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ASSOCIATIONS

Paris, capitale des JO de l’indignation

Tibet, Betancourt, Ch’ti, la flamme de l’indignation, plus vigoureuse que jamais, ne semble pas prête de s’éteindre. L’inacceptable est à la mode car il permet des postures avantageuses et occulte les conflits du réel.



A l’inverse de la flamme olympique qui vit des moments difficiles, la flamme de l’indignation ne s’est jamais aussi bien portée. Nous étions tous en 1968 des juifs allemands. Aujourd’hui, nous sommes tous des Tibétains et des ch’tis ! Plus généralement, nous sommes tous des indignés prompts à sauter sur toute nouvelle cause que l’on nous présentera comme l’inacceptable du moment. Ainsi la flamme Olympique est à Paris et les Parisiens n’ont pas manqué d’afficher leur mécontentement sur son parcours. Pourtant, cette indignation «light» ne suffira pas à faire oublier l’allégresse toute financière qui s’était emparée des affairistes sans frontières en 2001 lors de l’attribution des Jeux à Pékin ! Nulle indignation alors, sinon dans quelques associations attentives au sort des dissidents et du Tibet, mais plutôt un discours pré-calibré sur l’ouverture qu’allait forcément connaître l’empire du milieu... Et qui aujourd’hui, interpelle les décideurs sur ce choix de Pékin.

Indignation à géométrie variable
Ingrid. Dimanche, le cortège du bien rassemblait le maire de Paris, Bertrand Delanoë, Carla Bruni-Sarkozy, la ministre de la Justice Rachida Dati, le ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, qui a assuré que «la France n’arrêterait jamais ses efforts», la secrétaire d'Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade : «c'est une course pour la vie et tant qu'elle est en vie, tant que ses enfants sont là à se battre, nous serons toujours à côté», Fadela Amara, Patrick Devedjian, Florence Aubenas, Renaud. C’est le type d’indignation dont les politiques aiment à s’emparer tant le thème est consensuel et en l’occurence moins sulfureux que celui des Jeux Olympiques : à la différence de la Chine, la Colombie n’est pas l’atelier du monde. Preuve que même dans son unanimité l’indignation est à géométrie variable.

« Plus ch’ti que moi tu meurs »
Les Ch’tis enfin. Consensus, nous voilà ! Véritable union sacrée des politiques, sportifs et médias, tous absolument scandalisés par cette banderole qui aura touché les ch’tis au plus profond de leur identité Ch’ti. Une banderole qui n’aurait pas fait couler une goutte d’encre si Sarkozy n’avait pas été présent au Stade de France et si le film de Dany Boon n’avait pas attiré les foules. Côté Ch’tis, la surenchère dans l’indignation a vite sombré dans l’agitation sur le mode «Plus ch’ti que moi tu meurs». Dans les stades, on en a pourtant vu d’autres.

Indigné professionnel
«Indignons nous, indignons nous ! Il en restera toujours quelque chose et cela ne peut pas faire de mal à notre santé mentale» diront les professionnels de l’indignation toujours à l’affut d’une cause qui les rendra visibles.
On imagine aisément Bernard Kouchner et Jack Lang attablés au Flore échangeant sur le mode «Et toi tu t’indignes de quoi cette semaine ?»…Pas sur Gbagbo en tout cas.
Reste que par cette approche toujours plus professionnelle, l’indignation perd peu à peu de sa force et de sa crédibilité pour s’épuiser dans le relativisme de la rhétorique de l'indignation (la banderole Ch’ti serait bien plus inacceptable que la situation au Tibet…) et n’exister qu’en tant que spectacle de l’indignation. Nietzsche le disait plus brutalement : «nul ne ment autant qu’un homme indigné».

PS du 8 avril 10h15 : : Certains internautes nous signalent qu'un article sur le même thème et procédant du même esprit caustique a été publié lundi 7 avril sur le site d'Arrêt sur Images par notre amie Elisabeth Lévy. La coïncidence, qui n'en est pas tout à fait une, la libre circulation des idées (à laquelle j'ai moi-même involontairement contribué en discutant avec les deux impétrants) ayant abouti à convaincre deux journalistes de pilonner le conformisme ambiant de la même façon, est peut-être malheureuse. D'autant que, cerise sur le gâteau, la présence de la même citation de Nietzsche pourrait avoir troublé plus d'un lecteur attentif. Reconnaissons de toute façon la primauté d'Arrêt sur Images sur le sujet. A notre décharge, rappelons que ce genre de proximité éditoriale se retrouve chaque jour dans une bonne vingtaines d'éditoriaux publiés dans la grande presse nationale et régionale. Nous, cela ne nous arrive qu'une fois toutes les années bisssextiles. Ce n'est pas une raison pour ne pas nous excuser. Voilà qui est fait.
Philippe Cohen

Mardi 08 Avril 2008 - 00:10
Régis Soubrouillard
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