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La Caisse des Dépôts écarte les cadres des primes de résultatAprès deux années à plus de 2 milliards d'euros de profits, la Caisse des Dépôts et Consignation refuse d'accorder les primes demandées par ses cadres après un mouvement qui a duré onze semaines.
Selon des sources sûres, la Caisse des Dépôts annoncera plus de 2,5 milliards d'euros de résultat net en 2007 lors de sa conférence de presse du mercredi 16 avril. Selon des sources toutes aussi sûres, la direction refuse la redistribution des bénéfices records des deux dernières années. Pourtant, le mouvement de grève, qui a pourtant débuté à la mi-janvier et qui mobilise aujourd'hui la moitié du personnel, selon les sources syndicales, n'a suscité aucun écho médiatique.
Leur revendication ? Deux primes de 1500€ pour les résultats des exercices 2005 et 2006 qui ont chaque fois dépassé les 2 milliards de profits. « On a toujours eu droit à un geste les bonnes années », se souvient un cadre, évoquant les 900 à 1000€ versés du temps de Francis Mayer, l'ancien directeur général décédé en décembre 2006.
Pourrissement au pays de l'esprit d'entreprise
Augustin de Romanet de Beaune, le successeur de Mayer, nommé par Jacques Chirac, ne semble pas perpétuer « la culture d'entreprise de la vieille maison de la rue de Lille. Sollicité en décembre dernier par les employés au travers une pétition signée par la moitié des collaborateurs au sujet d'un rattrapage financier « pour tous les personnels », ses vœux, faisant référence au plan de restructuration Elan 2020, avaient laissé espérer un geste qui n'est jamais venu. Il faut dire qu'entre l'affaire EADS, où la Caisse des Dépôts a épongé les pertes des actions achetées à Arnaud Lagardère, et la une du Canard Enchaîné pointant les pertes du groupe dans la crise des subprimes, le directeur général et son équipe préfèrent rester aussi loin que possible des médias. Après quelque dix semaines de négociations, les syndicats ont organisé une journée de grève le 27 mars avec une participation record, plus de 50% du personnel. Dans la semaine qui a suivi, le directeur des ressources humaines du groupe, Jérôme Nanty, recruté courant 2007, a présenté la réponse de la direction : une prime de 500 à 800€ pour tous… sauf les cadres qui représentent un tiers des 5000 employés ! « Une erreur monumentale ! », clame le communiqué de presse de la CGC.
Durcir les futures négociations ?
La direction, qui n'a pas pris le soin de nous rappeler, tente depuis diverses formules pour sortir de la crise, mais sans jamais approcher le fameux « pour tous » exigé par la pétition et les salariés. « On nous a même proposé un produit épargne retraite complémentaire alors que notre exigence porte sur notre pouvoir d'achat actuel, s'énervent des représentants syndicaux du groupe. Le refus de négocier de la direction laissera des traces. » Entre autres échéances sociales, l'accord-cadre de la CDC arrive à échéance fin 2008 et les négociations pour le redéfinir ne tarderont pas. Pas plus d'ailleurs que celles portant sur les départs en retraite du personnel vieillissant. Pour ajouter à la mauvaise ambiance, un mail envoyé par la direction aux cadres demande à ces derniers de vérifier la présence des employés. L'arrivée de Jérôme Nanty à la DRH amène certains à s'interroger sur les intentions de la direction : n'a-t-il pas eu à prendre des « décisions sévères » quand il était au Crédit Lyonnais au sujet d'un plan de départ en retraite anticipé ? Pour une partie des syndicalistes, la chose est entendue : la stratégie de pourrissement vise à faire passer « quelque chose de plus gros. » Mais à quelle type de « restructuration » peut-on bien procéder par ces temps de rigueur dans un établissement majoritairement propriété de l'Etat ? Mardi 15 Avril 2008 - 00:47
Sylvain Lapoix
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