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LES ÉDITOS DE MARIANNE

Pouvoir d’achat : l’impossible rachat

Par Nicolas Domenach. Pour corriger ses erreurs de com' sur le pouvoir d'achat, Thierry Saussez, le grand communicant du gouvernement, lance une grande campagne de pub. La France va finir par vraiment avoir le moral dans les Saussez!



Pouvoir d’achat : l’impossible rachat
Pas de coupure pub pour le gouvernement ! Il s’en faut puisque, incroyable mais vrai, la puissance publique lance une campagne de « com. » Et à la télé ! Une vraie. Conçue, organisée, vendue par un publicitaire plus vrai que nature, Thierry Saussez, qui est à Sarkozy ce que Jacques Séguéla était à Mitterrand avant que ce « fils de pub » ne passe lui-même à « l’ennemi », et ne favorise sa rédemption par la femme, Carla Bruni, qu’il a présentée au président lors d’un « blind » dîner ! Mais Saussez, lui, a pris la « communication » gouvernementale, au point de recevoir le titre prestigieux de « délégué interministériel », et de lancer aujourd’hui une « grande », une « immense » campagne avec François Fillon sur le pouvoir d’achat. Ils la présentent en duo ce matin, parce qu’il vaut mieux voir le publicitaire, beaucoup plus bronzé et souriant, toujours en bras de chemise, toujours décontracté malgré le zygomatique bloqué, ce qui est censément plus vendeur qu’un Premier ministre obstinément pâlot, à force de s’effacer sans doute. Sa mine de papier mâché constitue une contre-publicité évidente, donc en avant Saussez !

La pub pour corriger les erreurs de com
Ce qui est étonnant cependant, c’est que ce gouvernement ait besoin de faire de la pub. On n’en a jamais eu qui en fasse autant. Ou, plus exactement, on n’a jamais eu un président qui ne batte autant la campagne, qui fasse le service avant vente, vente et après vente, qui envahisse, qui sature les ondes, au point que les socialistes ont pu demander, sans être entendus mais il a bien fallu les écouter, que son temps de parole soit comptabilisé avec celui du pouvoir. Aujourd’hui, le président échappe en effet à la règle des 3 tiers (1/3 pour le gouvernement, 1/3 pour la majorité, 1/3 pour l’opposition), ce qui lui permet de parler autant qu'il veut et comme il veut. Nicolas Sarkozy, volubile et interventionniste s’il en est, ne s’en prive pas. Cette règle du CSA valait au temps justement où le chef de l’Etat se situait au-dessus de la mêlée elle-même. Maintenant qu’il est dedans, maintenant qu’il est la mêlée, cette règle archaïque devrait être revue et corrigée. Il n’en est rien. Au contraire, puisque la publicité du service d’information du gouvernement veut pallier aux erreurs de « com. » qu’il a commises.


La France va vraiment avoir le moral dans les Saussez

Car c’est ainsi que Nicolas Sarkozy a présenté et l’embauche de Saussez et la campagne à venir. « Il y a eu un ratage sur la loi Tepa que la gauche a réussi à faire passer pour une loi-cadeau en faveur des riches »… Tout ça parce que le président n’avait pas eu le temps de « s’en mêler » justement. Il va donc s’en occuper par Saussez interposé, qui l’a tenu informé de la stratégie, comme des spots télévisés ou des publicités papier, visant à convaincre de l’efficacité des mesures prises en faveur du pouvoir d’achat. Car c’est bien cette question qui est devenue centrale, prioritaire pour les Français qui broient du noir, à cause de l’or brun en particulier.

Pour combattre leur angoisse, il faut montrer que le gouvernement gouverne, que le président préside surtout, qu’il ne se résout pas à l’impuissance, qu’il est mobilisé sur le front de l’action jour et nuit, qu’il ne se préoccupe pas que de sa vie privée mais de la vie quotidienne de ses sujets. Nicolas Sarkozy n’en finit pas de rattraper ses fautes de « com. » des débuts. Le chef de l’Etat devrait d’ailleurs lui-même intervenir en relais, en support central de la campagne, en montrant qu’il se bat non seulement en France mais encore en Europe. Mais peut-on jamais racheter ses erreurs initiales de pub comme de politique puisque l’une et l’autre sont intimement mêlées ? L’auto-augmentation d’entrée du pouvoir d’achat du président, sa volonté réitérée de gagner de l’argent, ses foucades Fouquet’s et ses vacances bling-bling ont tellement marqué dans les têtes que cette campagne de rachat risque de raviver encore la marque première du sarkozysme frelaté. On comprend que Saussez prépare d’autres campagnes sur le Grenelle de l’Environnement ou sur la France des entrepreneurs, car il est difficile de racheter son âme quand on a paru au début la vendre au diable.

Lundi 23 Juin 2008 - 13:00
Nicolas Domenach
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