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Promo-humanité : la maman du petit palmé obtient ses papiers (5)Par Gérard Delahaye, le cinquième épisode de la série inspirée par le film «Entre les murs». Dernière saison, où la promo se fait encore plus bouleversante d'humanité : la maman du petit palmé a enfin obtenu ses papiers!
©Flicker - Lalla-Ali
Puisque nous vivons à l'heure du raccourci de l'instantanéité, du lapidaire, la vieille exigence d'exactitude journalistique dans les faits qui nous sont quotidiennement rapportés a évidemment beaucoup perdu de sa superbe. Encore un sur-moi de tombé. L'émotionnel fait désormais plus vendre que la vérité. Rendez-vous à l'évidence, chétifs moralistes et chroniqueurs fielleux ! Le collège Françoise Dolto, avec son cortège d'élèves, de parents d'élèves et de voisins a été transformé en laboratoire de cette saga de la liberté et du bien.
La consécration des «jeunes» fraîchement starifiés pouvait-elle occulter la souffrance des victimes, conséquences de la cécité d'une administration grise et sans cœur ? Pour parvenir à boucler cet ultime et salvateur épisode, il fallait bien-sûr tout faire pour que la scénarisation de la promo du réel ne s'encombre pas davantage d'une tel luxe de précautions tatillonnes. Ainsi, dans cette ascension vers des sommets compassionnels, un miracle devait nécessairement se produire, quitte à forcer un peu le destin.
Une régularisation sous la pression de la récompense cannoise
La magie de la montée des marches allait elle faire sortir Aïssata de l'ombre ? Le rayonnement généreux de la palme d'or allait-il enfin avoir raison du monstre froid ? La presse n'y alla donc pas par quatre chemins. Tout devait laisser penser que c'était bien sous la pression de la récompense cannoise qu'Aïssa allait être régularisée. Le 7ème Art aurait raison du monopole de la violence légitime, viendrait ainsi le temps du conte de fées pour les damnés des flux migratoires. L'affiliation messianique de Bernard Cantet à RESF était avérée. Son nom donnait au réseau une nouvelle aura. Il co-signait à l'attention de l'administration des communiqués comminatoires Cantet-RESF, comme s'il s'agissait d'une «co-produc». La CGT avec ses sans-papiers en grève n'avait qu'à bien se tenir. Cannes contre Montreuil, Gabin contre Bégaudaud, impossible de s'aligner. Au box-office de la solidarité avec les sans-papiers, Cantet avait une puissance de tir avec laquelle Bernard Thibaud ne pouvait pas rivaliser. Le Léviathan était cuit, terrassé, sommé de se rendre devant les arguments du bien ayant reçus l'onction de Sean Penn himself, contraint d'oublier ses parapheurs et son opaque droit des étrangers.
©Flicker - Jean C
Verdict rédempteur pour scénario bien ficelé
Les frontières allaient devoir se dissoudre, les murs d'école se lézarder, rien ne résisterait devant l'esprit-saint de Cannes en mai. Même le Préfet de Police devrait saluer respectueusement la grâce qui n'allait plus tarder à s'immiscer entre les murs coercitifs de l'Ile-de-la-Cité. Moteur. Action. Aïssata opprimée, Aïssata exilée, mais Aïssata régularisée. Convoquée dans les murs de cette administration anxiogène pour examen de sa situation, Aïssata Bah, de nationalité malienne, put entendre enfin le verdict rédempteur : «L'ensemble des pièces fournies dans son dossier justifie une régularisation». En réalité ce rendez-vous avait été programmé bien avant l'épisode de la palme d'or... Le processus d'instruction d'un dossier s'inscrit dans un temps qui est codifié par l'administration. Que RESF ait accompagné sa démarche, que Bernard Cantet ait «parrainé» cette quête méritoire ne retire rien au fait que cette décision administrative s'inscrit dans une logique qui n'est ni subordonnée au temps médiatique, ni nécessairement à la ferveur de ces soutiens devenus quasi- «peoples ». Au-fond le récit de Mme Bah est à son insu devenu une séquence promotionnelle pour un film qui prétend nous donner à voir le réel.
La sincérité du réalisateur et de l'acteur ne sont pas en cause. Faisons leur crédit d'une forme d'aveuglement explicable par l'ivresse d'un tel succès. Le problème réside dans cette revendication du réel qui semble contredite par la machine promotionnelle et la bulle mimétique des faiseurs d'opinion, confondante d'unanimisme et de mièvrerie.
Tout se passe comme si la promo, en l'espèce celle du réel finisse par soumettre son objet à ses nécessités rhétoriques, en l' occurence vertueuses. Le réel érigé en argument fétiche est devenu ainsi un simulacre. Mais quel est donc le statut du réel, s'il n'est là que comme argument promotionnel, comme agencement, mobile d'un récit ? La réponse est forcément hors saison. Retrouvez les précédents épisodes de cette série de Gérard Delahaye, inspirée par le film «Entre les murs» : - A se taper la tête entre les murs... (1) - A se taper la tête entre les murs... (2) - Allons grincheux de la patrie ! (3) [- Le collège Dolto dans le processus de starification (4)]url:http:// Vendredi 20 Juin 2008 - 11:52
Gérard Delahaye
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