au n° 61, ont atterri avec le soutien de l'association Droit au logement (DAL), près de 85 familles - soit un peu plus de 400 personnes - en provenance pour la plupart du campement de Vincennes. Ces anciens bureaux de Bull n'ont pas subi les transformations nécessaires pour accueillir des familles: peu de sanitaires, pas de chauffage. Mais l'immeuble fait presque luxueux, comparé au véritable taudis de la rue Petit (XIXe) où s'entassent 260 personnes dans des conditions inacceptables. Au point que la Mairie de Paris, propriétaire du lieu, a été obligée de mettre au point un plan un relogement. Pas très loin de la rue d'Avron, le squat de la rue des Haies: de nombreuses familles y vivent dans un grand dénuement, aucune d'entre elles ne s'est d'ailleurs déclarée auprès de la mairie pour un éventuel relogement. Le confort y est plus que sommaire... Tout comme au 9-11 de la rue des Tourelles. Le pâté de maisons tient à peine debout, et devrait à terme laisser la place à une maternelle, comme l'a dernièrement décidé la Mairie de Paris. Le réseau électrique comme le circuit d'eau sont quasiment inutilisables, et seuls quelques points d'eau sont encore en état. Les peintures sont chargées de plomb, et les risques de saturnisme importants. «Malheureusement, les cafards ne sont pas rebutés par les peintures au plomb: il y en a partout», explique une assistante sociale. Si, malgré tout, vous tenez encore absolument à squatter, sachez que s'il reste encore de la place rue des Tourelles vous vous ferez en revanche éjecter fissa de la très prisée rue de Rivoli...

Les bonnes recettes du squat réussi

Il faut jeter son dévolu sur un logement abandonné depuis au moins six mois. Pour ce faire, ne pas hésiter à mener sa petite enquête, placer un petit bout de papier, style James Bond, dans l'embrasure de la porte et vérifier ensuite sa présence. Ne pas oublier de consulter le cadastre, et préférer les logements en instance d'héritage, les immeubles de la Ville. Ne pas oublier les opérations d'urbanisme en panne. A vérifier également, les arrivées d'eau et d'électricité. Peut ensuite commencer l'installation proprement dite. Avant tout, en cas de contrôle, rappeler que votre installation date d'au moins deux jours. Les plus malins le savent, il ne faut pas laisser trace de l'effraction: ils réparent des fenêtres, portes et autres issues détériorées (risque de flagrant délit). Ils multiplient les preuves de présence, envois de lettres, factures EDF, etc. viennent ensuite les aspects juridiques: l'occupation illicite est un délit permanent, chaque jour est donc un «flag». Cependant, le squat ne dépend pas d'une juridiction pénale, il n'y a donc pas de risque de prison. En revanche, le propriétaire peut se saisir de la juridiction civile et obtenir l'expulsion. Soit à la suite de la plus expéditive des procédures - une ordonnance sur requête -, soit après la plus courante d'entre elles - le jugement en référé. Dans ce dernier cas, c'est au préfet de décider l'expulsion. Attention, la trêve d'hiver ne concerne pas les squats !

Pour retrouver les précédents marronniers de l'été, cliquez ici

Vendredi 18 Juillet 2008 - 07:16
Emmanuel Lévy
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