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L'impossible équation du système de santé françaisPar Elie Arié, qui voit dans les déficits chroniques de l'Assurance-maladie et ses résultats médiocres l'aboutissement d'une politique boiteuse qui croyait les caisses consacrées à la santé inépuisables.
Notre Assurance-Maladie est structurellement déficitaire, contrairement à celle de la plupart des autres pays (celle de l' Allemagne est excédentaire pour la 3 ème année consécutive…), alors que nous dépensons beaucoup plus que la plupart d'entre eux pour notre système de soins (11,5% du PIB). Par ailleurs, elle ne prend en charge qu'environ 50% du total des dépenses réelles consacrées aux soins (beaucoup moins que la plupart des autres). Le tout avec des résultats médiocres, tant socialement (moindre prise en charge des dépenses, on l'a vu) qu'économiquement (déficit chronique) et médicalement (nos résultats sanitaires ne sont pas pour autant meilleurs qu'ailleurs).
Tout cela, parce qu'elle s'est fixée, dès le départ, un objectif impossible à atteindre : financer socialement une distribution de soins régulée par la demande (chacun va consulter qui il veut, quand il veut) et l'offre (chacun prescrit ce qu'il veut, à qui il veut) totalement libres. S'il existe un contrôle des prix (tarifs des consultations, prix des médicaments) d'ailleurs de plus en plus lâche, il n'existe aucun contrôle des volumes, d'où un déficit chronique : depuis sa création, notre Assurance-Maladie fait l'objet d'un plan de résorption des déficits en moyenne tous les 2,5 ans (le premier datant de…1946). Les deux voies de la santé: égalité ou liberté Car, aujourd'hui, les possibilités de la médecine curative, préventive et de dépistage sont pratiquement illimitées, et personne ne sait financer des prestations illimitées. Celles-ci sont, toujours et partout, limitées par les capacités de financement, et il existe, en gros, deux grands systèmes, le système libéral et le système socialisé (aucun pays développé n'ayant adopté l'un ou l'autre, à l'exception du Québec où il est totalement socialisé ; la plupart ont des systèmes mixtes, avec des proportions variables de libéralisme économique et de socialisation) : 1- Dans un système totalement libéral, chacun (assurés et professionnels de santé) fait ce qu'il veut, mais les prestations sont limitées par les possibilités financières de chacun. Qu'il s'agisse de paiements directs ou de souscription d'une assurance privée, ça revient au même. Personne ne peut consacrer 100% de ses revenus à se soigner, et le rationnement s'opère selon les revenus de chacun, et la distribution des soins est inégalitaire; 2- Dans un système socialisé, que chacun finance en proportion de ses revenus, c'est l' Etat qui doit fixer la part du budget qui doit être consacré au système, car personne ne peut consacrer 100% de ses revenus à des prélèvements obligatoires destinés au système de soins ; les soins doivent être alors limités non pas par les revenus de chacun, mais par des critères médicaux d'utilité et d'efficacité médicales, les mêmes pour tous : la distribution des soins est alors égalitaire. La France et son impossible équation Le premier système privilégie la liberté, le second l'égalité. Mais aucun ne peut, comme nous prétendons le faire, socialiser des dépenses régulées par la loi de l'offre et de la demande : il n'y a alors plus aucun frein à la consommation, le déficit devient inéluctable, et, avec lui, la privatisation, déjà bien entamée ; faute d'accepter une discipline collective, nous nous acheminons vers un système à l'américaine : des assurances complémentaires de moins en moins complémentaires, de plus en plus inégalitaires, avec une Sécurité Sociale qui ne sera plus qu'un filet de couverture minimale pour les plus pauvres, et des «travailleurs pauvres» qui risquent d'être totalement exclus du marché de la santé, trop pauvres pour l'assurance privée, pas assez pauvres pour le système public. «Je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas avoir nationalisé la médecine», disait François Mitterrand, après son 2ème mandat. Elie Arié est ancien Secrétaire national à la Santé du Mouvement républicain et citoyen. Mercredi 14 Mai 2008 - 16:15
Elie Arié
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