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Nicolas Lecaussin, viré pour sarkozysme trop tiède

Où l'on apprend que les Sarkozystes sont des libéraux en peau de lapin. La preuve par la pratique.



Plus sarkozyste que Sarkozy, il y a les Sarkozystes ou ceux qui espérant quelque chose du Président, ne supportent aucune critique contre lui, fût-elle amicale. La mésaventure survenue au jeune Nicolas Lecaussin en témoigne. Nicolas Lecaussin ne figure pas parmi les amis de Marianne. Ce jeune trentenaire libéral pourfend depuis dix ans, à la tête de la revue Société civile, les gaspillages et les excès de l’Etat-providence. Il est un croisé de la démocratie américaine, irradié par ses vertus mais peu loquace sur ses défauts.
Mais ce libéral est suffisamment sincère pour avoir, dans un essai décapant (L’absolutisme efficace, chez Plon), critiqué les dérives absolutistes du régime Sarkozy qui en font, selon lui, l’héritier fidèle du présidentialisme à la française. Lecaussin s’en prend notamment à la commissionnite aigüe du système Sarkozy, épinglant des personnalités comme Hubert Védrine et surtout Jacques Attali qu’il traite de «Frégoli de la pensée économique», rappelant avec délectation toutes les prédictions non réalisées de ce prophète encensé par les pouvoirs et les médias. Lecaussin démonte aussi avec cruauté la gouvernance émotionnelle du Président, qui passe énormément de temps à recevoir des victimes à l’Elysée, comme, par exemple, le 23 août, ce lycéen d’origine angolaise qui a dû entendre des propos racistes de son professeur. Ignorant le principe de séparation des pouvoirs qui fonde la démocratie, le Président lui a promis que son prof serait puni. L’auteur multiplie les exemples de ce type avec un plaisir redoublé de collectionneur que le Président a parfaitement réussi à combler, tant on peine à trouver une cohérence libérale dans sa politique et son comportement. Mais son ouvrage ne sombre jamais dans la critique systématique. Il soutient sans ambiguïté l’action du Président. Sa critique vise simplement à la rendre plus efficace.


Un nouvel exemple du fonctionnement de Cour de la Sarkozye
Nicolas Lecaussin a intérêt à vendre beaucoup d’exemplaires de son livre (et la qualité de l’ouvrage le mérite) : l'opus lui a coûté son emploi. Directeur général de la revue Société civile, il était salarié de l’Institut français de recherche sur l’administration publique. Ce Think thank libéral – un quasi-pléonasme, tant l’immense majorité des Think Thank se veulent libéraux en France – de taille modeste (sept salariés pour un budget de 700 000 €) s’efforce de mener une bataille d’idées et de pratiquer un lobbying en direction du Parlement notamment, en faveur de mesures libérales. Ainsi la loi, adoptée cet été dans le cadre du paquet fiscal, permettant aux contributeurs de l’ISF de déduire 50 000 € pour l’achat d’actions dans une petite entreprise, est-elle une idée de l’IFRAP. Le député libéral Jean-Michel Fourgous figure parmi les parlementaires qui portent les idées de l’IFRAP.
Dans l’esprit du patron de L’institut, Bernard Zimmern, ce succès en appelait d’autres. Voilà pourquoi il n’a pas supporté les passages critiques de Lecaussin contre le fonctionnement de Nicolas Sarkozy. Dans un premier temps, le vieil homme colérique – il a 79 ans – a exigé la mise au pilon de l’ouvrage, quitte à la financer, et sa publication sous une forme «acceptable» pour «un lobbying à la française». Comme l’a raconté le Canard Enchaîné dans son édition du 19 mars, Bernard Zimmern a carrément exigé de l’auteur qu’il supprime notamment les parties sur les relations internationales. Le refus de l’auteur a provoqué son licenciement pour faute lourde (sans indemnité donc), Zimmern considérant que la publication d’un ouvrage critique envers Sarkozy nuirait gravement aux intérêts de l’organisme ! Ironie de l'histoire, Nicolas Lecaussin est victime du même genre d'interdit professionnel que son père, intellectuel et dissident roumain!
La mésaventure de Nicolas Lecaussin est une bonne illustration du fonctionnement de Cour induit par le sarkozysme et que cet auteur a d’ailleurs très bien pointé dans son livre, notant que, par exemple, une nomination comme celle de Bernard Laporte ne vise à rien d’autre qu’à rapprocher le Président du monde des sportifs et des stars. Elle devrait faire méditer l’auteur sur l’utopie libérale : dans le monde réel, l’information n’est jamais aussi transparente que le bon fonctionnement du marché l’exige et les dirigeants libéraux ne sont jamais les derniers à user du fait du prince dénoncé par la théorie. Quant à Bernard Zimmern, il risque un procès dans lequel il aura bien du mal à démontrer qu'un institut professant le libéralisme pratique une censure supposée défendre ses intérêts...


Lundi 31 Mars 2008 - 00:16
Philippe Cohen
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