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Paul Amar, fan de Chantal Sébire ou sherpa de la souffrance ?Censée décrypter le traitement de l’actualité par les médias, l’émission de Paul Amar, « Revu et Corrigé » ignore absolument son projet initial pour amplifier les dérives de l’audiovisuel. Exemple avec le cas de Chantal Sébire.
Paul Amar avait prévenu son monde : «Ce sera une émission de décryptage de l’actualité, un décryptage de l’actualité par les médias, et l’actualité des médias eux-mêmes». Il ne serait pas «le remplaçant de Daniel Schneidermann» et son émission « Revu et corrigé » ne se voulait pas non plus une resucée soft de «Arrêts sur images». D’ailleurs, il le disait aussi, il n’allait pas s’intéresser prioritairement au traitement de l’actualité par les médias mais à l’actualité en elle-même. Un «C dans l’air» version week-end comme la télé en produit à la chaîne.
Critique des médias, pédagogie des médias ou Talk-Show ? Jacques Séguéla y a, par exemple, sa table réservée. Les invités, et c’est heureux, peuvent discuter à loisir de l’actualité mais de critique sinon de pédagogie des médias, point. Et pourtant dans son cahier des charges il est notifié que France 5 doit participer à l’éducation à l’audiovisuel et aux médias. Si l’émission ne remplit pas cette mission, au moins par son propre traitement de l’actualité, elle contribue nettement à alerter sur les nouvelles problématiques qui s’imposent au système médiatique. L’émission s’est ainsi emparée de façon particulière du cas de Chantal Sébire, intervenue, par téléphone, une première fois dans l’émission le 1er mars 2008. En ce sens, l’émission de Paul Amar est révélatrice de la nouvelle place accordée à la santé à la télévision. Un temps cantonnée aux émissions médicales spécialisées, la thématique a envahi toute la grille de programmation, notamment les émissions de société basées sur le témoignage et l’émotionnel. Conversations intimes Par son approche, «Revu et corrigé» occulté toute distanciation critique pour lui préférer un engagement militant, rarement observé en télévision. Paul Amar s’est fait le porte-voix assumé des demandes de la patiente y revenant dans son émission du 15 mars. Puis une troisième fois le 22 mars où il confiait, ému, ses longues conversations hors antenne avec Chantal Sébire, «conversations qui prenaient un tour très personnel, intimes parfois loin des échanges convenus que l’on peut avoir dans l’exercice de notre métier » confiait-il. Laissant ainsi entendre que l’intime doit l’emporter sur des échanges plus distanciés. « Elle m’avait ainsi demandé au début de la semaine de la rappeler d’urgence avant mardi soir. Elle attendait des informations plus précises sur l’attitude des autorités politiques après la fin de non-recevoir du tribunal de Dijon. J’ai insisté sur le rendez vous important que son médecin personnel allait avoir le mercredi avec le conseiller du chef de l’Etat. Mais elle ne semblait plus y croire et me confiait sa lassitude qui s’ajoutait à sa douleur physique toujours très vive. (…) Chantal Sébire nous avait confié qu’elle ne partirait pas en paix, elle ne croyait pas si bien dire » concluait le journaliste. Des médias sherpa de la souffrance Le présentateur a également indiqué que «nous faisant confiance, l’un des enfants de Chantal Sébire a souhaité que je lise un message à l’antenne. Je l’en remercie et le fais bien volontiers». Le président de l’ADMD, Jean-Luc Romero ira même jusqu’à saluer le travail des équipes de Paul Amar «il y a des médias qui font bien leur travail comme vous, Paul Amar, mais d’autres ont entouré sa maison». Un renvoi d’ascenseur notable car «Revu et corrigé» ne s’est, en effet, jamais interrogée sur le rôle de l’ADMD dans ce dossier. Alors que Dominique Lefrançois, l’ex-mari de Chantal Sébire, père de sa fille de 12 ans, avait lui-même mis en cause l’association : «Je n'accepte pas que l'image de notre fille soit utilisée dans le cadre d'une campagne médiatique à l'occasion de laquelle la souffrance d'une femme a été instrumentalisée à des fins politique», menaçant de poursuivre en justice «ceux qui porteraient atteinte à sa vie privée et familiale, ou qui utiliseraient sa douleur d'enfant pour promouvoir l'idéologie d'associations militantes». La question de la communication peut paraître bien dérisoire à côté de la problématique soulevée par le sujet lui-même, mais on le voit par ce témoignage qu’elle ne relève pas pour autant du pur accessoire. A l'ADMD, on se défend de toute tentative d'instrumentalisation : «C'est seulement après qu'elle a décidé de médiatiser son combat que nous lui avons naturellement proposé notre aide» expliquait Jean-Luc Romero. Information confirmée par France 3 Bourgogne, dont la directrice de la rédaction expliquait à Marianne2.fr que c’est le médecin de Chantal Sébire qui avait interpellé la chaine sur le cas de sa patiente. Exemplaire, le positionnement de «Revu et corrigé» dit bien à quel point les mobilisations récentes de malades atteints d’une pathologie grave questionnent les mondes culturels et politiques. Dans son rapport à la mort, le sujet malade bouleverse considérablement les relations avec les «médiateurs» qui s’emparent d’une cause et sortent aussitôt de leur rôle pour se faire les porteurs d’une revendication d’un genre nouveau, en Sherpas de la souffrance, messagers de l’intime, s’interdisant toute analyse critique. Une évolution qui aurait, au moins, mérité un «arrêt sur images». Mercredi 26 Mars 2008 - 00:11
Régis Soubrouillard
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