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Nicolas Sarkozy maître-espionPar Nicolas Domenach. Le Président entend être le chef des infos. Il ne s'agit pas de TF1 mais du renseignement, la clef de voûte de la défense moderne.
Enfin, la Défense française va être rajeunie, musclée, assouplie, modernisée… Comme en foot, les vieilles troupes, même la cavalerie blindée, sont dépassées. Certes, elles ont fait leurs preuves, elles ont conquis et conquièrent encore sur les champs de bataille – près d’une trentaine actuellement – leurs titres de noblesse. Mais les révolutions du monde impliquaient une redéfinition de nos forces qui ont été professionnalisées sans que leurs missions ne soient repensées. La réforme chiraquienne de la conscription. – la seule réforme que Sarkozy concède à Chirac – exigeait une remise à plat et en perspective de nos armes, que la situation financière rend impossible de différer. Il fallait, urgemment, procéder à des coupes claires et sombres. Et tenter – sans moyens, c’est une gageure – de redonner les moyens de faire face à des ennemis qui ont changé de visage. Les barbares sont partout, et plus seulement à l’Est qui nous obsédait, qui nous aveuglait.
Le budget du renseignement va doubler L’axe du monde n’est plus l’épée, c’est l’information ! Face au terrorisme, face à la prolifération des armes nucléaires et bactériologiques, face aux nouvelles menaces cybernétiques, il est une arme qui devient prioritaire : c’est le renseignement que Nicolas Sarkozy entend rattacher directement à sa présidence. Le chef de l’Etat ne s’occupe pas seulement du sort de PPDA, des autres acteurs du mercato télé et footballistique puisqu’il veut Thuram au PSG, le voilà chef des Infos planétaires, et qui ne lésine pas sur les moyens. Le budget du renseignement va en effet doubler pour atteindre près de 0,8 milliards d’euros, ce qui permettra le financement de satellites espions, de Drones, mais aussi l’embauche et la formation de spécialistes dont nous manquons. Pourtant, nous ne sommes pas complètement nuls : c’est grâce à l’efficacité de nos services de renseignements que Chirac a refusé de laisser entraîner la France dans la guerre en Irak ; le président de l’époque réfutait la présence d’armes de destruction massive et affirmait que les services US nous prenaient «pour des enfants». Il avait raison ! L’espionnage est une condition, la première de l’indépendance et de la puissance. C’est pour cela que Nicolas Sarkozy créé autour de lui une coordination nationale du renseignement, qu’il confiera à l’ambassadeur Bernard Bajolet, en poste à Alger, qu’on décrit comme un «fin arabisant» et une «grande gueule couillue» toujours… Il lui en faudra, de la gueule, c’est-à-dire de l’autorité, avec ou sans poils pour fusionner ces services de l’ombre précédemment rattachés à la Défense ou à l’Intérieur et coordonnés en théorie par Matignon qui va encore voir ses pouvoirs diminuer. Fillon perd ses «grandes oreilles»… Un contact direct avec les hommes de l'ombre Quant à l’ancien ministre de l’Intérieur, il a toujours tout voulu savoir pour tout pouvoir. Ce lien direct établi entre Nicolas Sarkozy et le renseignement est en tout cas une grande première par rapport à ses prédécesseurs qui entretenaient soigneusement le mythe d’une distance salvatrice. Le roi restait immaculé en ne fréquentant pas ces messieurs de l’ombre aux mains sales. Ce sont ses collaborateurs qui se commettaient, qui s’entretenaient avec les espions ; le chef d’état-major ou le secrétaire général, ce sont eux qui s’y collaient. Rarement, très rarement, le président recevait le patron des services, la conversation alors ayant lieu à demi-mot avec moult sous-entendus. Ainsi le chef de l’Etat pouvait-il avancer des démentis plausibles. De Gaulle, attentif par expérience et goût, au travail de l’ombre, affirmait en toute quiétude qu’il ignorait tout de l’affaire Ben Barka. Mitterrand, qui détestait les espions, était capable de prétendre très sérieusement qu’il n’avait pas donné l’ordre de faire sauter le Rainbow Warrior. Là, il n’y aura plus de fusibles. Nicolas Sarkozy trouve ce rattachement direct moins hypocrite. De toute façon, «s’il se produit des dysfonctionnements, on me fera porter le chapeau», affirme-t-il. Les amateurs d’anecdotes se souviendront aussi que son seul «haut fait» (!) de service militaire, qu’il accomplit comme élu planqué à la caserne de Balard avec son ami du Raincy Eric Raoult, son seul «haut fait» donc, pendant ses classes, fut d’avoir gardé 24 heures le pavillon de l’Ayatollah Khomeiny à Neauphle Le Château. Plus tard, Nicolas Sarkozy apprendra qu’il était lui-même gardé par les services secrets qui appréhendaient une attaque de la Savak contre le futur guide de l’Iran. Le jeune biffin n’avait rien vu… Quand il a grandi à l’Intérieur, Nicolas Sarkozy ne cessait de répéter que le renseignement «était la clef de l’indépendance et de l’action». A condition de savoir l’utiliser, qu’il soit humain ou technique. Ce qui reste d’actualité. Et à condition aussi que ces services secrets puissent être démocratiquement contrôlés. Le chef des Armées et du renseignement acceptera-t-il, organisera-t-il, dans ce domaine, la transparence qu’il exige par ailleurs ? L’ombre inévitable supportera-t-elle jamais l’indispensable lumière ? Dans ses Etats-Unis de rêve, ce contrôle existe. Avec les heurs et les malheurs d’ailleurs que l’on sait. Oui, mais c’est loin l’Amérique… L’Europe, encore plus ! La nouvelle politique de Défense choisit l’OTAN, sans plus mettre en avant de contreparties défensives européennes. Le grand chef des Armées et des Infos avait pourtant affirmé qu’il rêvait communautaire… Le rêve est passé. Mardi 17 Juin 2008 - 12:49
Nicolas Domenach
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