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PARTIS

NPA : Choc des cultures entre trotskystes et activistes

La dernière université d'été de la LCR rassemble un public bigarré. Les militants trotskystes traditionnels côtoient, parfois non sans difficultés, des nouveaux venus issus du monde associatif ou des mouvements sociaux. Olivier Besancenot s'emploie à faire le lien.



Militants - cc flickr dmonniaux
Militants - cc flickr dmonniaux
Etudiants bloqueurs de facs, activistes de Jeudi Noir et de Génération Précaire, défenseurs de sans papiers, militants associatifs issus des quartiers… Pour la première fois lors d’une université d’été de la LCR, les chaînes dorées et les bermudas côtoient les tee-shirts « Marx Attacks » et « Che Guevara ». Et dans les allées du village de vacances des Carrats, à Port-Leucate (Aude), on parle plus de foot que des icônes du marxisme… « Ils ont encore fait un boucan pas possible hier soir ! Ils rentrent bourrés et font claquer les portes en pleine nuit! », se plaint Mireille, adhérente de la Ligue quinquagénaire qui ne voit pas l’arrivée des adhérents du Nouveau Parti Anticapitaliste d’un très bon œil.

Elle n’est pas la seule à se sentir bousculée par cette nouvelle génération de militants, aussi peu formés politiquement qu’ils sont rétifs à la discipline, fusse-t-elle celle du parti. Cette année, les adhérents du NPA représentent 40% des 1300 participants aux journées d’été de la LCR, qui disparaîtra en janvier prochain au profit de la nouvelle formation. Il ne reste donc plus que six mois aux animateurs du futur parti anticapitaliste pour amortir le choc des cultures qui perdure depuis le lancement du mouvement.

Short rose et peur de la récup
Figure de cette génération de militants qui débarquent en politique par le NPA, Abdel Zahiri, 28 ans. Short rose, tee-shirt siglé « bouge ou crève », il sort de la commission « quartiers ». Le jeune homme a débarqué d’Avignon avec les gars de son association du quartier de La Rocade, à Avignon. Il lui a fallu trois mois avant de rejoindre l’un des 400 comités NPA. « Quand on a grandi en banlieue, on redoute toujours la récupération politique », explique-t-il. Avec Besancenot, le courant passe manifestement très bien. Le postier le prend par le cou avant de lui promettre une revanche au foot. C’est avec les vieux briscards de la LCR que Zahiri a du mal…

« Sur les femmes, la religion, l’économie parallèle, les quartiers, les militants de la Ligue ont des idées toutes faites, un discours très dur. Avec nous, ils sont confrontés à la réalité». Et c’est parfois violent, admet le jeune homme, un chouïa provocateur : « j’ai des mecs avec moi qui disent que les femmes qui sortent sont des putes. Avec beaucoup de temps, de pédagogie, on pourra les convaincre du contraire. Mais pour l’instant, je les canalise : je ne veux pas envoyer des jeunes à l’abattoir face aux féministes professionnelles de la Ligue ».

L’incident qui a éclaté samedi soir entre un copain d’Abdel et une militante féministe témoigne, en effet, de la sensibilité du sujet... « Il y a des points de frictions, mais rien d’indépassable », assure pourtant le jeune avignonnais. La preuve : « Hier, pour la première fois de ma vie, j’ai dit « camarade » ». Ca n’à l’air de rien, mais pour un nouvel adhérent du Nouveau Parti Anticapitaliste, c’est un grand pas. « Il fallait que j’intègre que ça signifiait autre chose qu’URSS, PC… » ironise Abdel.

Un problème de mots ?

Ces quatre jours à Port Leucate ont été l’occasion, pour Olivier Besançenot, de mesurer le fossé qui sépare les « anciens » des « modernes ». Il admet que les jeunes des quartiers et les ouvriers syndicalistes n’ont pas les mêmes préoccupations. Il convient qu’entre les écolos tenants de la décroissance et les militants CGT pro-nucléaire, le débat peut devenir explosif. Mais pour lui comme pour le sociologue Philippe Corcuff, membre de la LCR depuis 1999, les militants d’extrême gauche et du NPA ont en commun de s’être glissés dans les mouvements sociaux des années 90, avec le Dal, Attac, Act Up ou les sans papiers, ce qui leur a forgé une culture commune.

Le point d’achoppement, finalement, ne serait que sémantique : « la terminologie révolutionnaire est inaccessible à beaucoup de militants du NPA, qui sont souvent moins politisés. Certains concepts, comme le Front unique, l’anticapitalisme ou la révolution leur sont étrangers, peuvent leur sembler inquiétants. Il faut faire quelques ajustements de vocabulaire ». Autrement dit, traduire le trotskysme en français, quitte à faire bondir ceux – nombreux à Port Leucate - qui pensent que « la façon dont l’idéologie se construit passe aussi par les mots ».

Une chose est sûre, en tout cas : elle ne passe plus par les livres. Lors de l’assemblée générale du NPA, en juin à Saint-Denis, la librairie à vendu moitié moins d’essais que lors de la réunion de la Ligue, quelques mois plus tôt… Le constat n’inquiète pas vraiment le philosophe Daniel Bensaïd, qui observe que cette année, les ateliers à thématiques historiques ou théoriques ont occupé la part la plus importante du programme des universités d’été. « Les gens demandent à apprendre. La preuve : J’ai rassemblé 120 personnes pour une initiation à la lecture du Capital à l’heure de la sieste ! »

Mardi 26 Août 2008 - 18:16
Stéphanie Marteau
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