|
||||||||||
|
Les infirmières contestent la création d'un Ordre professionnelFruit du lobby des infirmiers libéraux, ce nouvel ordre professionnel inquiète les syndicats : complexité administrative, mise au pas de la profession... et surtout une cotisation obligatoire que les kinés, au pouvoir d'achat écorné, ont refusé pour leur propre structure.
« On a fait courir la rumeur que la cotisation serait de 40€ par mois ! », raconte Jean-Jacques Scharff, du groupe Sainte-Anne. Cet organisme, regroupant 46 associations d'infirmiers libéraux, voit émerger dans la suspicion l'ordre professionnel pour lequel il a milité plus de trois ans. Adopté en 2006, sur proposition de la député de Haute-Saône Maryvonne Briot, le texte institue pour tous les personnels infirmiers (qu'ils exercent dans le public, le privé ou en libéral) une instance jouant le rôle de gardien de la profession au niveau déontologique et d'interlocuteur du gouvernement sur les questions de santé publique.
Une instance contre laquelle s'érigent la plupart des syndicats de l'assistance publique alors qu'elle a connu ses premières élections internes en avril dernier : «Tout ce dont cet ordre devra s'occuper est déjà pris en charge par d'autres structures ! s'exaspère Marie-Christine, délégué Sud à l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (APHP). Le seul intérêt pour l'Etat, c'est d'évacuer les syndicats des négociations, d'arracher la formation continue du public pour l'offrir au privé et de mettre la profession au pas ! » Une organisation que le socialiste Jean-Marie Le Guen, farouche opposant de Maryvonne Briot sur cette proposition, avait comparé à l'Assemblée à de « de véritables tuyaux d’orgues aussi structurés qu’inadaptés. »
Le précédent de l'Ordre des kinés
Le détail du texte spécifie cependant bien que l'Ordre infirmier n'a pas vocation à être l'interlocuteur du gouvernement sur les questions de statuts. «Les syndicats et l'Ordre seront complémentaires sur la négociation, comme l'Ordre sera complémentaire de la Hauté autorité de santé sur les questions de déontologie, se défend le porte-parole du Groupe Sainte-Anne. Les syndicats confédéraux se lancent dans un faux débat alors que cette structure va combler un vide : au moment des discussions sur les soins palliatifs, le gouvernement n'avait pas de représentant des infirmiers alors que ce sont ceux qui sont le plus proches des patients concernés. Est-ce que c'est normal ?» Mais le fond de l'inquiétude se révèle vite dans le discours des infirmières syndiquées : le précédent de la mise en place de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes en 2007 a marqué les esprits. «Du jour au lendemain, le gouvernement nous a mis devant le fait accompli : nous devions payer pour exercer notre métier ! Raconte Pierre, kiné de l'APHP. Tout existait déjà pour remplir les fonctions de l'Ordre et en plus on devait payer 300€ par an pour le faire fonctionner : une intersyndicale s'est montée pour la non-obligation d'affiliation mais on nous a opposé une fin de non-recevoir »
La ponction de trop sur le pouvoir d'achat
Depuis, les kinés sont passés aux choses sérieuses : refus d'accueil des stagiaires et boycott des jurys de diplôme. Face à la manifestation des étudiants, le ministère a préféré réformer le diplôme d'Etat que de céder aux revendications des professionnels qui ne démordent pas de leur «guerre d'usure». La prochaine étape sera une manifestation le mardi 27 mai pour se plaindre, notamment, des poursuites pour exercice illégal intentées par les responsables de l'Ordre contre des kinés réfractaires. Le rabais à 130€ de la cotisation annuelle n'a pas calmé les esprits : «on nous a dit que c'était exceptionnel et que l'Ordre fixerait lui-même ses cotisations futures», explique Pierre. Or le train de vie de l'organisme laisse présager du pire : siège dans un luxueux immeuble haussmannien du VIIè arrondissement de Paris, congrès au Canada, défraiment de 500€ la journée par intervenant... Avec un salaire net de départ de 1300€, primes comprises, et seulement 0,8% d'augmentation pour 2008 sur la grille du secteur public, les 130€ de cotisation pèsent lourd.
Chez Bachelot, « on s'en serait bien passé ! »
Rangées à la même enseignes pour les salaires, les infirmières ont un peu de mal à croire les promesses de Roselyne Bachelot de garder sous la barre des 30€ par an la cotisation à l'Ordre. Certains assurent que la ristourne vise précisément à éviter la levée de bouclier des professionnels de santé. La position officielle reste cependant ferme : « la loi a été votée en 2006 et nous ne faisons que l'appliquer, » répète-t-on au cabinet de la ministre. Mais derrière le discours transparait une certaine inquiétude de voir les relations avec les syndicats, plutôt cordiales, se dégrader à cause de cette loi votée sous Xavier Bertrand. « Franchement, on s'en serait bien passé de cet ordre infirmier ! », soupire-t-on dans l'entourage de la ministre. La mise en place de l'Ordre infirmier se fait malgré tout dans une discrétion médiatique qui est loin de faciliter le travail de mobilisation des syndicats : « le problème des conditions de travail et des rémunérations sont déjà tellement lourd que l'on a du mal à motiver les collègues sur une histoire d'ordre professionnel, explique une délégué CGT de l'APHP. Avec la réquisition, on a beaucoup de mal à organiser des manifs, alors on privilégie la résistance passive, comme aux élections de l'ordre. » Les 13,74% de participation aux élections départementales du 9 au 24 avril n'ont cependant pas fait le bruit espéré. La CGT et Sud espèrent trouver un second souffle pour faire entendre leur voix en s'associant à leurs collègues kinés qu'ils rejoindront le 27 mai. « Si ça continue, autour du bloc, on aura un ordre pour chaque profession : médecin, infirmier, paramédical, anesthésie, etc., s'inquiète Marie-Christine. On ne peut pas laisser l'Etat diviser les personnels hospitaliers. » Nul doute qu'avec le pouvoir d'achat, l'union des métiers de la santé est assurée. Lundi 26 Mai 2008 - 00:04
Sylvain Lapoix
Lu 11850 fois
Vos réactions
Dans la même rubrique
|1| >> |
|||||||||
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72
|
||||||||||












