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MON ŒIL !

Quand Copé se lâche contre les opérateurs telecom

Le soir de la remise de son rapport sur la télévision publique au président, Copé réunissait son fan-club pour réfléchir sur le thème : «Médias, dans les coulisses d’une révolution». Des stars, des militants, quelques idées, quelques infos. La parole est libre, la mécanique bien huilée. Trop, peut-être…



A peine rendu son rapport sur « l’avenir de la télévision publique », tout juste sorti d’un duplex sur France 2, Jean-François Copé réunissait mercredi soir son fan club « Génération France » à l’Hotel Concorde-Lafayette à une soirée sur le thème : «Médias, dans les coulisses d’une révolution».
Le président du groupe parlementaire UMP avait invité Jean-Marc Morandini, le président de BFM, Alain Weill, les journalistes Elisabeth Lévy du Point et Claude Askolovitch du Nouvel Observateur ainsi que l’incontournable et toujours loyal Michel Drucker. La salle est comble composée des jeunesses UMP bien coiffées et des historiques. Copé fait son entrée, introduit la réunion qui sera animée par un journaliste équipé d'un casque-micro. Le show peut commencer.
C’est l’animateur de nos dimanche qui a le privilège de prendre la parole en premier. Sans doute stimulé par le succès de son auto-biographie, Michel Drucker se raconte. Une fois de plus. De l’enfance à l’Ortf jusqu'à aujourd'hui, en passant par tout le reste. Marianne2.fr aura la bonté de vous épargner cet épisode assommant (NDLR: les courageux pourront se référer au livre). Le début de soirée est poussif. Drucker dresse un tableau à l'eau de rose de la télévision publique, des intentions de Sarkozy: Le Meilleur des Mondes de la télévision vu par Drucker...Au passage, il dit toute sa passion, son amitié pour son compagnon de virées cyclistes. Il assure la salle que «Sarkozy va mettre les moyens pour distinguer toujours et encore plus le public du privé». C’est toute l’inquiétude des salariés de France-Télévisions, guère convaincus…

Pas facile de remplacer Jacques Martin
Askolovitch se fait plus provocateur : « Sarko est le président de tous les Français. Donc, c’est normal qu’il s’occupe de la carrière de Laurence Ferrari et du budget de France Télévisions ». Rires gênés… Alain Weill affiche son scepticisme quant au financement des chaînes. Elisabeth Lévy y insiste, elle ne voit guère de différences entre la télé publique et privée. Morandini évacue le sujet : «Nagui, c’est public ou privé ?»,. Et l’existence précède l’essence ou pas ?
Drucker reprend la parole, s’attarde encore sur lui, partage ses soucis, ses angoisses « ça n’a pas été facile de remplacer Jacques Martin». La salle compâtît…Sûr de son fait, il conclut que «le service public peut tirer vers le haut. Bernard Henri-Lévy peut faire un carton ».
C’est donc ça l’idéal de la télévision publique pour Drucker : présenter BHL comme la référence intellectuelle française.

Copé évoque une quatrième licence pour calmer les opérateurs
Discret jusque là, Jean-François Copé s’empare du micro pour dire qu’il « trouve la réunion absolument géniale !». Il répond à ceux qui ont qualifié sa commission de « faire valoir » : «Je suis content, on n’a pas fait de l’eau tiède et Sarkozy a repris la quasi-totalité de nos propositions». Répondant aux critiques sur le financement, notamment les taxes sur les opérateurs télécoms, Copé se lâche : «à mon avis, ils ne toucheront pas à leurs tarifs, sinon on ouvrira une quatrième licence. Ca va les calmer très vite!».

Xavier Bertrand veut venir chez Drucker
Puis il se fait Sarkozyste, se mêle de tout, endosse l’habit de directeur des programmes : «il faut une émission sur l’Europe, de nouvelles émissions politiques».
Drucker qui n’en a jamais vraiment terminé reprend le micro. Tonton Drucker narre alors à la salle, qui glousse, «l’épisode Besancenot». Elles sont belles, les belles histoires de Tonton Drucker : «tous les politiques veulent venir maintenant. Xavier Bertrand veut sa date». Les yeux du public se tournent vers Copé, qui rit jaune. Le temps d’un instant, Drucker sort de son histoire personnelle pour faire remarquer que si les hommes politiques se sont peopolisés, la presse d’opinion s’est aussi peopolisée, donnant pour exemple la une du Nouvel Observateur présentant Simone de Beauvoir nue ou la plus récente une de Libé sur Carla Bruni… avant de repartir dans un interminable tunnel sur ses rencontres avec Clinton, la télé au temps du Général etc. Est-ce que le Drucker fonctionne sur secteur et se débranche ? Nul ne sait vraiment. Copé prend à partie Askolovitch sur l'affaire du SMS, publiée sur le site nouvelobs.com : «ne faudrait-il pas réfléchir à la responsabilité individuelle des journalistes »
- «La France est un pays d'impunité» répond Askolovitch, «la preuve: Chirac a pu faire des campagnes électorales pendant des années». Un ange passe puis un «c'est faux !!» vient rompre le silence. On respire...

« Faudrait qu’il arrête Drucker »
«0% langues de bois, 100% débat d’idées», c’est le slogan du club de Jean-François Copé. Plus facile à proclamer qu'à réaliser... Encore faudrait-il aborder les questions frontalement. Sur le fond, peu de choses sur Internet malgré des questions de la salle, mais Drucker est aux abonnés absent, ou sur l’intérêt de dégager l’audiovisuel public des contraintes d’audience si c’est pour l’affaiblir financièrement. Rien sur le contenu, le cahier des charges, les positions de Bruxelles, le renforcement des chaînes privées. Les journalistes du service public ont quitté les lieux depuis longtemps. Ils n'auront pas de réponses à leurs questions ce soir. Ma voisine, adhérente UMP, se lasse : «qu’est ce qu’ils ont comme ego tous ces animateurs. Ils disent tout le temps Moi je et ne font que parler d’eux. Faudrait qu’il arrête Drucker. C’est fini tout ça... »
Askolovitch annonce le score de la demi-finale de l’euro : 3-2 pour l’Allemagne face à la Turquie. Ma voisine s’en va : «avec tout ça on ne sait toujours pas comment sera financée la télévision publique». CQFD.

Vendredi 27 Juin 2008 - 07:12
Régis Soubrouillard
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