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LES ÉDITOS DE MARIANNE

Sarkozy, chef de chantier… naval

Par Hervé Nathan, rédacteur en chef de Marianne. L’Etat va entrer au capital des ex-Chantiers de l’Atlantique. Bonne idée, qui masque l’urgence de préserver la réputation du président de la République.



Que l’Etat français investisse dans une entreprise industrielle est suffisamment rare pour que cela soit un événement. On apprend justement que le gouvernement a décidé d’acheter 9% du capital des chantiers Aker Yards de Saint-Nazaire, plus connus sous leur nom d’origine des Chantiers de l’Atlantique, dans le but de constituer « une minorité de blocage », en commun avec Alstom qui possède lui, 25% de Aker Yards France. Le but affiché : éviter une délocalisation de notre seul joyau dans la construction navale. Les trompettes de la renommée ont déjà applaudi le «pragmatisme» du gouvernement, décidé à empêcher qu’un groupe coréen, STX, qui a presque le contrôle (40%) de la maison-mère norvégienne Aker Yards, ne vienne dépecer nos chantiers et délocaliser la charge de travail vers l’Asie. L’intention de défense des intérêts industriels est louable. On se souvient que faute de défendre Pechiney en 2003, les pouvoirs publics ont dû se contenter d’accompagner la dispersion de ce joyau français de l’aluminium.

On fait peu attention à deux curiosités de cette histoire. La première c’est que l’opération a été annoncée sans aviser la direction d’Aker Yards en Norvège. Comme si traiter avec un actionnaire qui n’a que 40% du capital dispensait de négocier avec le patron opérationnel. La seconde est que l’annonce a été rendue publique par…un communiqué de l’Elysée !
L’affaire est donc bien importante. Pardi ! Les Chantiers de l’Atlantique faisaient partie jusqu’en 2005 du groupe Alstom. Ce groupe, Nicolas Sarkozy ne cesse de rappeler qu’il l’a «sauvé». C’était un argument de sa campagne, la preuve de son amour de l’industrie française. C’est encore aujourd’hui la justification de son expérience en économie, faute de prouver quoi que ce soit en la matière depuis son arrivée au pouvoir.
Sarkozy, alors ministre de l’économie a bien «sauvé» Alstom en 2005, en injectant 725 millions d’euros d’argent public (revendu à Bouygues pour 2 milliards deux ans plus tard). Mais il a demandé (en commun avec Bruxelles), dans la même opération de «sauvetage», à Alstom de vendre les Chantiers de l’Atlantique à Aker Yards. Peu de gens à l’époque avaient protesté contre la cession. Aker Yards est honorablement connu et donnait des garanties de pérennité, confirmées dans la pratique par la suite. La charge de travail est forte à Saint-Nazaire.
Mais l’arrivée en force du coréen STX dans le capital d’Aker change la donne politique. Le moindre morceau de coque retiré de la cale de Saint-Nazaire et transféré vers Séoul devenait un risque politique pour Sarkozy. Le « sauveur d’Alstom » se transformerait alors en «fossoyeur de Saint-Nazaire». Impossible. Pour négocier dans le plus grand secret, on indiqua que les chantiers comportent des «compétences et équipements critiques», en matière de défense nationale. Lesquels ? La presse (Les Echos du 13 juin) indique l’éventuelle construction du deuxième porte-avion nucléaire français. Ce qui est une blague puisque la décision sera vraisemblablement prise de ne pas engager ce chantier pharaonique (en outre, l’arsenal de Brest est en capacité de le faire, à moins que ce ne soit les Anglais…). Reste une interrogation : quelle part de la plus value réalisée sur Alstom (1,250 milliards), va être consacrée à racheter une part des Chantiers de l’Atlantique ? Aker Yards, vexé de la méthode frnaçaise, prévient déjà que cela sera cher. Le prix de la réputation de Sarkozy ?

Lundi 16 Juin 2008 - 16:26
Hervé Nathan
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