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Le FN créera-t-il à nouveau la surprise en 2007?

Le 21 avril 2002, le Front National accédait au second tour, à la surprise générale. Pourra-t-il, cinq ans après, renouveler sa performance ? Les raisons de prendre au sérieux la candidature Le Pen en 2007 ne manquent pas.



En 2002 l'extrême droite divisée atteint 19%
Au soir du 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen se hissait sur la seconde place du podium. Avec 16,86% des voix, il se payait le luxe de devancer le candidat socialiste Lionel Jospin (16,18% des voix). Si l'on ajoute les voix de Bruno Mégret, candidat du Mouvement national républicain (MNR), qui atteignait alors 2,34%, l'extrême droite dépassait les 19%, soit à peine un point de moins que le président sortant Jacques Chirac.
L'échec de la stratégie du MNR depuis 1998 a ramené Mégret dans le bercail frontiste : Jean-Marie Le Pen sera le seul candidat de l'extrême droite en 2007. Et peut légitimement imaginer récupérer une bonne partie des 667 000 voix qui s'étaient portées en 2002 sur son ex-second, Bruno Mégret.

Depuis 2002 : la dégradation du climat social
Les émeutes de banlieues en novembre 2005, l'affaire des caricatures de Mahomet en février 2006, les violences commises au cœur des cortèges des manifestations lycéennes de mars 2005 puis des manifestations anti-CPE de mars 2006 : autant de facteurs qui pourraient augmenter l'audience électorale du Front national.
Pourtant aucune enquête d'opinion ne constate d'accroissement des opinions racistes ou des préjugés hostiles à l'islam et aux musulmans. Tout se passe, sur le papier, comme si les Français refusaient de choisir une grille de lecture ethnique ou religieuse des événements. Nonna Mayer, directrice de recherche au Cevipof, rappelait ainsi dans un entretien à Profession politique que « la proportion de Français qui se disent d'accord avec les idées du Front national est la même qu'en 1984 ». Pas d'adhésion massive aux idées du FN, donc. Mais le vote Le Pen a-t-il pour autant perdu sa fonction de « défouloir » face à une offre politique qui ne répond pas aux attentes des électeurs ?

Des sondeurs qui donnent déjà Le Pen à 15%
En janvier 2006, l'institut CSA donnait Le Pen à 9%. En avril, 14%. La dernière étude de CSA parue le 27 septembre le crédite de 15% des intentions de vote, soit un niveau largement supérieur à celui atteint en 2001 à même époque. Le score de Le Pen est d'autant plus surprenant que les deux chouchous des médias, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy réalisent de bonnes intentions de vote dans les catégories populaires. Or, c'est précisément là que résidera la mesure de la réussite de leurs campagnes (s'ils sont désignés par leurs partis) : conserver la confiance des gros bataillons d'électeurs ouvriers, employés et chômeurs. S'ils s'affaissaient chez ces électeurs, cela profiterait sans doute mécaniquement à l'abstention, l'extrême gauche et… Jean-Marie Le Pen. En tout cas, sept mois avant l'élection, le candidat du Front national dispose d'un solide matelas d'électeurs « potentiels ».

Un appareil toujours affaibli par la scission d'avec le MNR… il y a 8 ans !
En dépit de l'effondrement de son rival, le MNR, le FN n'a pas récupéré les cadres partis en 1998 lors de la scission. Certaines figures du MNR ont au contraire rejoint le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers, tel le maire d'Orange, Jacques Bompard. Aussi la capacité militante du FN reste-t-elle affaiblie et sa capcité d'encadrement davantage encore. Le FN choisira-t-il une campagne modeste comme en 2002 ? Le directeur de la communication du FN, Alain Vizier, annonce pour le moment une série de « banquets patriotiques » quasi-hebdomadaires et 5 ou 6 grands meetings régionaux, auxquels viendront s'ajouter des grands rendez-vous tels que la convention présidentielle des 10, 11 et 12 novembre, au Bourget.

Le FN veut se renforcer sur l'économique et le social
La question politique centrale demeure celle du vote des catégories populaires. Répondant à Marianne2007.info, Marine Le Pen, directrice de la stratégie du FN, affirme que Jean-Marie Le Pen tentera de progresser sur les « domaines d'ambiguïté » traditionnels du Front. En particulier sur les questions républicaines et sociales. « Le déplacement de Jean-Marie Le Pen à Valmy est une réponse symbolique à l'image anti-républicaine du FN, nous déclare-t-elle. Les questions économiques et sociales seront également l'objet d'un déplacement thématique dans un lieu symbolique fort », poursuit-elle. En d'autres termes, le FN, sous l'impulsion de Marine Le Pen, va tenter de marquer des points dans les domaines de l'insécurité économique et sociale, afin de progresser dans l'électorat. La fonction publique sera également un thème creusé par l'équipe de campagne frontiste.

En attendant ces clarifications programmatiques, le Front national déploie actuellement sa stratégie sur Internet, espérant ainsi moins dépendre du bon vouloir des médias pour faire parler de lui. Lancés il y a quelques jours, les journaux vidéos de campagne de Le Pen ont déjà quadruplé la fréquentation de son site Internet, avec des pics de 10 000 visiteurs par jour. Avant de dévoiler dans quelques semaines le site de campagne du candidat, entièrement centré sur Jean-Marie Le Pen.

Jeudi 12 Octobre 2006 - 08:00
Julien Landfried
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