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LES ÉDITOS DE MARIANNE

Sarkozy croit au père Noël

Par Nicolas Domenach. Comme il remonte (un peu) dans les sondages, l'hyper président est hyper content. Pour lui, c'est évident : c'est le signe que les Français sont prêts pour un méga président !



Sarkozy croit au père Noël
Cinq d’un coup ! Et pas des mouches, des opinions favorables ! Le petit tailleur de l’Elysée n’est pas mécontent du tout des résultats du dernier baromètre de confiance Le Figaro - Sofres qui lui accorde enfin un regain de crédit minime mais réel après des semaines et des semaines de régulière dégringolade jusqu’à barboter dans une saumâtre impopularité. On pourrait se contenter de sourire de cette variation sondagière, laisser passer les humeurs passagères et constater que le président patauge toujours à 37 % d’opinions positives contre 61 % de négatives. Preuve qu’il a du chemin à parcourir encore pour revenir en grâce et que les fondamentaux demeurent pour le moins chagrins. A l’exception de Chirac, aucun président ne traînait si tôt aussi bas dans les tréfonds de la cote de popularité.

Méthode Coué ou méthode couac ?
Mais si Sarkozy sourit, c’est qu’il croit trouver motifs dans ces enquêtes qu’il scrute, comme vous le savez, minutieusement. Certes, il a adopté résolument la méthode Coué même là où nous ne voyons et n’entendons que la méthode couac. Là où nous ne percevons que des fausses notes, le président croit déceler la divine mélodie de la réforme en marche qui ne peut avancer qu’au prix de quelque disharmonie. « Si les Français me rejetaient, les routes seraient partout barrées, les barricades dressées. Je ne pourrais plus sortir dans le pays à l’instar de Jean-Pierre Raffarin hier ou de Alain Juppé avant-hier ». Or le président ne cesse de sortir, tout le temps et « je regarde les regards, j’écoute ce qu’on me dit et même ce qu’on crie, assure-t-il. Les Français ne veulent pas moins de président, ils exigent plus de président ». C’est pour cela qu’il en a remis encore et encore, ne se contentant pas de recevoir à l’Elysée tous les journalistes et les intellectuels et d’abord les plus critiques. Un peu surpris de ne pas être invité pour être écoutés mais pour entendre, comme le relève le philosophe Marcel Gauchet « une auto-justification singulière ». Narcissisme obtus ? Pas seulement, quand il parle de lui-même, il croit parler de la France… Vaincre pour lui, c’est convaincre en plaidant jusqu’à assommer l’adversaire. C’est pourquoi il va le chercher aussi à l’extérieur, multipliant les sorties offensives quand certains de ses conseillers l’auraient souhaité plus en retrait, sur la défensive, à distance de majesté républicaine classique. « J’ai fait le vendeur bateleur de ma politique puisqu’ils ne savent pas le faire, se vante-t-il, faraud. Plus le monde est dur et hostile et plus les Français ont besoin de pédagogie optimiste ».

Batling-Sarko, plus camelot que jamais
C’est la seconde leçon de « Monsieur je-sais-tout de la politique » (et la preuve que je suis le meilleur c’est que je suis à l’Elysée) : on ne se vend qu’en vendant. Faites comme moi ! Batling-Sarko est un bateleur qui veut partout des camelots. C’est ce qu’il martèle aux ministres qu’il réunit autour de lui comme des forces de ventes. Il veut des péchus, pas des ventrus et il les regonfle d’un mot-caresse, d’une promesse de promotion et de ces résultats sondagiers que nous évoquions.

Car pour Sarkozy, voici qui ne fait pas de doute.

1) la stabilisation est là ;

2) c’est une stabilisation à la hausse ;

3) cette hausse se produit dans le cœur du cœur de l’électorat sarkozyste : les couches d’employés et d’ouvriers que son activisme satisfait momentanément ;

4) cette dynamique doit être amplifiée en positivant tout ce qui peut l’être : les résultats du chômage, les réformes populaires, comme le service minimum dans les transports ou le service minimum d’accueil à l’école…

« La popularité de Fillon ne compte pas »
Sarkozy veut chasser les hirondelles partout pour faire venir le printemps, et ces hirondelles il les voit grosses comme des cormorans ou des flamants roses. Il suffit de savoir regarder, dit-il, sans contester tout à fait qu’il faudra du temps, beaucoup de temps encore avant que les beaux jours de la zénitude populaire reviennent. C’est la faute à la crise, aux crises économiques, financières, pétrolières, alimentaires et même à la majorité conservatrice… « Mais on s’en sort mieux que les autres », trompette partout le président persuadé que cette politique à la trompette est plus mobilisatrice et salvatrice qu’un long lamento déploratif et frileux. « Il y a quand même des bonnes nouvelles », confiait-il ainsi hier en parlant non seulement de sa hausse dans les sondages mais de celle d’Olivier Besancenot (+ 7,43% d’opinions favorables), le leader trotskyste qui sème la panique à gauche et achève de la déstabiliser ou encore en évoquant la baisse de François Fillon qui, à 44% d’opinions favorables (- 2) se rapproche d’une position plus conforme à son rang de second secondaire. De toute façon, affirme Sarkozy « la popularité de Fillon n’existe pas, ne compte pas ». Enfin, si elle passe derrière la sienne, c’est quand même beaucoup mieux, ça ne cacherait plus les hirondelles.


Jeudi 05 Juin 2008 - 13:59
Nicolas Domenach
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