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Les accords majeurs de Daniel Barenboïm
Depuis un an, le pianiste et chef d'orchestre israélien Daniel Barenboïm n'avait pas vu son «Divan». Son «Divan»? Oui, le West-Eastern Divan Orchestra, fondé en 1999 avec son ami l'intellectuel américano-palestinien Edward Saïd, décédé en 2003. Au début du mois de juillet, c'est à Marseille que le maestro a retrouvé cet orchestre semblable à nul autre, composé de 120 jeunes instrumentistes israéliens, arabes et espagnols, dont le cadet est un violoniste israélo-palestinien de 12 ans!
En temps normal, le «Divan» se réunit en période estivale à Séville, un point de rendez-vous qui ne doit rien au hasard, puisque l'Andalousie ajustement offert l'asile à l'orchestre en raison de son héritage judéo-musulman et chrétien. Pour ces retrouvailles marseillaises, prélude à un grand concert Salle Pleyel fin août Le «Divan» n'est pas qu'une affaire de famille... «D'un point de vue humain, je crois qu'avec cet orchestre s'est établi un modèle de société», explique Barenboïm. Un modèle de société «où l'on n'est pas nécessairement d'accord les uns avec les autres, mais où l'on a appris à avoir la curiosité d'écouter l'autre et à accepter peut-être même la légitimité de son point de vue». Sur le plan musical, il n'a rien à envier à aucune autre formation, tranche celui qui, à 65 ans, cumule les casquettes de directeur du Staatsoper de Berlin et de chef invité à la Scala de Milan. «En 1999, 80 à 85% des musiciens entendaient pour la première fois un orchestre. L'an dernier, au festival de Salzbourg, nous avons joué une des oeuvres les plus difficiles du répertoire, les Variations pour orchestre op. 31 de Schönberg!» Une démarche musicale Evidemment, cette colombe ne se fait pas que des amis. Les fanatiques des deux camps poursuivent de leur rancoeur cette initiative audacieuse. Et, comme Barenboïm le concède lui-même, le «Divan» ne fait pas l'unanimité au Moyen-Orient, notamment depuis un mémorable concert à Ramallah, arraché de haute lutte en août 2005 au terme d'âpres délibérations au sein de l'orchestre. «Si, en Europe, le «Divan» est devenu un mythe, explique Barenboïm, en Israël et en Palestine, les avis sont partagés. La grande majorité des Palestiniens ont trouvé extraordinaire que des Israéliens aient eu le courage de se rendre à Ramallah. Mais d'autres m'ont dit ne pas pouvoir regarder et écouter des Israéliens jouer avec des Palestiniens, au moment même où des chars et des soldats de Tsahal patrouillent aux abords de la ville.» Une vision que le maestro rejette énergiquement: «J'ai essayé de leur expliquer que le «Divan» n'était pas un projet politique, visant à faire oublier tout cela, ni un projet pour le statu quo.» Pour Barenboïm, qui poursuit vaillamment l'aventure du «Divan» depuis le décès d'Edward Saïd, sa visée n'est pas politique, mais strictement musicale et humaine. «Il aurait été bien plus démagogique de faire jouer au «Divan» un programme de compositeurs syriens et israéliens. Mais notre pari a consisté, au contraire, à nous attaquer à un répertoire classique européen - qui va jusqu'à Boulez - dans lequel chaque musicien peut puiser pour apprendre quelque chose d'utile pour son développement.» Une expérience unique, donc, que ce «Divan»? Sans doute, mais surtout une expérience initiatique, dont le principal intéressé ne sort pas indemne. Né en 1942 à Buenos Aires de parents juifs russes, Barenboïm a réussi à devenir, en janvier dernier, le premier citoyen à double passeport israélien et palestinien. Rien n'arrête plus cet universaliste inspiré. Samedi 16 Août 2008 - 00:00
Anne DASTAKIAN
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