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Sarkozy ou la gouvernance émotionnelle

La législation sous le coup de l'émotion est souvent mauvaise conseillère. Le précédent de la loi Robien sur les ascenseurs, ainsi que les tribulations qui s'annoncent pour les forains après l'accident de la Fête des Loges, sont là pour nous le rappe



Peut-on diriger un pays comme un journal de TF1 ? Voilà ce que suggère une bonne partie du semainier du Président de la République. Demain, le président pourrait bien aller réconforter la veuve de Bernard Jobard, le patron pécheur tué dans le naufrage de son bateau après une collision avec un cargo vendredi au large des côtes bretonnes.
Hier, comme prévu, Nicolas Sarkozy a reçu à l'Elysée le père et le grand-père du gamin de Roubaix violé la semaine dernière, avant d'annoncer une nouvelle loi contre les multirécidivistes sexuels à laquelle se raccrocheraient différentes mesures, maintes fois évoquées sur le sujet, mais qui sont censées, par la grâce présidentielle, acquérir l'efficacité espérée dans la lutte contre la pédophilie : la fin des remises de peine, des hôpitaux fermés et la castration chimique.
On ne jugera pas ici le bien fondé de ce catalogue de mesures, mais la rapidité avec laquelle le Président s'échine à élaborer des réformes supposées « résoudre le problème » quitte, finalement, à faire rimer, une fois de plus, répression avec compassion. Or, l'émotion s'est très souvent révélée mauvaise conseillère en matière législative. Les quelque quinze millions de Français propriétaires se souviennent forcément de la loi Robien adoptée en 2003 après deux accidents d'ascenseur qui avait provoqué la mort de deux enfants à Clichy-sous-Bois et à Strasbourg.
Le resserrement des normes réglementaires qui s'en est suivi est devenu la rente durable des ascensoristes mais aussi le calvaire des propriétaires les moins fortunés incapables de s'adapter à l'infernal calendrier de rénovation du parc français d'ascenseurs. Chaque année, les assemblées de copropriétaires deviennent de véritables imbroglio. D'un côté, les syndics préviennent aimablement l'assemblée qu'ils ne disposent plus que de deux ans pour mettre aux normes leur ascenseur, de l'autre les propriétaires qui affirment être dans l'incapacité de payer les charges impliquées par cette rénovation. Aux dernières nouvelles, le « lobby » des propriétaires, ou peut-être simplement le lobby du bon sens, est en train d'obtenir un nouveau délai de grâce. Entre temps, le cas des gamins écrasés par l'ascenseur n'est plus un sujet dans les rédactions.

Le même … manège est en train de se concocter sur le front des fêtes foraines, après l'accident de la Fête des Loges du 5 août dernier. À l'époque, le Président, en vacances aux Etats-Unis, n'a même pas pu réconforter de visu la famille endeuillée par la chute de la nacelle du "booster" (suramplificateur en bon français). Il s'était contenté de « remonter les bretelles » de son ministre de l'Intérieur, supposant, sans doute avec raison, que les Français ne se rappelleraient pas que si un responsable était en charge, jusqu'alors, du dossier des manèges forains, c'était bien lui, Nicolas Sarkozy, ministre de tutelle de cette noble activité quasiment sans arrêt depuis 2002 ! Le résultat ne s'est pas fait attendre : suite à l'adoption immédiate d'une nouvelle norme européenne, la fête foraine de Lille est compromise. Comment s'en étonner si la nouvelle réglementation – une « bible » de 500 pages ! - exige une palanquée de vérifications que les forains ne peuvent pas matériellement organiser en une semaine ?

Peu importe ! Ce qui compte aux yeux du nouveau Président est de lire et relire, comme autant de délicieuses berceuses, les sondages, comme celui de l'IFOP évoqué récemment sur ce site selon lesquels les Français se satisfont de son ardeur à prétendre résoudre leurs problèmes « à chaud ». Qu'il soit permis d'espérer, pour l'avenir de notre démocratie (ainsi que celui des forains et des petits propriétaires), que cette photographie de l'opinion est fausse ou qu'elle restera un « instantané » comme disent les patrons des instituts. Un instantané n'ayant aucune vocation à durer.

Mardi 21 Août 2007 - 19:12
Philippe Cohen
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