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MON ŒIL !

La dernière Coupe du Monde était-elle bidon ?

Selon le journaliste Declan Hill auteur de Comment truquer un match de foot, plusieurs matchs auraient été truqués par la mafia asiatique lors de la dernière Coupe du Monde de football en 2006. Paris sportifs truqués, joueurs, arbitres et dirigeants corrompus, c'est tout un système de corruption que l'auteur tente de mettre à jour.



Le foot, tous pourris ? (cc flickr Nicholas Macgowan)
Le foot, tous pourris ? (cc flickr Nicholas Macgowan)
Assis dans votre fauteuil, vous pensiez sans doute, comme d’autres, que les résultats de la dernière Coupe du Monde de football en 2006, s’étaient joués quelque part entre Berlin et Munich lors d’oppositions frontales de 22 joueurs en 90 minutes de temps.

A en croire Declan Hill, la réalité est un peu plus complexe.
Le journaliste, auteur de travaux universitaires sur le crime organisé à l’université d’Oxford, affirme dans son livre Comment truquer un match de foot que certains résultats se sont décidés dans d’obscurs fast-foods du côté de Bangkok, Singapour et Kuala-Lumpur.

«Misez sur la France !»
Son enquête a duré trois ans. A Singapour, Declan Hill rencontre un certain Rajendram Kurusamy qui lui affirme avoir «mis sur pied un réseau de footballeurs corrompus, d’entraineurs ripoux et de responsables vendus dans toute la ligue malaisienne et singapourienne». L’intéressé lui affirme aussi avoir truqué des matchs de la Coupe du Monde 1994, notamment en approchant les équipes du Cameroun et de Russie.

En 1998, celui que l’on surnomme Pal est arrêté pour trucage de matchs à Singapour. C’est son heure de gloire : «J’ai travaillé de la prison : les matchs européens, la coupe du monde, les matchs internationaux». Grâce à un téléphone, il affirme truquer et parier sur des matchs. En prison, Pal aurait dit aux autres détenus : «Misez sur la France !». «Des allégations qui n’ont valeur que de témoignage» précise Declan Hill.

C’est à partir de 2005 que les accusations se font plus précises. Declan Hill rencontre l’un des parrains du jeu en Asie, surnommé Chin Lee. Il affirme, que lors de cette rencontre, Chin Lee lui assure avant un match de la Bundesliga que Hanovre allait l’emporter avec «au moins deux buts d’écart». Résultat final : 5-1 pour Hanovre !

Plusieurs matchs de la Coupe du monde suspects
Plus près de nous, le journaliste est formel: au moins un match de la Coupe du monde 2006 a été truqué. Ce serait le 1/8e de finale qui a opposé le Brésil au Ghana. «Le trucage de la Coupe du Monde fut décidé dans un Kentucky Fried Chicken de Bangkok » écrit Declan Hill. Autour de la table quatre personnes, trois truqueurs dont Chin Lee et Declan Hill, infiltré par le même Chin Lee apparemment flatté de susciter l'intérêt d'un journaliste étranger. Les trois truqueurs discutent des modalités de trucage d’une coupe du monde.

Deux jours avant la rencontre, Chin Lee confie au journaliste que « le Ghana va perdre avec au moins 2 buts d'écart ». Le 27 juin 2006, la Seleçao écrase le Ghana 3 à 0. Au cours de ses investigations, Hill rencontre Stephen Appiah, un joueur ghanéen qui reconnaît avoir été en contact avec des organisateurs de paris: « Les intermédiaires sont constamment là dans tous les tournois. Moi, j'ai reçu de l'argent deux fois lors du Mondial 1997 des moins de 20 ans et les JO-2004. Pas pour perdre mais pour gagner », explique-t-il à son interlocuteur. L’auteur a également des soupçons du même ordre sur les matchs des huitièmes de finale Angleterre – Equateur, Italie – Ghana et Ukraine – Italie. L’Equateur a, d’ores et déjà, demandé une enquêté de la Fifa.

Les techniques de trucages seraient multiples : approcher et payer deux ou trois joueurs pour leur demander de « lever le pied » lors d’un match ; des arbitres qui se voient offrir des nuits avec des femmes avant certains grands matchs.

Le foot passe des pages sports aux pages finances
Que les plus grands championnats européens de football soient truqués n’est pas franchement une découverte : l’Italie dans les années 90, la France lors des «années » Tapie en sont des exemples.
Le rachat récent des clubs de Chelsea par le milliardaire russe Abrahmovitch ou celui de Manchester City par le fonds Abu Dhabi United Group, l’un des plus importants fonds de la région avaient déjà fait la démonstration que le foot relevait en priorité de l'actualité financière. Une dérive, certes, mais légale.

L’enquête de Declan Hill va plus loin puisqu’il tente de mettre à jour un système de corruption organisé depuis l’apparition à l’échelle mondiale des paris sportifs. La plupart des fédérations sportives occidentales seraient touchées : basket, volley, cricket. Les paris sur le sport en Asie généreraient 450 milliards de dollars par an. Alors un ballon…

Mercredi 03 Septembre 2008 - 16:25
Régis Soubrouillard
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