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Ségolène, Israël et moi

Par Luc Mandret. Notre blogueur politique a été reçu par Ségolène Royal, le 10 juin dernier. Un peu déçu, il s'est heurté à des réponses imprécises ou bien trop maîtrisées, notamment au sujet du conflit israélo-palestinien.



©Luc Mandret
©Luc Mandret
Plus d'une semaine après la rencontre avec Ségolène Royal, il est temps de revenir à froid sur cette heure passée à discuter avec elle. J'ai apprécié cette opportunité : après avoir fortement critiqué la candidate du Parti Socialiste lors de la campagne pour les élections présidentielles, pouvoir échanger directement avec Ségolène Royal me rendait curieux.
Un ami, à qui j'annonçais ce rendez-vous, et fin connaisseur des hommes et femmes politiques (mais pas vraiment socialiste) me disait la veille de cette rencontre : «Tu verras, tu seras forcément séduit, c'est son métier». Finalement, pas vraiment. Ségolène Royal est cordiale, humaine, aimable et à l'écoute. Mais pas véritablement à l'aise, plutôt stressée (elle a durant tout l'entretien joué avec le fermoir de son bracelet de montre) et dans l'ensemble une grande adepte de la langue de bois. Un regard franc et sincère mais plutôt absent et préoccupé. Une parole facile et directe mais toujours trop maîtrisée et dictée.

«La guerre, c'est mal»
J'avais prévu plusieurs questions, j'ai eu l'occasion d'aborder deux thèmes. Tout d'abord le conflit opposant Israël et la Palestine. Je l'ai donc interrogée sur sa vision de cette guerre et comment en sortir. Sur le statut de Jérusalem, capitale israëlienne, capitale palestienne ou capitale «multi-patride» ? Je revenais également sur la construction du mur par le gouvernement israëlien en Cisjordanie, contruction condamnée par la Cour Internationale de Justice de La Haye.
Voici sa réponse : «Vous savez, je me suis rendue en Israël et dans la bande de Gaza. Il y a beaucoup de misères et de désespérances dans la bande de Gaza. Et puis j'ai rencontré les jeunes, j'ai eu une conversation avec les jeunes israëliens et les jeunes palestiniens. Ce qui m'a frappé c'est la vision de la nouvelle génération : ils en ont vraiment assez de la guerre. Franchement. Et je ne suis pas sûre que la génération des responsables politiques aujourd'hui ait suffisamment conscience de cette soif des jeunes de vivre en paix, d'avoir des enfants qui vivent dans un monde de paix. Et moi je me garderai de toute prise de position à l'emporte pièce sur Jérusalem ou sur la condamnation d'Israël. Je pense qu'il y aurait vraiment un travail de médiation pour à la fois que les palestiniens ait un Etat et qu'Israël des frontières stables».
Ségolène Royal enchaine ensuite sur le Liban. J'aurais aimé que Madame Royal sorte de sa langue de bois, qu'elle réponde à ma question et pas seulement au travers de «La guerre, c'est mal». Mais deux possibilités : soit elle connait mal le sujet (sinon probablement soutiendrait-elle la condamnation de l'ONU), soit elle ne souhaite pas se mouiller pour ne se mettre personne à dos sur un sujet aussi sensible.

«Seule je n'y peux rien»
Ma seconde question portait sur la communication politique, une des approches de la politique qui me passionne. Je commence par lui dire que je ne suis pas dupe, et que même si Ségolène Royal nous rencontre pour le plaisir, cet événement est forcément un moyen de communication. Je reviens sur sa proximité avec Natalie Rastoin, directrice de l'agence Ogilvy. Je lui apprends que Ogilvy est une filiale du groupe de communication WPP, groupe possèdant également la société Hill & Knowlton. Hill & Knowlton, boîte de com proche du gouvernement américain, ayant notamment participé à la communication autour de la première guerre en Irak. Je l'interroge sur la façon dont elle communique, si elle est entourée d'un spin doctor. Ce à quoi elle me répond avec humour : «J'aurais dû d'ailleurs». Je termine en lui demandant qui est son Alistair Campbell ou son George Stephanopoulos.

©Môsieur J. - Flickr
©Môsieur J. - Flickr
Voici sa réponse : «Je pense que je ne suis pas la plus mauvaise, vous voyez ce que je veux dire. Les conseils de communication que j'ai eus... Effectivement il y a une entreprise de communication qui m'a trouvé ce slogan, très banal d'ailleurs, «la France juste et forte». Mais ce que j'ai trouvé moi, c'était au contact des gens, parce que c'est souvent moi qui ai inventé les choses. Par exemple dans ma déclaration de candidature à la candidature - je ne dis pas que c'est le meilleur slogan car c'était celui de mon adversaire - dans le discours de Vitrolles et dans tous les meeting de candidature interne je commençais tous mes discours par : «Seule je n'y peux rien, mais avec vous tout devient possible». Ca, c'est le slogan qui a été repiqué - je pense qu'il a été revendu par une boîte de com - par Nicolas Sarkozy. De même, Désirs d'Avenir, on n'a pas trouvé mieux ; ça dit tout ce que ça veut dire, Désirs d'Avenir : c'est pour la France, c'est pour chacun, c'est signe d'un progrès, c'est aussi le signe que si on n'a pas d'avenir on désespère. Donc finalement, c'est le slogan de campagne qu'on aurait du prendre.
Ce que je veux dire par là, c'est que ce ne sont pas forcément les conseils d'entreprises de communication qui sont les meilleurs. Il y a des choses que l'on trouve et qui finalement correspondent à ce que l'on est, à ce qu'on pense, à ce qu'on a compris des gens. Quant à Natalie Rastoin, elle intervenait comme ça, c'est une amie de 15 ans, elle donnait des conseils de temps en temps. Sinon, il y avait une boite de communication...
[elle cherche le nom] ...elle n'avait pas fait des trucs terribles d'ailleurs, qui a fait l'affiche de profil, c'était pas génial [un conseiller de Ségolène Royal donne le nom de l'agence : Benoit Devarieux]».

Réponse plus complète. Quelques regrets, quelques informations. Mais encore de la langue de bois : la communication au contact des gens, déjà vu. Peut-être mes questions inspiraient-elles moins Ségolène Royal. Elle a répondu plus en détail à d'autres blogueurs présents, notamment sur le PS, sur les collectivités locales, sur l'économie solidaire, sur les SCOP, sur le RSA et la précarité.
J'en suis reparti avec finalement une image assez semblable à celle que j'avais de Ségolène Royal avant ce rendez-vous. Beaucoup trop de langue de bois, plus obsédée par le Parti Socialiste que par la France. Mais un personnage finalement sympathique et ouvert. Et une intuition : si Ségolène Royal arrive à prendre le PS, je pense qu'elle sera bien meilleure comme principale opposante à Nicolas Sarkozy que comme candidate.

Jeudi 19 Juin 2008 - 11:46
Luc Mandret
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