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La sarkophobie gagne du terrainA quelques jours du scrutin, les manifestations anti-Sarkozy se multiplient. Le candidat de l'UMP assume : il fait peur à de nombreux électeurs. Mais, paradoxe : cette image anxiogène ne semble pas lui nuire.
« Cette élection est en train de se transformer en un référendum : pour ou contre Nicolas Sarkozy ! » Pour faire entendre son hostilité au candidat de l'UMP, Manuel Domergue s'est aujourd'hui levé à 5 heures du matin pour aller manifester. Il est l'un des initiateurs du collectif « La France qui se lève tôt ». A ses côtés, ils étaient une soixantaine à défiler à Neuilly, dès l'aube, trompettes et tambourins à l'appui. Et pas seulement à Neuilly, mais aussi à Lyon, Lille, Strasbourg ou en encore Marseille puisqu'en quelques semaines, le collectif a essaimé dans toutes les régions de France. « Les gens nous ont spontanément envoyé des mails, ils voulaient faire la même chose dans leur ville. On n'a fait que relayer le lieu et la date des manifestations sur notre site Web », se réjouit Manuel Domergue. Dans la petite foule des trublions qu'il fédère, on trouve aussi bien des sympathisants de Ségolène Royal que de Besancenot, Bové, Voynet ou Bayrou. Leur seul point commun : une grande angoisse à l'idée que Nicolas Sarkozy pourrait remporter l'élection.
« autoritaire », « agressif » Depuis le mois de février, des mouvements semblables s'invitent dans l'actualité. Dans le Xème arrondissement de Paris, le collectif de riverains « rentre chez toi » régulièrement contre l'implantation du QG du candidat dans leur quartier. Chaque samedi, des habitants membres d'un autre groupe baptisé « votre nouveau visage » défilent en arborant un masque à son effigie. Grégoire, le concepteur du masque, explique que le candidat de l'UMP leur fait peur « parce qu'il est autoritaire, parce que c'est un tribun plein d'agressivité, qui veut le pouvoir pour le pouvoir ». Les affiches placardées sur le siège du candidat l'inquiètent, il y voit le début d'un « culte de la personnalité ». Quelques dizaines d'activistes l'accompagnent dans ses déplacements, au Salon du Livre ou au Salon de l'agriculture, pour alerter l'opinion. Et d'autres groupes les rejoignent parfois : les antisarko ou encore la brigade des clowns, par exemple, tous animés par un anti-sarkozysme farouche. Ce même anti-sarkozysme qui a réuni, le 5 avril dernier, quelque 200 manifestants à Lyon, dissuadant le candidat de se rendre dans le quartier de la Croix-Rousse comme il l'avait prévu. Sarkozy… comme Chirac ? Comme s'il avait pris acte de la montée de cette contestation, Nicolas Sarkozy semble désormais assumer cet aspect anxiogène de son image. Fini les « j'ai changé » censés rassurer l'électeur. Alors qu'il rendait hier hommage au général de Gaulle, il a fait savoir que « faire peur » était selon lui « bon signe ». « Un certain nombre de gens, lorsque le général de Gaulle était candidat, défilaient avec des pancartes où il était écrit « le fascisme ne passera pas ». Ces gens ont disparu. Le général de Gaulle a été élu », a-t-il commenté. Le candidat a également cité François Mitterrand et Jacques Chirac. Selon lui, ces deux présidents auraient, eux aussi, été vus en leur temps comme des « personnalités menaçantes ». Mais, paradoxe : en assumant ainsi les craintes qu'il génère, Nicolas Sarkozy fait peut-être un bon calcul… Plus effrayant que Le Pen « Il y a ce phénomène que nous nous expliquons mal, observe Daniel Boy, directeur de recherche au Cévipof : Nicolas Sarkozy inquiète et en même temps les gens trouvent qu'il a plus la stature d'un président que ses concurrents. » C'est ce que révèle son analyse des résultats du baromètre de la vie politique, une enquête en quatre vague, portant sur 5400 personnes. Selon ce vaste sondage, le candidat de l'UMP « inquiète » effectivement 87% des gens qui se disent « très à gauche » et 73% des gens qui se disent « de gauche ». Pour les électeurs « très à gauche », il est même plus effrayant que Jean-Marie Le Pen (85%). A titre de comparaison, seuls 48% des électeurs « de droite », et 52% des électeurs « très à droite » trouvent Ségolène Royal inquiétante. Aussi, pour Daniel Boy, la floraison récente de manifestations anti-sarkozystes n'a rien d'étonnant. En cause : le « virage à droite » du candidat, ajouté au fait que les gens de gauche sont sociologiquement plus prompts à manifester. Ce l'étonne, par contre, c'est que l'image de Nicolas Sarkozy est globalement moins bonne que celles de François Bayrou ou de Ségolène Royal : il est jugé moins honnête que ses adversaires, il comprend moins « les problèmes des gens » que la candidate socialiste, il est le plus inquiétant des candidats juste après Le Pen et pourtant…il a, selon les sondés, plus « l'étoffe d'un président ». Mardi 17 Avril 2007 - 18:02
Anna Borrel
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