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Meetings PS : des images sous contrôle ?Quand les partis politiques fournissent aux télévisions certaines images de leur candidat, les dents des journalistes grincent. En suivant le modèle de l’UMP, le PS a pris le pli lors du congrès d’investiture de Ségolène Royal. Les directions des chaînes font la moue, mais laissent faire. Maintenant, la boite de pandore est ouverte.
On parle souvent du suivisme des médias. Mais pas forcément de celui des partis politiques. Pourtant, le Parti socialiste suit les pratiques de l’UMP. Comment ? En limitant l’accès des caméras de télévision en meeting. C’était le 26 novembre dernier, lors du congrès d’investiture de Ségolène Royal, à la Mutualité.
Les grandes chaînes hertziennes étaient admises dans la salle. Mais leurs caméras étaient reléguées au fond, pour un plan face tribune, et sur les côtés. Seule une caméra pouvait filmer de près Ségolène Royal pour son arrivée. Mais pas une caméra de journaliste. Car le PS avait confié le soin de mettre en image (en scène ?) les plans rapprochés de la candidate à une société d’audiovisuel, Auvitec. Pour la caméra filmant la foule depuis la tribune, même chose : exclusivité pour Auvitec. En échange, le PS proposait aux chaînes de télévision de reprendre ces images gratuitement. De son côté, La Chaîne parlementaire (LCP) – qui avait diffusé les trois débats du PS – assurait la retransmission en direct et la mise à disposition d’images pour les médias étrangers. Les mêmes plans pour tout le monde, c’est plus simple ! Un moyen de mieux contrôler l’image aussi ? Spectacle garanti Pour certains journalistes, la pilule passe mal. Question d’indépendance. « Ça a fait l’objet d’un débat avec la direction de l’information dans une réunion de délégués syndicaux, explique Alain Vernon, délégué CGT à la rédaction de France 2. Notre position est qu’il faut refuser systématiquement ce genre de chose. Lors du reportage, le commentaire soulignait que ces images étaient fournies par le PS. Mais cela fait jurisprudence et c’est entrer dans un engrenage qui n’est pas bon à long terme. » Au Parti socialiste, on justifie ce choix pour une question de sécurité et de place. La salle de la Mutualité, pleine, n’aurait pas pu permettre la multiplication des caméras. « C’est du bon sens » explique-t-on. Des justifications comparables à celles de l’UMP. Le parti de Nicolas Sarkozy a été le premier à faire usage du monopole de la prise d’image pour les arrivées du ministre-candidat lors de ses meetings. Et là, on sort les grands moyens, genre cinéma : une polcam, caméra fixée au bout d’un bras mobile, qui permet des plans tout en hauteur et profondeur. Spectacle garanti ! Le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier justifie donc, lui aussi, tout ce dispositif par la place et la sécurité : « On est passé de trois ou quatre caméras à une vingtaine aujourd’hui. Il y a des risques de bousculade. On est obligé de produire de l’image (via la société ETC ndlr) car on a une demande importante, ainsi que pour pouvoir diffuser sur grands écrans pendant le meeting et permettre une retransmission sur Internet. Après, les télévisions peuvent les utiliser si elles le souhaitent. » Alain Vernon ne voit pas les choses de la même manière : « Le problème n’est pas tant ce que ces boites proposent comme image, mais ce qu’elle ne proposent pas. Par exemple, avec l’UMP, si on ne voit que le devant de la salle qui se lève à l’arrivée de Sarkozy, c’est sûr qu’ils ne vont pas montrer la partie de la salle qui ne se lève pas. » Désaccord au PS ? Auvitec ne travaillait pas avec le PS pour la première fois. Au contraire. Ils avaient déjà produit les images diffusées sur écrans géants lors du congrès du Mans, en 2005, comme pour les précédents congrès. Auvitec en charge de la technique, une autre société, Com’une image, chapotait l’ensemble. Mais depuis peu, elle a été détrônée par EMA. Cette « boite de production » est basée à Dijon, la ville dont le maire n’est autre que François Rebsamen, co-directeur de campagne pour la candidate PS. Pour le Parti socialiste, l’épisode de la Mutualité était une première. Mais au siège du parti on explique que l’opération pourra se répéter, « au cas par cas », en fonction de l’organisation de la campagne et de la taille des salles. Patrick Menucci, l’un des directeur adjoints de campagne de Ségolène Royal explique en revanche qu’« il n’y a pas de décision prise à ce sujet. » Et pour la Mutualité ? « C’est une décision du Parti socialiste. » L’union des équipes du PS et de Royal n’est semble-il pas encore totalement réalisée. Mais pour le moment, comme le souligne Alain Vernon, « si on commence à accepter ce diktat des partis, l’indépendance des journalistes sera battue en brèche. » Vendredi 08 Décembre 2006 - 16:45
François Vignal
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Tags :
auvitec, ema, etc, franck louvrier, meeting, patrick menucci, ps, royal, sarkozy, télévision, ump
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