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Pourquoi Bayrou peut changer la donne...

Par Victor Muller, chef d'entreprise, Villejuif (Val-de-Marne).
Avec Bayrou au second tour, nous pourrions assister à une révolution tranquille. Une recomposition de la gauche française sera, je l'espère, au rendez-vous. Avec un pôle de transformation sociale qui réunirait l'électorat antilibéral, communiste, vert, socialiste et qui retrouverait un fort ancrage populaire et un pôle social-démocrate qui regrouperait l'électorat socialiste, radical, centriste et écologiste et qui rassemblerait les suffrages des classes moyennes progressistes. Ces deux pôles pourraient se compter à l'échelle du pays, retrouver ainsi une légitimité politique basée sur le vote réel des Français...



Non, le 22 avril 2007 ne ressemblera en rien au 21 avril 2002. Certes, il consacrera une nouvelle défaite du candidat du Parti Socialiste au 1er tour d'une élection présidentielle. Mais cette fois, il mettra en position éligible une personnalité qui ne fait pas peur aux français. Car François Bayrou, contrairement à Jean-Marie Le Pen, est un animal politique qui n'inquiète pas. C'est même un modéré qui rassure. Et qui a prouvé qu'il savait tenir la barre même dans la tempête. Dès 1995, François Mitterrand avait décelé en lui – et peut-être encouragé - ses qualités d'homme d'Etat et sa stature de futur présidentiable. Je ne suis pas certain qu'il eut dit la même chose de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal. Mais là n'est pas mon propos. Dans le cas de figure que je pressens, l'analyse la plus intéressante, à mes yeux, sera politique. François Bayrou au second tour contre Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste devra en quelques jours tirer définitivement un trait sur la pitoyable gestion des années Hollande. Et la probabilité de se situer dans un tel schéma est forte aujourd'hui. Au lendemain de la défaite, les socialistes ne devront pas à nouveau se laisser piéger par de faux débats, de faux constats, de faux combats et recommencer avec les mêmes têtes à la direction du parti. Le cataclysme politique de 2002 semblait déjà annoncer cette profonde remise en question. Mais l'introspection critique n'était pas encore à l'ordre du jour. Une version édulcorée des faits a vu le jour dès le 22 avril : l'incident de parcours. Lionel Jospin avait fait une mauvaise campagne. Et un bouc-émissaire officiel était désigné seul responsable de l'humiliation : la désunion de la gauche ! Si un militant socialiste s'essayait en section à parler du vrai débat que toute la gauche attendait ? La réponse des élus fusait : « Quel débat ? » Et souvent de poursuivre : « Tu veux t'allier avec l'extrême-gauche ? ». Le mal était et reste profond. Et le diagnostic d'autisme assez répandu dans une grande partie de l'appareil.

Oui, un débat s'imposait en 2002. Il consistait à trancher démocratiquement et sereinement entre deux options politiques claires. Construire une gauche antilibérale qui avait vocation à gouverner autour d'une plateforme d'union avec tous les partenaires de la gauche. Ou refonder une majorité sur un projet social-démocrate qui inscrivait ouvertement des réformes libérales dans son programme avec des partenaires démocrates centristes. Un tel débat aurait honoré le Parti Socialiste. Et s'il avait été mené depuis 2002, la situation du PS serait très différente aujourd'hui. Nous n'aurions pas organisé au pas de course des simulacres de débats participatifs qui n'évoquaient même pas le choix fondamental tant attendu par l'ensemble de la gauche française depuis cinq ans. Ce que les Français ne veulent plus, c'est d'une soupe politique socialiste qui prône deux mois avant les élections un savant dosage entre deux options politiques peu compatibles et l'assurance pour les électeurs de n'avoir qu'une des deux options mise en œuvre : la sociale-démocratie. Sans l'avoir choisie. Les électeurs ne sont plus dupes.

En pratiquant ainsi, tout le monde est floué. Pour compléter ce constat affligeant, comment ne pas se souvenir du référendum européen. Pour mémoire, le grand débat des socialistes post 21 avril 2002 organisé dans le cadre du congrès de Dijon avait occulté quelques sujets d'actualité aussi brûlants que l'Europe - son projet, son élargissement (15 Etats membres seulement en 2002), son projet de traité constitutionnel - ou que l'avenir des retraites. Le décor démocratique est alors planté pour tout le monde. En toile de fond de ce congrès, la nécessité d'afficher une unité et de ne pas aborder de sujets qualifiés de trop complexes qui pourraient diviser. Un premier résultat immédiat à la fin 2002 : le PS sera totalement absent des mouvements sociaux contre la réforme des retraites. Un second exemple en 2004 (25 Etats membres) : la direction du PS décide soudain un vote interne sur le traité constitutionnel européen. Le dessous des cartes est passionnant. Après le rejet massif de la droite aux élections régionales de 2004 et le succès mathématique du PS qui en découlera, François Hollande se sent pousser des ailes de chef et de présidentiable et veut renfoncer son autorité interne en marginalisant son numéro deux et candidat virtuel du parti, Laurent Fabius. L'accord conclu entre les deux hommes au lendemain de la défaite de 2002 est rompu. François Hollande gagne la bataille interne au Parti. Et les Français votent majoritairement non au référendum en 2005. Pour François Hollande et un certain nombre de ses soutiens, l'analyse est simple : c'est la faute à Laurent Fabius qui n'a pas respecté le choix des militants. La boucle est bouclée : François Hollande a écarté Laurent Fabius de la direction du Parti. Il semble tenir l'appareil. Mais à quel prix politique ? En réalité, seul le débat pour les présidentielles entre Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius aurait encore pu sauver le PS. Il avait le mérite de porter deux options politiques claires et de proposer un vrai choix à la gauche française. Ce débat gênait à la fois François Hollande et Lionel Jospin qui, dans une compétition de l'ombre, rongeaient leurs freins en attendant plus ou moins secrètement le moment propice où ils pourraient se déclarer en grand rassembleur - pour ne pas dire en sauveur. C'était sans compter l'étrange positionnement de Ségolène Royal qui a faussé la donne politique et reporté une nouvelle fois l'issue bénéfique d'un débat de fond. Elle a été soutenue pour réussir, non pas par les Français qui ne s'intéressaient pas à ce moment-là aux enjeux présidentiels, mais par les caciques de l'appareil socialiste. Un parti constitué majoritairement d'élus. Des gens à la fois dévoués à la cause publique, à la fois prisonniers de leurs fonctions. Enfermés dans des logiques politiciennes et guidés par de savants calculs pour préserver ou pour gagner une place ici ou un siège là. Ils pensent déjà à la bataille à mener pour obtenir l'investiture des législatives ou des municipales, à la dynamique de la victoire et aux sondages apparemment favorables à la candidate. Avec une dose de conviction, un brin d'expérience et un peu de cynisme, ils basculent les uns après les autres derrière la candidature de Ségolène Royal en pensant aller facilement à la victoire. Pour faire quoi ? Ce n'était pas leur préoccupation de l'instant…

Comment bouger les lignes politiques dans ce contexte ? Depuis 2002, le PS a choisi la politique de l'autruche. En pensant qu'une fois le parti réuni, la victoire serait mathématique. Il s'avère que les révolutions électorales successives bousculent cet ordre établi et redonnent un peu d'air à des institutions et des pratiques politiques fatiguées. Avec Le Pen en 2002, le danger était grand. La peur de l'extrême-droite et du retour des vieux démons menaçait. Avec Bayrou en 2007, c'est autre chose. Nous pourrions assister à une révolution tranquille. Une recomposition de la gauche française sera, je l'espère, au rendez-vous. Avec un pôle de transformation sociale qui réunirait l'électorat antilibéral, communiste, vert, socialiste et qui retrouverait un fort ancrage populaire et un pôle social-démocrate qui regrouperait l'électorat socialiste, radical, centriste et écologiste et qui rassemblerait les suffrages des classes moyennes progressistes. Ces deux pôles pourraient se compter à l'échelle du pays, retrouver ainsi une légitimité politique basée sur le vote réel des Français et, dans le cadre d'un éventuel accord de gouvernement, proposer une majorité politique crédible qui mettrait en œuvre un programme de gouvernement. La démocratie et le contrat comme lien entre une majorité élue et les Français pendant le temps d'un mandat. L'idée fait son chemin… Si vous arrivez à décongestionner un système politique sclérosé, chapeau Monsieur Bayrou. Et belle victoire en perspective pour les citoyens.

Vendredi 16 Mars 2007 - 18:46
Victor Muller
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