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Ma semaine allemande: les fragilités de l'Internationale atlantisteRetrouvez chaque semaine la chronique d'Édouard Husson, historien de l'Allemagne contemporaine.Vendredi 29 août 2008
Edouard Husson - ©Mathieu Génon
Sur un site internet qui se réclame de la tradition de la gauche antifasciste des années 1960/1970 (www.scharf-links.de, Kai Ehlers propose une analyse très équilibrée de la politique russe, soulignant la convergence entre le chef d'Etat en retraite Gorbatchev et le gouvernement russe durant la crise géorgienne. Il rappelle que la politique russe poursuit désormais deux objectifs: avènement d'un monde multipolaire; substitution, en Eurasie, du multilatéralisme à la militarisation américaine des relations internationales.
Gorbatchev avait fait confiance à l'OTAN, qui a rompu sa parole, de ne pas étendre l'alliance au-delà de la frontière allemande; Eltsine a essayé de limiter la poussée atlantiste vers l'Est en entrant dans un partenariat OTAN-Russie; la guerre du Kosovo ayant montré l'attitude réelle des Occidentaux, Poutine s'est rapproché de la Chine, puis de l'Inde; il a fait émerger le BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine); comme Gorbatchev et Eltsine avant lui, il a d'abord subi, au lendemain du 11 septembre, une poussée américaine en Eurasie, attendant son heure pour réaffirmer les intérêts de la Russie, ceux-ci étant inséparables d'une diplomatie active en Asie ainsi qu'au Proche- et Moyen-Orient. Selon Kai Ehlers, la dénonciation, par Poutine, de la militarisation des relations internationales par les Etats-Unis, lors de la Conférence sur la Sécurité de Munich de février 2007 (www.mid.ru 10.2.07), a été un véritable choc pour les Américains et pourrait être l'une des causes des encouragements à la Géorgie ces derniers mois. L'auteur conseille de relire le discours prononcé par Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russes le 12 février 2008 à Genève, dans le cadre de la Conférence Gunnar Myrdal (www.mid.ru, 12.2.08), vigoureux plaidoyer pour un monde multipolaire et désarmé en même temps que réaffirmation tranquille des intérêts russes, maintenant que le pays a les moyens de les faire entendre. www.scharf-links.de rappelle aussi que la pauvreté augmente en Allemagne. Pour un chiffre de 12% de la population vivant en-dessous du seuil de pauvreté en 1998, on atteint 18% en 2005. Le différentiel entre l'Allemagne de l'Ouest et l'ancienne RDA est frappant: à l'ouest, on est passé de 11 à 17%; à l'est de 15 à 22% (et même 26% en 2007). Les 10% les plus riches possèdent 56% de la richesse du pays; les 50% les moins riches seulement 2%. Le nombre de familles ayant des enfants que l’on peut classer comme pauvres est passé en dix ans de 10 à 20%. On sait que les gouvernements allemands successifs, depuis une quinzaine d'années se sont beaucoup plus systématiquement coulés dans la logique de la mondialisation que les gouvernements francais des mêmes années; il y a eu peu de filets mis en place pour les victimes des délocalisations. Résultat, l'Allemagne a le plus fort taux (14%) de chômeurs de l'OCDE dans la catégorie des peu ou non qualifiés. Or la part de la population sans diplôme ou qualification de fins d'études augmente en même temps que la pauvreté: ils sont 16% en 2007, en augmentation constante depuis dix ans. Lundi 1er septembre 2008
Madame Merkel n’aimait pas Sakachvili, qui avait traité avec beaucoup de désinvolture des juristes allemands contribuant à la construction d’un système juridique moderne en Géorgie. Mais lorsqu’elle s’est retrouvée, à la mi-août, face au président russe, sa russophobie s’est réveillée. Peut-être la déception de voir le « libéral » Medvedev défendre le même point de vue que Vladimir Poutine jouait-il un rôle.
Mais chez le chancelier, il y a une russophobie fondamentale, que certains diront de dimensions psychanalytique : Angela aurait grandi en République Fédérale d’Allemagne si son père n’avait pas décidé, en 1953, de quitter Hambourg pour aller s’installer en RDA. Madame Merkel voit encore aujourd’hui dans la Russie la puissance soviétique qui imposait son joug à l’Est de l’Allemagne où elle n’avait pas choisi de vivre. Toute à sa colère contre Medvedev, le chancelier a soudain trouvé Sakachvili sympathique ; lorsqu’elle a expliqué à Tbilissi que la Géorgie serait un jour dans l’OTAN, elle ne pensait qu’à atteindre cette Russie qu’elle déteste. Pendant une semaine environ, Madame Merkel a essayé d'imposer un cours anti-russe mais elle n'y est pas arrivée et la montée en puissance de Franz Steinmeier, ancien chef de cabinet de Gerhard Schröder, actuel ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier, ces derniers jours, à la veille de la réunion de l’Union européenne aujourd’hui, pour annoncer une désescalade de la rhétorique vis-à-vis de Moscou, semble indiquer que Madame Merkel a dû, une nouvelle fois depuis son arrivée à la chancellerie, mettre dans sa poche le drapeau de l’Internationale atlantiste. Non seulement les entreprises allemandes refuseraient une russophobie peu propice à leurs affaires mais une majorité russophile se dégage progressivement dans les milieux dirigeants allemands. Elle est timide mais: 1. Les Américains ont été trop visiblement derrière l'opération géorgienne et ils brouillent l’image de protecteur de la paix que les Allemands leur ont longtemps attribuée. C’est un phénomène que l’on observait déjà en 2002-2003, en moins développé. Bush aura contribué à détacher les Allemands de leur puissance tutélaire. En plus, on a peur, exactement comme en 2003, d’un renforcement de l’instabilité économique dans le monde dans le cas d’un conflit majeur. 2. En Russie et en Asie centrale, Allemands et Américains sont rivaux économiques. Etre du côté russe ou, en tout cas, ne pas être du côté américain, aidera à conquérir des marchés. 3. Pour des raisons historiques, les dirigeants politiques allemands ne veulent pas d'affrontement avec la Russie. Deux guerres mondiales, deux guerres contre la Russie, deux destructions de l’Allemagne. Les plus conservateurs se disent qu’il faut avoir une politique bismarckienne, d’entente avec la Russie ; le SPD se réfère à Willy Brandt. Tous, sauf une minorité idéologisée sur le modèle de Madame Merkel, se voient comme intermédiaires entre la Russie et l'Occident. Monsieur Steinmeier et ses collaborateurs ont travaillé d’arrache-pied à une position commune de l'UE, dont nous verrons le résultat ce soir. Mardi 2 septembre 2008
Il n’y avait donc effectivement aucun suspense. L’Union européenne a enrobé une attitude de fait favorable à Moscou dans des rodomontades post-atlantistes. Le vieux Marché Commun des Six a pesé plus lourd que la Grande-Bretagne et les anciens pays du bloc de l’Est pour emporter la décision.
Il reste à expliquer que Sarkozy ait quitté l’Internationale atlantiste, de fait. Un sens des rapports de force qui l’amène à voir les glissements de puissance aujourd’hui dans le monde ? La conscience que les troupes françaises enlisées en Afghanistan auront peut-être besoin d’une aide russe, un jour, pour procéder à une évacuation réussie ? Le désir d’être présent sur les marchés énergétiques de l’Eurasie ? La peur d’une aggravation de la crise monétaire, financière et économique actuelle ? La peur d’une guerre contre l’Iran, dont la Géorgie aurait été l’une des bases logistiques ? La vanité personnelle (le « plan Sarkozy-Medvedev ») ? Avant de comprendre les motifs, constatons que la France et l’Allemagne, alors même que leurs gouvernants respectifs étaient ou restent bien plus atlantistes que leurs prédécesseurs immédiats, se retrouvent dans la situation de 2002/2003, d’opposition (quelque peu timorée) à la politique américaine. Mais cette fois, alors que nous n’avons plus à disposition la fougue rhétorique de Dominique de Villepin ni celle de Gerhard Schröder, les parties les plus atlantistes de l’Europe ont eu le dessous. Mercredi 3 septembre 2008
Personne n'en parle mais le pape prépare un voyage en Russie. Et le Vatican pèse sur la politique allemande. L’attitude de l’Italie, engagée fortement dans la recherche d’une « solution diplomatique » est un autre signe qui ne trompe pas. Le voyage de Benoît XVI en Russie se prépare depuis l’élection du successeur de Jean-Paul II. Le pape bavarois, le patriarche Alexis et Vladimir Poutine correspondent en allemand !
Jeudi 4 septembre 2008
Le service scientifique du Bundestag publie un document sur la question des réserves d’or de la Bundesbank. Après avoir rappelé les ventes d’or dans les années 2000 (50 tonnes environ) ainsi que les diverses propositions faites par les partis politiques (CDU, FDP, SPD) pour utiliser le produit de la vente : monter des fondations ou combler le déficit des finances publiques, le document indique un net infléchissement de l’attitude de la Bundesbank avec l’arrivée d’Axel Weber à sa tête au milieu de la décennie.
L’accent est à nouveau mis sur l’indépendance de la Bundesbank (refus de renflouer les caisses de l’Etat). Surtout, le document témoigne de plaidoyers toujours plus nombreux pour garder les réserves intactes en cas de coup dur (guerre, inflation, montée des prix de l’énergie, effondrement du dollar). Ce document n’a certainement pas été publié par hasard. Et comme, depuis vingt ans, le monde marche sur la tête, c’est sur le site d’un député de Die Linke (www.axeltroost.de que j’en ai pris connaissance (tandis que les libéraux du FDP sont parmi les plus virulents partisans de ventes d’or au nom de la rigueur budgétaire, bien loin de John Locke et de ses Considérations sur la monnaie de 1691). Samedi 06 Septembre 2008 - 10:24
Édouard Husson
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