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Michel Bon paye - si peu - pour ses bêtises à France TelecomSes investissements ont entrainé 20 milliards de pertes nettes à France Telecom. Résultat : six ans après sa démission, Michel Bon est condamné à une amende de... 10 000 euros !
Le Monde en Orange, par Perla - Flickr - cc -
Longtemps Michel Bon a été un manager modèle pour ses pairs. C’était le temps où le patron de France Telecom découvrait le monde merveilleux d’internet. Sa première erreur a été d’avoir eu raison trop tôt : en 1999, lorsqu’il décide des investissements qui vont durablement plomber France Telecom, on est plus près de l’explosion de la bulle internet, en 2001, que de son véritable essor, qui n'a pris une dimension de masse en France et dans le monde que vers 2005.
La deuxième erreur est plus grave : Bon a cru qu’il pouvait à sa guise manipuler et investir l’argent de son actionnaire, c’est-à-dire vous et moi, puisque l'État était à l'époque très majoritaire dans l'entreprise. Investissant tous azimuts pour racheter, notamment, Orange à un prix de folie, payable en actions France Telecom… à un tarif plancher de 100 euros, Bon a également et contre toute raison multiplié d’autres achats : Mobilcom peu avant son effondrement, Equant, et diverses sociétés de télécommunications et internet dans plusieurs pays. 80 milliards de dette, 20 de pertes ! Quand la bulle internet a éclaté, et que l’action de la société nationale est descendue à 30 euros, la note s’est élevée à 80 milliards d’euros d’endettement, et à 20 milliards de perte nette ! Mais alors qu’Haberer, le patron du Lyonnais a été piétiné rageusement par les médias pour des dégâts bien inférieurs, Bon, lui, s’en est toujours bien tiré : chaque journaliste économique ayant applaudi son audace, n'osait guère revenir sur ses écrits ! A l’époque, et pardon pour cette immodestie, un seul journal avait dénoncé la gabegie prévisible : Marianne, qui, le 11 mars 2002, mettait «L’affaire France Telecom» à la une. A la fin de l’enquête, les deux auteurs - Emmanuel Lévy et votre serviteur - concluaient : «Au passage, précisons que Bon, auteur d'une note de la Fondation Saint-Simon sur la gouvernance d'entreprise, n'a pas cru utile, selon l'un de ses membres, d'informer son conseil d'administration de la clause - comparable - adoptée dans le cadre de l'accord avec MobilCom, et qui plombe aujourd'hui France Telecom de 6 milliards d'euros. La transparence, oui, mais pour les autres !» Or, c’est justement pour cette «négligence» que Michel Bon vient d’être condamné par une juridiction méconnue : la cour de discipline budgétaire et financière (CDBF). Et quelle a été la sanction prononcée par cette aimable juridiction ? Dix mille euros ! Oui, vous avez bien lu, 10 000 euros, ce qui ne doit même pas correspondre à cinq jours de salaires dudit Michel Bon à l’époque ! Dix mille euros d’amendes pour une gestion qui a coûté au moins 20 milliards d’euros à la collectivité, sans parler des dizaines de milliers de salariés de l’entreprise, dûment restructurés après que les géniales intuitions de son patron aient été sèchement infirmées par la chère main invisible du marché qu’il vénérait. Les abonnés n'ont qu'à payer... S’il a été épargné par ses pairs, Michel Bon a-t-il, au moins, été épinglé par les médias ? Ah que non dirait notre Johnny national : la «sanction» contre Bon, qui ne l’empêchera sûrement pas de partir en vacances, a été signalée par de simples «brévettes» par nos trois quotidiens nationaux dits «de qualité» (Le Monde, le Figaro, Libération) qui, pour s’opposer en apparence, n’en restent pas moins d’accord sur l’essentiel : refuser de constater, même une fois dans leur histoire, qu’ils se sont trompés, et lourdement en l’occurrence. Nous n’aurons pas la cruauté d’exhumer les nombreux portraits louangeurs de Michel Bon dressés à une certaine époque, et qui suivaient de près ceux troussés pour un certain Jean-Marie Messier. Tous ces grands esprits libéraux, si prompts à dénoncer la gabegie de l'État, sont frappés d'hébétude. Le fameux publiciste du Point Jacques Marseille doit être en vacances... Bref, il ne reste plus qu’aux abonnés d’Orange de continuer à payer, par leurs factures mensuelles, les rêves éveillés qu’imposait ce génie des Telecom aux membres de son Conseil d’administration, qu’il jugeait d’ailleurs trop imbéciles pour leur soumettre ses projets… Mardi 29 Juillet 2008 - 00:01
Philippe Cohen
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