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Le tour du monde des enfers fiscauxLes marronniers de l'étéC'est dans les vieux Marianne qu'on trouve les meilleurs déconnautes. Ainsi de cette série parodique parue en 2001 consacrée aux «marronniers», ces sujets qui refleurissent régulièrement à la une des magazines. Deuxième épisode : pourquoi chercher le paradis quand l'enfer fiscal est ici ? A l'inverse de nos confrères qui se vantent de lister les paradis fiscaux de la planète, nous vous invitons à découvrir les pays où l'on paie le plus d'impôts.
Si tous les percepteurs du monde voulaient se donner la main…(photo Dayjee Soon-Flickr)
Pour tous nos lecteurs qui sont de bons citoyens, conscients de leurs devoirs fiscaux envers la collectivité nationale, fiers de voir leurs impôts servir la grandeur publique, l'amélioration de la vie de tous et la solidarité entre compatriotes, voici un guide précieux des pays où ils seraient heureux de devenir contribuables. Leurs atouts sont des taux d'imposition élevés; une surveillance tatillonne; une absence de secret bancaire; et une répression sévère des «oublis» du contribuable. Et encore, il ne s'agit là que de la fiscalité officielle. Dans un grand nombre de pays du tiers-monde, on a la chance de pouvoir payer les «impôts officieux» que prélèvent ministres et douaniers de base, sous forme de pots-de-vin et de commissions occultes…
La France en impose vraiment beaucoup L'OCDE, qui passe chaque année au crible les niveaux d'imposition des 29 Etats membres, a établi un classement de la pression fiscale sur les contribuables, mesurant l'écart entre le coût de la main-d'oeuvre et le revenu net des salariés. Un grand coup de chapeau aux Belges (pour un revenu annuel de 227167 F, un couple marié avec deux enfants est imposé à 67,3%), aux Allemands (61,6%) et aux Australiens (61,5%). En revanche, la Corée (20,7%), la Nouvelle-Zélande (21%) et le Japon (26,2%) doivent faire un effort. La France est bien placée, comme le prouve le fait que 86% des contribuables jugent leur niveau d'imposition «excessif» ou «insupportable». Avec un taux de cotisations sociales de 18,6% et un taux maximal d'imposition de 54%, nous ridiculisons les Britanniques, crédités seulement de 6,1% et de 40% respectivement. Nos percepteurs sont également parmi les mieux armés pour réprimer la fraude fiscale: pénalité de 80% de l'impôt non payé, intérêts de retard de 0,75% par mois, sans oublier les sanctions pénales (250 000 F et cinq ans d'emprisonnement) et les sanctions complémentaires (privation des droits civiques, par exemple). Ce qui ne les empêche pas de faire preuve, parfois, de mansuétude: l'animateur de télévision Guillaume Durand, qui avait «oublié» de déclarer ses revenus en 1995 et en 1996, a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et 100 000 F d'amende, grâce à une «application modérée de la loi». «La France, se réjouit un avocat fiscaliste parisien, offre une pression élevée, surtout sur les hauts revenus, pas de secret bancaire et des agents du fisc invasifs et tatillons.» Même la Suisse a ses petites niches infernales L'union européenne n'a pas réussi à harmoniser les différentes fiscalités. Un couple marié avec deux enfants et 227 167 F de revenus annuels sera imposé à 8,5% au Luxembourg et à 13,9% en Autriche, mais à 38,8% au Danemark et à 30,3% aux Pays-Bas. Pour ce qui est des bénéfices des sociétés, la palette va du franchement dérisoire (10% en Irlande) au presque parfait (42,2% en Belgique). Vous venez de toucher le gros lot grâce à vos dividendes ? Là aussi, la France caracole en tête du peloton européen avec 66,1%, alors que le Luxembourg se traîne lamentablement à 31,2%. Même la Suisse, pays pourtant décrié pour sa fiscalité anémique, recèle quelques microclimats rassurants: ainsi, pour un revenu annuel de l'ordre de 650 000 FF, un habitant du canton de Zoug sera imposé à 6,73%, alors qu'un compatriote vivant à Genève atteint le taux nettement plus respectable de 15,63%. Une seule solution : l'impôt révolutionnaire Quant à la «fiscalité officieuse», rassurez-vous, elle existe bel et bien en Europe. Ainsi, si vous avez la chance d'être homme d'affaires au Pays basque, attendez-vous à payer un «impôt révolutionnaire» à l'ETA: en général, après s'être renseignée sur votre chiffre d'affaires, l'organisation séparatiste vous en réclamera 10%, mais, bien sûr, vous êtes libre de vous montrer encore plus généreux. On estime d'ailleurs le total annuel perçu par l'ETA à 40 millions de francs, de quoi rendre envieux bien des ministères des Finances... En Afrique, dit la sagesse populaire, il faut être blanc ou libanais pour payer des impôts officiels. Ne vous désolez pas trop vite: presque tout le monde est victime de la corruption, dont l'exemple suprême est le port de Cotonou, au Bénin. Enfin, un autre pays de cocagne pour ceux qui aiment payer des impôts est Israël: une pression fiscale robuste (de l'ordre de 50% des revenus) prélevée à la source, ce qui rend vaines toute tentative de sous-déclaration, et des impôts indirects conséquents, notamment sur les biens importés. «Pour devenir millionnaire en Israël, dit un vieux dicton populaire, il faut être arrivé milliardaire.» C'est drôle... et c'est vrai. Pour retrouver les précédents marronniers de l'été, cliquez ici Jeudi 17 Juillet 2008 - 07:49
Philippe Chatenay
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