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Le nouveau défi chinois : la croissance pour tousPar Alain Léauthier et Luc Richard, envoyés spéciaux de Marianne à Pékin. Les Chinois ne réclament pas la démocratie, mais un plus grand partage des richesses. Et sur ce point, nous sommes mal placés pour leur faire la leçon.
C’est fait et bien fait. Devant quatre milliards de terriens réunis par la magie du « village planétaire », la Chine a réussi vendredi un quasi sans faute lors de sa cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Pas le moindre dérapage, pas la plus petite anicroche, jusqu’à l’absence de pluie, redoutée pourtant jusqu’au dernier moment. Ce détail météorologique mis à part, personne ne doutait vraiment qu’il puisse en aller autrement au regard de la débauche de moyens financiers, humains, technologiques et sécuritaires mis au service d’une seule ambition : transformer un événement sportif et commercial en manifeste politique: il faut désormais compter avec la Chine. Les puissances occidentales le savent depuis déjà longtemps qui tentent tout à la fois de trouver ou de consolider leur part sur l’énorme marché chinois tout en subissant l’agressivité économique d’un partenaire qui n’entend pas se laisser corseter par des règles et règlements internationaux auxquels il prétend ne pas avoir été associé. Cette intransigeance ne se manifeste pas seulement dans le domaine de l’économie mais aussi bien sûr sur le terrain des « valeurs universelles ». La farce de l’ouverture politique accompagnant les Jeux, vendue dans le package du CIO et de ses sponsors, n’aura guère tenu le choc face à la réalité. A l’image de Singapour, même si le contexte historique et la dimension des pays concernés sont très différents, la Chine est en passe d’imposer dans cette partie du monde un modèle alliant les bénéfices matériels de la mondialisation libérale tout en s’abstenant d’adopter les contraintes de la « démocratie » formelle.
Des cités chinoises plus reluisantes que les cités françaises Et c’est un camouflet cinglant pour tous les apôtres béats de la mondialisation jurant que le capitalisme moderne se révélerait finalement plus à même de réaliser l’utopie que le communisme a transformée en cauchemar. A l’évidence, les lignes de fracture sont désormais légèrement plus complexes. A la marge près, les Chinois, quand ils revendiquent, ne réclament pas la « démocratie » mais une répartition « élargie » des richesses dont ils mesurent chaque jour l’accroissement dans leurs villes et mêmes dans leurs campagnes. Voilà des années que la Chine affiche la plus forte croissance mondiale et nier ou taire l’amélioration de la situation de dizaines de millions d’urbains mais aussi de paysans n’aide guère à mieux comprendre les forces et les faiblesses de son système. Qui a eu l’occasion de se promener dans les immenses et lointaines banlieues de Pékin sait qu’en comparaison les cités de la périphérie parisienne semblent être celles d’un pays du tiers-monde ravagé par une apparente guerre civile. C’est d’ailleurs, quand ils se « lâchent », ce que certains Chinois ayant voyagé dans l’hexagone font remarquer à leurs honorables interlocuteurs… On pourra toujours objecter que comparaison n’est pas raison et leur rappeler l’état épouvantable, horrifique de milliers d’ensembles immobiliers totalement abandonnés, dans le Henan, par exemple. Reste que certaines réussites, incontestables bien que discutables, exigent plus que des slogans rapides et des analyses rageuses. Exsangue et affamée au lendemain de la Révolution culturelle, la Chine s’est relevée en moins d’un demi-siècle. Et actuellement il est bien difficile pour ne pas dire absurde d’essayer de convaincre une majorité de Chinois que le prix à payer en termes d’environnement, d’inégalités, de corruption galopante des élites ou d’absence de liberté, n’en vaut pas la chandelle. Pour autant l’avenir de la classe dirigeante chinoise ( et on utilise le mot dans son acception marxiste) ne sera pas forcément un long fleuve tranquille. La nouvelle Chine, on ne cesse de le répéter, a aussi ses nouveaux damnés de la terre qui sont éventuellement les mêmes qu’autrefois : « mingongs », paysans pauvres ou chassés des terres, travailleurs précaires et surexploités, etc, etc. Tous ont largement contribué et constituent le socle même du décollage chinois. Pas de croissance à deux chiffres sans des mines qui tournent à surrégime et engloutissent 20 000 mineurs par an dans leurs entrailles. Dans ces conditions, parler de laissés pour compte du mieux être n’a même pas de sens puisque leur malheur est le fondement même de l’expansion économique. Le plus grand défi pour le PCC est désormais de les associer à la croissance sans pour autant tuer celle-ci. Terrible et, certains disent, mortelle contradiction. Une partie de l’appareil, motivée autant par des convictions sociales que le principe de précaution, entend s’attaquer rapidement au problème. Et espère ainsi éviter l’implosion redoutée et peut-être un peu hâtivement annoncée par les plus pessimistes analystes du boom chinois. Pour mener à bien cette tâche, les caciques du PCC restent en tout cas convaincus qu’au plan international la Chine doit imposer ses exigences tout en se proposant de devenir l’incontournable intermédiaire permettant de pacifier nombre de conflits. La réussite de stratégie dépend en partie de l’attitude des grandes puissances ou prétendues telles. La séquence liée aux JO aura au moins mis en exergue une ligne à ne surtout pas suivre : celle de Nicolas Sarkozy et d’une diplomatie française à genoux qui aura du mal à se relever de ses échecs répétés. Samedi 09 Août 2008 - 15:04
Alain Léauthier et Luc Richard
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