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Quand Jouyet subventionne nonfiction.fr

La présidence française de l’Union européenne sera aussi une présidence d’image. Du coup, le secrétariat d’Etat aux affaires européennes a choisi de subventionner certains sites, tel nonfiction.fr, particulièrement intéressés par les questions européennes… et globalement pro-européens.



Quand Jouyet subventionne nonfiction.fr
A un peu plus d’un mois du début de la présidence française de l’union européenne, le secrétariat d’Etat aux Affaires européennes a entamé sa campagne de communication pour une Europe « citoyenne, humaine, proche des gens », etc. Celle que l’on promet depuis toujours aux peuples européens... Le très réservé secrétaire d'Etat Jean-Pierre Jouyet se fait ainsi plus présent dans les médias et très pédagogue. Plus discrètement, le ministère verse aussi ponctuellement des subsides aux sites internet qui font de l’Europe et des questions internationales une priorité de leur ligne éditoriale.

Aucun lien rédactionnel avec nonfiction.fr
Créateur de nonfiction.fr, « le portail des livres et des idées », un site de grande qualité qui traite de l’actualité de la pensée et des sciences-humaines, Frédéric Martel ne cache pas avoir obtenu une subvention du secrétariat d’Etat : « Nous souhaitons bâtir un réseau de correspondants bénévoles en Europe à l’occasion de la présidence française pour enrichir les débats sur le site et notre modèle économique fragile nous oblige à demander des subventions à des administrations et des ministères. Nous recevons également des aides du ministère de la Culture, des Affaires étrangères, du Centre national du livre etc. La subvention du secrétariat d’Etat aux Affaires européennes est une aide très ponctuelle. Elle ne me pose aucun problème, au contraire je suis très heureux que ce site soit modestement aidé par ces administrations, c’est significatif pour nous. D’autant que le secrétariat d’Etat n’aura aucun lien rédactionnel avec le site. ».

Une dépendance beaucoup moins dangereuse que celle des éditeurs
La subvention des 5 ministères qui soutiennent le site représentera 25.000 euros en fin d’année sur un budget total d’environ 120.000 euros. Si Frédéric Martel reconnaît qu’il existe un risque potentiel à dépendre de subventions publiques — qui, assure-t-il, ne seront jamais le cœur du modèle économique de nonfiction.fr — il affirme cependant :«Je serais beaucoup plus gêné si nous devenions dépendants des publicités des éditeurs ou des réseaux de diffuseurs par exemple.»

Sensibilité globalement pro-européenne
Pour autant, le secrétariat d’Etat ne donne évidemment pas ses subventions au hasard : moins d’une dizaine de sites en bénéficieront cette année. Sans aller jusqu'à mériter d'être qualifiés de voix de l’Europe ou de prêcheurs de la bonne parole européenne, tous affichent des positions pro européennes, ce que ne conteste pas Frédéric Martel: « Globalement nonfiction est un site pro-européen, mais les sensibilités en interne sont très variables. Personnellement, j’étais très réservé sur Maastricht, le livre de Tony Judt sur l’histoire de l’Europe a été traité par cinq chroniqueurs différents, qui n’ont évidemment pas dit les mêmes choses. Je n'interdirai jamais l'expression de points de vue opposés sur la Turquie, quelles que soient nos subventions ».

Une subtile opération de relations publiques
Pour que les choses soient claires, à l’ouverture des débats sur le site, nonfiction.fr mentionnera par un logo le soutien que lui apporte le secrétariat aux affaires européennes. Si on imagine mal le secrétariat d'Etat prêcher contre sa paroisse et soutenir des médias ouvertement anti-européens, il trouve là une subtile et peu onéreuse opération de relations publiques, du lobbying light fondé sur la fragilité de certains sites.
Si l'on comprend les difficultés - partagées par tous les entrepreneurs du net - de nonfiction.fr à toruver un modèle économique lui permettant de survivre, le choix du partenariat avec une structure d'état l'éloigne quelque peu des principes d'indépendance de la presse. Une association peut tout à fait vivre de subventions. Mais l'on quitte alors le champ de l'information pour celui de l'activité culturelle.

Mercredi 21 Mai 2008 - 13:18
Régis Soubrouillard
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